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Se réconcilier avec l?histoire

11 février 2008, 00:00

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Questions posées, au vu de la composition du Task Force, nommé par le gouvernement, le 25 janvier dernier, pour définir le cadre de travail de la Commission justice et vérité. En effet, sur six membres, trois sont des historiens : Vijaya Teelock, Sadasiven Reddi et Benjamin Moutou.

Interrogé, le Pr Robert Shell, Extraordinary professor of historical demography in the statistics department, à l?université de Western Cape, précise : «Ces historiens n?ont pas été choisis pour leur capacité d?analyse mais pour leur aptitude à trouver des sources d?information. Quand j?aurai besoin de documents originaux, ce sera à eux de les chercher».

Selon lui, c?est aux historiens de livrer l?histoire dans un format concis pour que tout individu qui sache lire puisse tirer ses propres conclusions. Le Pr Robert Shell insiste sur tous les aspects encore méconnus de la traite négrière au 18e et 19e siècles. «Il y avait des esclaves javanais ici, mais y-a-t-il quelqu?un ici qui dit qu?il est Javanais ? Nous sommes en présence d?une histoire spécifique. Elle a engendré une identité qui est à la fois complexe et glissante. Il faut arriver au point où tout le monde est à l?aise avec ses origines, son passé, son identité.» Avant de s?exclamer : «Rassurez-vous, ce n?est pas une manière de moderniser la domination raciale.»

Pour lui, l?examen du terme «créole», à la lumière des recensements du 19e siècle montre qu?il est utilisé dans le sens de «né ici». Il ne veut pas dire «métis» ni «africain». Il souligne que ces recensements appelle les esclaves du Mozambique comme tels et pas des «esclaves créoles». «Créole est un mot qui a été imposé sur un certain groupe, et qui n?a aucun lien avec l?Afrique. Je n?ai pas vu cela ailleurs dans le monde.»

Etablissant un parallèle entre l?Afrique du Sud et Maurice, il a expliqué à quel point y sont intenses les luttes identitaires. «C?est le African National Congress», a-t-il dit avec emphase. «Nous avons les mêmes origines qu?à Maurice. Le problème a été de savoir comment des citoyens d?origine asiatique pouvaient affirmer leur identité face à la montée du nationalisme africain. Ils n?y arrivaient pas. D?où un sentiment d?exclusion.» Selon lui, la reconstruction prendra dix-20 ans. Et «à Maurice, nous sommes arrivés à un stade de maturité suffisant pour traiter de ces questions sensibles».

S?appuyant sur ses travaux en Afrique du Sud et ce qu?il sera appelé à faire à Maurice, le Pr Shell a expliqué que l?un des éléments de son projet sud africain a été le Genome Project : demander à des volontaires de se soumettre à des tests ADN. Sur une base individuelle, vous apprenez sans aucun doute d?où vous venez. «J?ai l?intention de solliciter des fonds locaux pour un projet similaire ici. Demander par exemple à 100 Mauriciens de se soumettre à des tests sanguins pour en apprendre plus sur leurs origines, une manière de repenser l?identité avec un regard neuf.»

L?histoire pas enseignée

Auparavant, il s?est dit choqué d?apprendre que l?histoire ne fait pas partie du cursus scolaire. «C?est l?une des plus grandes preuves de l?effacement de l?histoire», s?est-il insurgé. «Comment voulez-vous, après cela, que l?élève fasse la différence entre le Mahatma Gandhi et Hitler» ? Autre énormité relevée par le Pr Shell, «the biggest lie of all» a-t-il dit : que l?anglais soit la langue officielle. «Je souhaite suggérer aux autorités que le créole devienne l?une des langues officielles.»

Pour lui, même si l?on fêtera bientôt les 200 ans de l?abolition de l?esclavage, cette abolition n?a eu aucun effet immédiat à Maurice. «Les maîtres étaient si puissants qu?ils pouvaient rejeter les lois napoléoniennes. On a continué à importer des esclaves au-delà de la date de l?abolition et si vous regardez la population d?esclaves en 1826, vous verrez quelle est à prédominance masculine.»

Selon son analyse, «ici, les idées progressistes du siècle des Lumières ne se sont pas matérialisées à cause de l?idéologie prônée par les maîtres et cette période de l?histoire de Maurice est mal comprise. Il n?y a pas eu de recherches la concernant».

Le Pr Shell est aussi d?avis qu?il faut s?intéresser à l?histoire de l?Eglise. L?évêque de Mau-rice, Mgr Ian Ernest, est d?aill-eurs membre du Task Force. Objectif du président de la Commission : déterminer «combien l?Eglise a incorporé les esclaves et leurs descendants». Avant d?indiquer que «le but n?est pas de porter un jugement mais de chercher des documents». Le Pr Shell devait lancer lors de son intervention lors de la conférence que l?un des objectifs de la Commission devrait d?être de soutenir la traduction de la Bible en créole, une tâche encore incomplète.

LA CONTRIBUTION DU PROFESSEUR

Robert Shell devait expliquer la teneur de ses travaux, pour le compte du projet de l?Unesco, la Route de l?esclave, au Cap. C?était cette semaine, à l?université de Maurice, lors d?une conférence internationale organisée par Bannzil Kreol. Thème choisi : «African diaspora & créolité : konverzans ek diverzans». Point départ pour Robert Shell, son retour en Afrique du Sud en 1996. «Après les élections de 1994, j?ai senti que je pouvais apporter ma contribution au pays». Il se lance donc dans une étude de faisabilité de l?esclavage en Afrique du Sud. «J?ai dit non trois fois, et puis j?ai accepté à contre-c?ur». Il travaille donc avec une subvention de $10 000 de l?Unesco. Un projet qui mettra dix ans à aboutir, longtemps après la fin de la Route de l?esclave. «Je suis un bosseur lent et patient. Une fois que je commence un travail, je vais jusqu?au bout ». Cette somme de travail a pris la forme d?une colossale compilation de documents publiés dans «From Diaspora to Diorama : The old slave lodge in Cape Town». Cette ?uvre a pris la forme d?un livre mais aussi d?un CD sorti en septembre. Véritable mine d?information, avec plus de 6 000 entrées, fait partie des efforts entrepris pour que cet édifice soit inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l?Unesco. Expliquant pourquoi ce zoom sur un bâtiment, Robert Shell devait dire qu?il «a une place spéciale dans la mémoire car tous les touristes doivent forcément passer devant. Vous le voyez de n?importe quelle rue de Cape Town, que vous traversez».

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