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Au pays de l?archaïsme
Les deux symposiums organisés par le « Board of Investment » depuis mi-janvier nous ont rappelé que Maurice est résolument engagée sur la voie de la modernisation de son économie. Il n?y avait qu?à écouter les intervenants, lors des débats, pour s?enthousiasmer sur les immenses opportunités économiques que nous pouvons saisir dès avant l?horizon 2020. La légende dit que le coq gaulois arrive à chanter avec les pieds dans ses excréments. Le dodo mauricien, espère, lui, courir un sprint ? avec les meilleurs athlètes globaux avec les pattes enchaînées !
Maurice, qui se targue d?être moderne et dynamique et s?échine à projeter cette image au monde, abrite de désolants îlots d?archaïsme. Nous n?allons pas faire l?inventaire de tout ce que nous comptons de procédures ou d?administrations dépassées dans le pays. Nous risquerions d?en faire un numéro spécial de « l?express dimanche » ! Attardons-nous plutôt sur quelques-unes. Commençons, par exemple, par cette stupide procédure que doivent suivre tous ceux qui retirent pour la première fois ou qui renouvellent leur passeport.
Cette manière de faire ubuesque perdure depuis des années. La République, qui est censée connaître ses citoyens, celle-là même qui leur remet un extrait de naissance et une carte d?identité nationale? est frappée d?amnésie, le temps d?une procédure administrative. La République démissionne en devenant sourde et aveu-gle par la même occasion. Elle demande à des notables de délivrer, à sa place, des « certificats d?authenticité ». Ce sont eux qui disent et certifient à l?administration qui vous êtes ! Et sans leurs signatures sur les photos d?identité et les formulaires de demande de passeport, vous n?obtiendrez jamais votre précieux document de voyage.
C?est donc au citoyen de se démener. Cyniquement, on peut dire qu?il a le choix ! S?il est de ceux qui ont des relations, les choses peuvent aller très vite. Une signature d?un médecin, d?un avocat ou d?un haut fonctionnaire, et le tour est joué. Si toutefois, le citoyen n?a pas ce type de relations, il lui reste encore ses députés de l?endroit. Qui se font, d?ordinaire un plaisir de vous délivrer votre « certificat d?authenticité ». Pour peu que vous arriviez à mettre la main sur lui ou elle. Et que votre tête lui revienne.
Si même là, vous échouez, vous aurez toujours la possibilité d?aller voir l?un de ces médecins qui vous délivrent vos précieuses signatures contre de modiques « fees ». La République, dans des moments de torpeur, s?est compliqué la vie. Et la nôtre aussi par la même occasion.
Et il faut dire que l?État et le gouvernement, dans certains cas, s?obstinent à ne retirer que très peu de leçons de leur inefficacité. En conservant, contre toute logique, les îlots d?archaïsme. Prenons un autre exemple. Allez compléter une procédure d?importation d?un animal de compagnie de l?étranger. Allez faire transférer le titre de propriété d?une voiture que vous venez de racheter. Pensez également au triste spectacle qui s?offre à vos yeux quand vous allez retirer un colis au « Parcel Post Office » de Port-Louis.
Vous y verrez des personnes empêtrées dans des espèces de grimoires qui semblent dater de Mathusalem. D?énormes livres de comptes où tout est noté à la main, et que des préposés passent des heures à feuilleter pour y trouver l?information sur votre chat, votre colis ou vo-tre voiture. Quand on pénètre dans ces endroits, on se demande si Maurice a seulement le droit de prétendre devenir une « cyber-île », tant ces administrations semblent couper de l?âge de l?information et de l?informatisation.
On peut rêver de grandes idées et de stratégies novatrices pour moderniser notre économie. Mais pour cela, il faut commencer par moderniser les échelons les plus élémentaires et basiques de toute la machinerie de l?administration publique. Il faudrait s?interdire de rêver de l?île Maurice moderne tant que ces îlots d?archaïsme demeurent !
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