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Lallmatie au rythme du surnaturel

9 février 2008, 00:00

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«Ce n?est pas une coïncidence si plusieurs faits liés à la sorcellerie et à la voyance se sont déroulés ces derniers temps à Lallmatie, explique l?ex-policier Goorooduth Chuttoo. Mais il est évident qu?aujourd?hui, toute l?île Maurice plonge dans ces croyances surnaturelles répandues par les traiteurs, ces voyants-guérisseurs qui sont tous des escrocs.»

Connu également sous le nom d?Ustad Rajah le magicien, Chuttoo avait été au premier plan de l?enquête policière lorsque la région de Lallmatie fut secouée par une psychose généralisée portant sur le loup-garou, il y a quelques années de cela.

Ce n?est pas une coïncidence, dit-il. Un de ses ex-collègues nous en explique la raison . «Vous savez que l?affaire loup-garou est attribuée à un habitant de la localité qui dit avoir appris les sciences occultes à Madagascar. Il donne des cours en la matière et forme surtout des femmes. Il est souvent vu la nuit au cimetière de Lallmatie avec ses ?étudiants?.» «Plusieurs sont aujourd?hui devenus des ?maîtres? et se font de l?argent en profitant de la trop grande crédulité des gens», affirme Sudesh, policier qui avait également enquêté sur les affaire du loup-garou et de Touni Minuit dans la région de Lallmatie.

C?est ainsi que des croyances de tous genres se sont répandues. Et il n?y a pas que les maçons et les gardiens qui y croient. Beaucoup d?intellectuels, dont des ministres et ex-ministres, croient que le mal peut leur barrer la voie au succès et que certaines personnes ont le pouvoir de les protéger de ce mal, de l?empêcher d?agir.

«Ce traiteur, qui est également professeur en sciences occultes, est une personne très arrogante envers la police et les autorités. Il se sent protégé par ses clients députés et ministres. Lors de l?enquête sur le loup-garou, un des enquêteurs avait subtilisé la boule de cristal qu?il utilise. Il n?a pas hésité à réclamer cette boule dans laquelle il dit pouvoir lire l?avenir», explique Ustad Rajah. «Mais il n?avait pu savoir que la police allait faire une descente des lieux chez lui, surtout dans la petite chambre où il exerce et qui sent très fort le camphre», ironise-t-il.

Cet ex-policier a depuis longtemps lancé son Mouvement d?aide aux victimes de la sorcellerie. Selon lui, certaines des croyances qui rythment notre quotidien proviennent de Madagascar. Par exemple, certaines personnes croient que leur maison ainsi que leur cour doivent être surveillées par un esprit qu?on doit nourrir en rhum, cigarettes et sardines tous les débuts de mois. Cet esprit est aussi connu sous le nom de «Minis Prince».

Des tresors surveilles par des esprits</B>

«Il y a tout un amalgame de croyances que distillent ces traiteurs. L?idée de la surveillance par l?esprit d?un mort nous vient aussi de l?époque des corsaires et flibustiers. On croit toujours que ces trésors enfouis sur nos côtes sont surveillés par un esprit, celui de l?esclave qui a creusé le trou et qui a été tué et enterré avec ce trésor pour le protéger.»

«La croyance dans les pouvoirs des traiteurs est telle aujourd?hui que ces derniers remplacent prêtre, médecin, psychiatre et psychologue. On paie pour leurs services, affirme un enseignant résidant à Lallmatie. Pas plus tard que la semaine d?avant, je suis tombé sur trois mamans qui ont consulté des traiteurs parce que leurs enfants avaient échoués aux examens du School Certificate.»

Et il s?inquiète. «Les gens sont de plus en plus angoissés. Ils vivent souvent dans une profonde incertitude, ne savent pas de quoi leur lendemain sera fait. Beaucoup, jeunes et vieux, plongent dans l?alcoolisme, d?autres dans le surnaturel et les traiteurs sont légion.» Selon lui, ces traiteurs sont facilement repérables. «Tout le monde les connaît. Certains étaient très pauvres et sont subitement devenus très riches. Belles maisons, belles voitures. Ce qui fait que d?autres n?hésitent pas à se lancer dans ce métier de traiteur en pensant qu?ils seront riches très vite. Et quand ces gens sont des gens peu éduqués avec une moralité douteuse, vous avez les résultats que vous venez d?avoir avec le récent crime.»

Même son de cloche chez Ustad Rajah. Mais il ajoute : «Il n?y a pas que Lallmatie. Toute l?île Maurice plonge dans le surnaturel et croit dans ces traiteurs. Des gens de toutes les religions et de toutes les classes sociales en sont victimes. Je crois qu?il est grand temps que la police se dote d?une unité pour traquer ces traiteurs.» De fait, une telle unité a déjà été proposée par un député dans le passé. L?idée avait d?emblée été rejetée par un ex-Premier-ministre.

«Kalimaye» et sorcellerie</B>

Il n?est pas rare de voir, en marchant dans le village de Lallmatie, des cocos, des fleurs et souvent un coq décapité, ou alors seulement la tête de l?animal, déposés au milieu de la rue. Et ce, surtout dans les croisées ou les régions où trois rues se rejoignent.C?est le signe qu?un traiteur a fait un «travail» pour quelqu?un. En effet, la croyance populaire veut que ce soit là où se croisent deux chemins qu?on se débarrasse des mauvais sorts et obstacles responsables des maladies, et des échecs en tous genres. Cette croyance a cours à travers l?île.

Des habitants de Lallmatie affirment que souvent de telles choses se pratiquent devant les kalimayes, ces petits temples dédiés à la déesse Kali. Devanand Mannick, du Chinamasta Maha Kali Group, affirment que ces kalimayes n?ont rien à faire avec la sorcellerie et que la déesse Kali est, en fait, reconnue pour avoir éliminé le mal et fait triompher les forces du bien.

«Certains traiteurs, des ignorants et analphabètes, répandent en ce moment une fausse conception sur la religion hindoue et sur la déesse Kali. Je les mets en garde contre certains de leurs agissements. Désormais, nos membres surveillent les abords de certains kalimayes pour empêcher qu?ils ne soient souillés par des traiteurs et autres apprentis sorciers», affirme Devanand Mannick.

Un village pas tout à fait blanc comme neige</B>

Lallmatie et ses environs ont produit dans le passé de fins intellectuels et des lauréats. Les frères Manna, puis Domah et un peu plus loin à Bon-Accueil, les Bheenick. Le Swaraj Bhawan est un des lieux où se distillaient, dans les années ?50 et ?60, des idées avant-gardistes d?indépendance. C?est là que prêchaient les frères Bissondoyal. La lecture du Râmâyana était une tradition chez de nombreuses familles de la région et la consommation de l?alcool était quasiment tabou dans la région. Mais les «Baïtka» (école pour l?enseignement de l?hindi et des textes religieux) de la région ont peu à peu disparu.

Une des premières salles de cinéma de nos campagnes, le Globe, a été construite à Lallmatie. Puis sont arrivés les bars. Cette agglomération en compte aujourd?hui une trentaine. Ils opèrent tous au-delà des heures réglementaires, malgré la présence d?un poste de police dans la localité.

Le glissement a commencé depuis fort longtemps. En fait, les premiers producteurs de faux-billets de banque du pays sont des habitants de Lallmatie. Ce sont encore des habitants de la localité, armés de fusils, qui réalisent le premier hold-up du pays à FUEL.

Toutefois, le tableau n?est pas complètement noir. L?école primaire de la localité est parmi une des meilleures du pays. De nombreux étudiants de nos meilleurs collèges viennent aujourd?hui de Lallmatie, qui fournit au pays de fins intellectuels.

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