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CYCLONE En attendant Gula

30 janvier 2008, 20:00

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«Nous avons tout un protocole à suivre», souligne le Dr Koonwar Bissoondyal, Regional Health Director (RHD) à l?hôpital du Nord. On pouvait s?en douter, car la gestion d?un hôpital en temps de cyclone, cela ne s?improvise pas.

Cela se prépare dans les moindres détails. Dans les hôpitaux, dès qu?une alerte cyclonique de classe I est émise, les chefs de départements se réunissent. C?est ainsi que dans la journée d?hier, les «mesures à prendre» ont été discutées dans les cinq hôpitaux.

Médicaments, bougies et provisions, rien n?a été oublié. Et puis, comme chacun le fait chez soi, les fenêtres et autres ouvertures des hôpitaux ont aussi été consolidées. Histoire que les patients soient bien à l?abri et en sécurité pendant le passage de Gula.

«Dès qu?on passe en alerte III, les médecins généralistes et le médecin de garde restent à l?hôpital de même que les infirmiers. Les arrangements nécessaires ont été faits pour les loger et les nourrir», explique le Dr Bissoondyal. Afin d?assurer un service efficace, le personnel domicilié à proximité de l?hôpital a été identifié au préalable pour qu?il puisse assurer la relève au moment voulu car «tout doit fonctionner normalement ». Même en cas de coupure d?électricité.

Pour le RHD, il n?y a pas de raison qu?il y ait un pépin car les groupes électrogènes sont vérifiés tous les jours de l?année. «Une coupure d?électricité, cela n?arrive pas uniquement en temps de cyclone. Nous devons toujours être prêts.»

En temps cyclonique, les hôpitaux et les cliniques sont les premiers sur la liste préétablie par le Central Electricity Board (CEB) en ce qui concerne toutes les réparations et autres interventions sur les lignes électriques. Donc, pas trop de soucis à se faire de ce côté là? Du côté du CEB, pas de grandes préparations. Les interventions n?auront lieu qu?après le passage du cyclone.

<B> «Réparations dans les plus brefs délais» </B>

Le CEB soutient qu?il «mettra tout en ?uvre pour réparer dans le plus bref délai, les dégâts qui auraient pu être causés aux réseaux électriques». Ce n?est que graduellement, après que toutes les vérifications nécessaires ont été faites, que l?alimentation du réseau sera rétablie. En attendant, il est conseillé aux particuliers de ne pas toucher surtout aux lignes brisées qui seraient tombées au sol.

Et ce, même si les abonnés résidentiels figurent en dernière position sur cette liste préétablie? Les stations de pompage de la Central Water Authority, les zones industrielles, les bureaux du gouvernement, les hôtels, les chambres froides, les centres commerciaux et les stations de police, étant quand même prioritaires. Des stations de police où tous les policiers du pays devront se présenter.

Du côté de la police, on précise qu?en temps de cyclone, «tous les policiers sont de garde 24 heures sur 24». Mais cyclone oblige, ils ne doivent pas se rendre sur leur lieu de travail habituel mais à la station de police la plus proche de leur domicile. Des policiers qui seront sur le terrain pour porter secours aux citoyens si besoin est.

Tout comme les pompiers qui en général sont très sollicités pour l?évacuation d?eau. Eux aussi seront de garde. Si les sorties en mer sont déconseillées par la station météorologique de Vacoas, à l?aéroport, les activités ne seront pas perturbées pendant encore quelques heures.

Du côté d?Airport of Mauritius Ltd., on explique que l?aéroport ne fermera ses portes que «quatre heures après que l?alerte III a été émise».

<B>Valérie OLLA </B>

CONSOLIDATION ET SOLIDARITE

Cinq jours. La bonbonne de gaz qui faisait tourner la cuisine de Kamla Devi a rendu l?âme samedi. Les lentilles, qui fricassaient à ce moment-là, en ont presque été saisies.

Depuis, cette mère de famille qui élève seule ses jumelles de 14 ans, Pooja et Arti, a beau gratté les fonds de tiroir et défaire les n?uds de ses mouchoirs, elle n?a pas encore trouvé la somme nécessaire pour s?acheter une nouvelle bonbonne.

Elle s?est résignée à rallumer le vieux foyer dans la cour et à envoyer ses jumelles chercher du bois, non loin de leur longère, sur la route de Le Goulet, à Baie-du-Tombeau.

C?est le voisin de Kamla, Swadesh Kissoondoyal, qui nous introduit chez elle. «Pena okenn zom laba, si ena move siklonn lerla zot pou vinn refizie kot mwa.» La solidarité est flagrante car chez Swadesh, c?est à peine plus confortable que chez Kamla. Seul réconfort contre les rafales : les boulons et barres de fer que Swadesh a pris la précaution de souder ça et là...

Des morceaux de toile visiblement récupérés dans un bric-à-brac, retenus par des clous mais ici avec une longueur de raphia, là avec du fil de fer. Des clous rouillés qui dépassent. Camouflés dans le salon par des posters de vedettes collés au mur. C?est dans ces conditions que ces trois familles de Baie-du-Tombeau s?apprêtaient à vivre le passage du cyclone dans la matinée d?hier.

Trois familles, car en sus de Swadesh et sa voisine, cette parcelle de terre synonyme de misère est aussi occupée par la longère du père de Swadesh. Il se dit soulagé que le week-end passé, ils ont pris la précaution de cueillir les mangues qui restaient dans l?arbre situé pratiquement sur le pas de la porte de Kamla.

Ce manguier et le pye zak représentent d?ailleurs l?une des plus grandes frayeurs de Kamla, une ancienne femme laboureur qui ne peut plus travailler, «parski mo ena dilo dan zenou ek de trwa lezot konplikasyon». Si l?un de ces arbres, à vue d??il plus costaud que sa maison, venait à tomber dessus, ce serait fini de ses maigres affaires.

Kamla affirme vivre dans ce coin situé à deux minutes de la plage de Le Goulet depuis 50 ans. Elle vit au jour le jour. A emprunter des petites sommes à son voisin Swadesh. «Lerla kan zot gagn kass zot rande», nous confie-t-il. En comptant sur «enn fami ki finn fer enn ti donasyon Rs 300.». Une parente qui selon ses explications hésitantes ? la pudeur du besoin sans doute ? est propriétaire d?un commerce. Sauf que quand Arti est allée récupérer les commissions promises, elle a trouvé porte close.

Arti est rentrée et a retrouvé sa vie désoeuvrée de jeune fille. «Zot finn al lekol ziska siziem apre zot finn arete. Zot ena 14 zan, zot pa pou gagn travay.» A Baie-du-Tombeau, le cyclone n?est pas qu?une perturbation météorologique.

<B>Aline GROëME-HARMON</B>

HOTELLERIE : RIEN N?EST LAISSE AU HASARD

Une chorégraphie bien rodée. Dans l?hôtellerie, qui dit cyclones dit aussi enclenchement de procédures. Dès l?annonce de la formation d?une dépression, la progression de celle-ci est suivie au kilomètre près. Les briefings s?enchaînent. L?information est circulée.

«Nous avons un programme pour la saison cyclonique, établi selon les classements notamment classe 1 ou 11 et III ou IV», explique Christian Fock Dick Wing, directeur par intérim de l?hôtel Veranda Coin de Mire.

Durant la journée d?hier les différentes équipes des hôtels suivaient les étapes de l?opération «mode cyclonique». La maintenance, le housekeeping, le Food and Beverages étaient sur un pied de guerre en terrain connu.

Le transport et le logement des employés constituent deux considérations majeures les jours de cyclone. «Chez nous, les staff quarters sont à 100 mètres et la majorité des employés habitent dans les environs. En temps de cyclone, nous n?avons donc pas à aller chercher les employés qui habitent loin», précise Christian Fock Dick Wing.

«Il faut garder les clients constamment informés», précise Clyde Vacher, directeur de la communication de Sun Resorts. Ainsi, à travers des billets laissés dans les chambres, et aussi en exposant des images satellite au niveau de la réception, les clients des différents hôtels du pays sont mis au courant de la progression du cyclone. Avec le mauvais temps, des projections de films sont aussi prévues. Si au Veranda Coin de Mire, le programme de télé est modifié, au Sugar Beach, par exemple, la salle de conférences est transformée en salle de cinéma.

Le service en chambre est en grande demande tandis que les restaurants, souvent ouverts, assument une nouvelle configuration. Les tables et chaises disposées à l?extérieur sont mises à l?abri dès les premières pluies. Une organisation a toujours lieu en amont. «Le département restauration s?assure, en avance, qu?il y a toutes les choses nécessaires pour tenir au moins deux jours en cas éventuel de discontinuation de l?approvisionnement et les menus prennent en considération un manque de légumes» explique Clyde Vacher.

L?éloignement du cyclone ne signifie pas que tout recommence comme avant. Il y a souvent des procédures d?urgence pour que l?hôtel retrouve son look. Il y a aussi la gestion des arrivées et départs qui auront été retardés.

<B>Sharon SOOKNAH</B>

QUESTIONS A? FRANÇOIS LUXEREAU, GEOPHYSICIEN ET CHERCHEUR AU CNRS

<B> «Il y a entre 50 et 100 cyclones chaque année?»</B>

●<B> Quelle est la fréquence des cyclones ? </B>

Il y a entre 50 à 100 cyclones chaque année, dont à peu près le dixième dans le sud de l'océan Indien. Fort heureusement, une partie seulement de ces cyclones concerne des zones habitées.

●<B> Comment caractérise-t-on la puissance des cyclones ? </B>

On utilise l?échelle de Saffir-Simspon qui les classe en cinq niveaux qui prennent en compte les principaux effets dévastateurs des cyclones, d?une part la vitesse des vents, d'autre part la marée provoquée sur les côtes.

Le cyclone Katerina était de niveau 5. Les pluies qui accompagnent le cyclone sont, en général, impressionnantes. Elles dépendent des localisations. La Réunion semble particulièrement touchée. Par exemple, il est tombé près de 2 m d'eau en 24 heures en 1966 et près de 6 m en 1980 en raison de la durée du cyclone Hyacinthe qui a sévi pendant en une semaine.

●<B> Comment se forment ces cyclones ? </B>

La circulation atmosphérique est régie par des paramètres physiques simples : la température de l?air et la rotation de la terre. Si l?air est chaud, il devient plus léger et il a tendance à s'élever. C'est comme une pompe qui crée une zone de faible pression, ou dépression, au niveau du sol ou de la mer. Cette dépression peut, si les conditions sont favorables au phénomène et bien entendu défavorables aux populations, donner naissance à un cyclone.

Si l'air est froid, il s'alourdit et la pression au sol devient plus élevée. On parle alors d'anticyclone. L'anticyclone des Açores est bien connu en Europe occidentale.

L'air à basse altitude a tendance à se diriger des régions à forte pression vers celles à faible pression. Mais il est en même temps soumis à une force due au mouvement de la rotation de la terre autour de son axe polaire.

Il s'agit de la «force de Coriolis» du nom d'un mathématicien français du début du 19e siècle, qui a publié une théorie mathématique du jeu de billard. Cette force s'exerce d'ouest en est parallèlement à l'équateur. La composition de ces deux forces fait que les molécules d'air sont entraînées autour des dépressions dans un mouvement de spirale.

Cette spirale tourne dans le sens des aiguilles d'une montre si l'on est dans l?hémisphère nord et dans le sens inverse dans si l?on est dans l?hémisphère sud. C'est ce qui se passe aussi pour l'eau qui s'écoule d'une baignoire. La circulation de l'air atmosphérique s'organise en permanence en grands mouvements circulaires autour des dépressions qui se déplacent lentement d?ouest en est.

Un cyclone est la forme ultime de ces systèmes dépressionnaires. Il résulte de la présence d'une importante masse d'eau océanique à une température supérieure à 26 degrés Celsius dans des zones situées entre cinq et dix degrés de latitude, c'est-à-dire entre 500 et 1000 km de l'équateur : les zones tropicales.

●<B> Quels sont les risques engendrés par les cyclones ? </B>

Des vents violents, très violents parfois, des pluies diluviennes, des marées. La marée, qui se produit quelques heures avant l'arrivée du vent et qui peut atteindre cinq mètres de hauteur, balaye les zones littorales. Les pluies peuvent engendrer des effets secondaires tels que glissements de terrains et inondations. Les vents peuvent être très destructeurs. Les toitures, les constructions légères, les panneaux d'affichage ou de signalisation, les arbres peuvent être arrachés ou détruits. Les matériaux arrachés constituent des projectiles très dangereux.

●<B> Quelles sont les mesures à prendre pour se protéger des cyclones ? </B>

La réponse est double. En amont : respecter des règles d'urbanisme et de construction précises.

Limiter les constructions dans les zones littorales. Construire de manière suffisamment robuste en particulier pour les éléments de toitures qui doivent être vissés et non cloués. Privilégier les toitures à quatre pentes moins sensibles au pouvoir d'arrachement par le vent que celles à une seule pente, évidemment plus répandues. Éviter le déboisement excessif qui favorise inondations et glissements de terrain.

Il faut aussi écouter les messages d'alerte. Un réseau de veille mondial suit la naissance et la trajectoire des cyclones avec une grande précision. Les cyclones se déplacent à faible vitesse, une vingtaine de kilomètres par heure, ce qui laisse le temps de se préparer.

Évacuer les côtes, les bords des rivières. Fermer les ouvertures au vent avec des panneaux de contre-plaqué. Abriter les véhicules derrière des murs solides. Ne pas circuler, ni à pied, ni en voiture mais se réfugier en temps voulu dans des bâtiments solides. Puis constater les dégâts? On ne peut plus faire grand-chose lorsque le monstre est sur place.

Je dis le monstre mais il ne faut pas oublier que les cyclones ont également des effets bénéfiques. En brassant les eaux océaniques, ils font remonter en surface des éléments nutritifs présents dans les eaux profondes. Ils favorisent ainsi le développement de la vie océanique. Tout dépend du point de vue où on se place.

<B>Propos recueillis par Radha-RAJEN JAGANATHEN</B>

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