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L?esprit libre au quotidien
Au c?ur de cette ouverture d?esprit, son milieu familial. La tolérance, Danièle la découvre lorsque son père, qui était catholique, décide de prendre le baptême adventiste. Sa mère, elle, demeure fidèle au catholicisme. Et bien qu?elle élève ses enfants dans la même foi, elle ne les empêche pas pour autant d?accompagner leur père aux célébrations adventistes qui lui tiennent à c?ur.
De cette mixité de pratiques religieuses, Danièle ? cadette d?une famille de quatre enfants vivant à la cité Barkly ? apprendra la spiritualité. La juste mesure entre les rites. «De toute façon, être catholique ou adventiste, c?est toujours être chrétien. Le fait de connaître ces deux religions chrétiennes m?a apporté une meilleure compréhension des autres religions et m?a rendue plus tolérante. Je ne me focalise pas sur ce qui peut être source de conflit mais sur les valeurs communes.»
Cette boursière de l?école Philippe Rivalland R.C.A effectue sa scolarité secondaire côté classique au Queen Elizabeth College. A la fin de ses études, elle songe au journalisme mais comme son grand-père et sa mère sont infirmiers, elle décide d?embrasser ce métier. Un membre de sa famille lui rira au nez, croyant qu?elle abandonnera la partie. C?est mal la connaître. Elle va jusqu?au bout de ses trois ans de formation et de pratique à l?hôpital Jeetoo. Lorsqu?elle obtient son diplôme d?infirmière, elle doit attendre que le ministère veuille bien l?embaucher.
Durant cette période d?attente, Danièle tombe sur un avis de recrutement de journaliste à La Vie Catholique. Elle postule et est acceptée. Elle s?insère rapidement dans la structure. Entre-temps, elle épouse Rodney Rannoojee, responsable du département échantillons chez Socota. Son esprit libre et indépendant s?illustre une fois de plus car elle tient à conserver son nom de jeune fille. Ils sont parents de deux filles : Johanne, 12 ans, et Emilie Chloé, 11 ans.
«Un nouveau rédacteur en chef ne connaît pas les sensibilités des uns et des autres. Et en cas de conflit, j?ai toujours eu tendance à prendre le journaliste à part pour faire tampon...»
Dans deux mois, Danièle fêtera ses 20 ans à La Vie Catholique. Elle a appris de ses différents rédacteurs en chef. De Monique Dinan, qui fut la première rédactrice en chef de cet hebdomadaire, elle aura appris les rudiments du métier. «Monique m?a aussi donné le goût du journalisme.» Sous la direction de Clency Lajoie, elle a découvert l?ouverture sur la société. Elle deviendra même sa rédactrice adjointe. Mais lorsqu?il démissionne, elle demande à retrouver son statut de journaliste.
Avec le Père Georges Chung, elle élargira son point de vue, allant plus vers l?aspect éthique que religieux. Danièle n?oublie pas de rendre hommage à feu Eric Brelu-Brelu, en soulignant que grâce à lui, le journal a élargi ses horizons sur le social.
Danièle confie avoir été surprise par la soudaineté de la proposition de nomination en tant que rédactrice en chef. Elle en était à son deuxième jour de congé lorsqu?on lui demande d?assurer la suppléance, Eric Brelu-Brelu ayant démissionné. Le 31 décembre, le poste lui est offert. Il faut dire qu?elle avait déjà refusé une telle proposition, un an et demi de cela, «un peu par lâcheté», prétextant que sa fille Chloé était en classe préparatoire du Certificate of Primary Education.
«Avec le recul, je crois que j?ai réagi ainsi parce que de tout temps, j?ai agi comme tampon entre le rédacteur en chef et l?équipe. Un nouveau rédacteur en chef ne connaît pas les sensibilités des uns et des autres. Et en cas de conflit, j?ai toujours eu tendance à prendre le journaliste à part pour faire tampon ou aller voir le rédacteur en chef pour lui exposer mes points de vue. J?avais peur qu?en acceptant le poste, il n?y ait plus personne pour assumer ce rôle.» Pourquoi a-t-elle changé d?avis ? «Peut-être que j?ai compris qu?il y avait une part de lâcheté dans mon premier refus et que je ne pouvais pas systématiquement me défiler.»
Dans tous les médias, il y a une ligne éditoriale. Et à La Vie Catholique, elle consiste à rappeler les principes de l?Eglise. Mais Danièle assure que les textes n?ont jamais fait l?objet de censure et qu?aucune idée d?article n?est rejetée. Cette liberté de penser et d?agir a fait qu?elle soit restée fidèle à ce titre de presse. «Il n?y a pas de sujets tabous. Il y a une manière de traiter les sujets mais pas une façon de penser La Vie Catholique. Par exemple, lors de la création du collectif Arc-en-Ciel, j?ai écrit deux pages sur ce regroupement dans la perspective des droits de la personne. Nous traitons tous les faits de société, tout en rappelant les principes de l?Eglise, mais nous laissons les gens vivre. Nous fonctionnons comme n?importe quel journal. C?est dommage qu?on nous mette dans un moule et que nous soyons prisonniers de cette perception.»
Ce qui la met hors d?elle, c?est quand, dans une société plurielle comme la nôtre, on avance comme justificatif implacable «parce que la religion le demande». «On ne peut clore tout débat avec uniquement cela comme argument. Je suis sensible aux arguments humains et éthiques.» Depuis qu?elle est en poste, Danièle a eu à gérer le traumatisme post-disparition d?Eric Brelu-Brelu et une équipe rédactionnelle réduite à son minimum vu qu?elle n?a pas encore été remplacée. Lorsque le temps le lui permettra, elle fera en sorte que le journal s?intéresse de plus près aux préoccupations des Mauriciens sur les grands enjeux de la société, «pour être au c?ur des grands débats», et sur les autres religions «car il est important de se comprendre, voir ce qui nous rassemble et non nous sépare?»
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