Publicité

Krach boursier : ce que Maurice peut y gagner ou? y céder

23 janvier 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les chutes successives, depuis le début de l?année, du Nikkei au Japon, le Hang Seng à HongKong, le Shanghai Composite Index en Chine, respectivement de 13 % pour le premier, plus de 14 % pour le second et pour le dernier, aux alentours de 7 %, ont déclenché le krach boursier le plus généralisé que le marché asiatique ait connu ces dernières années.

Ce marché a, en effet, reçu un retentissant soufflet, particulièrement ce lundi, que ce soit à Bombay, Tokyo, Séoul, Sydney, en Chine ou à HongKong. Une sourde panique s?est installée à la Bourse. En effet, une dégringolade de la plus grande ampleur des cours en Asie (depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001) a contraint les autorités de certains de ces pays à ordonner la fermeture provisoire de la Bourse. Elles se sont surtout activées à prodiguer, ces dernières heures, des appels au calme et des promesses d?actions correctrices afin d?endiguer l?hémorragie boursière qui risquait de laisser exsangues, plusieurs investisseurs de la Bourse.

L?index principal sur le marché boursier de l?Inde, le Sensex, a connu une chute de l?ordre de 9,75 % en quelques minutes, entraînant les cours des autres actions, au milieu de la clameur des investisseurs et des appels au calme du ministre indien des Finances, Palaniappan Chidambaran. Ce dernier a offert d?injecter assez de liquidités dans le système pour éviter le pire. Cette situation n?a, malheureusement, pas été limitée à l?Inde. Au Japon, l?index Nikkei a subi une baisse de 1,5 % dès l?ouverture de la session boursière. Les autres actions ont connu, elles, une baisse de l?ordre de 4 %. Même cas de figure en Chine, où le Shanghai Composite Index a connu une dépréciation de plus de 5 %.

A l?origine de ce vent de panique, la crainte d?une récession mondiale dont le point de départ a été les Etats-Unis, où la baisse du taux de croissance a, peu à peu, émoussé les ardeurs. Le plan de relance annoncé la semaine dernière par le président des Etats-Unis, George W. Bush, pour stimuler la consommation, devenue apathique, n?a pas suffi à changer la donne. Les critiques estiment que la réduction des taxes et quelques mesures visant à relancer la consommation ne suffisent pas à résoudre un problème en réalité beaucoup plus profond.

Crise de confiance

En effet, l?engourdissement observé aux Etats-Unis dans le secteur du logement, ajouté au problème relatif au crédit sub-prime ont conduit à une crise de confiance. L?initiative des banques de renforcer leur politique d?octroi de crédits suite aux énormes pertes subies récemment dans le domaine du crédit hypothécaire explique le ralentissement de la consommation dans la plus grande puissance économique du monde. L?on estime que cette récession risque d?emporter une bonne moitié du taux de croissance du pays.

Elle a également entraîné des complications ailleurs dans le monde, particulièrement dans les Etats exportant surtout vers le pays de l?Oncle Sam. Le ralentissement de la demande dans ce dernier pays a provoqué la baisse des activités dans plusieurs autres, réduisant la marge de profit des entreprises, et de façon directe, la chute des cours des actions. La crise n?a pas épargné les Bourses européennes ou celles des pays latino-américains.

Les répercussions économiques sur Maurice sont difficiles à prédire. Les appréciations des conséquences sur l?économie mauricienne sont mitigées. L?économiste Eric NG, du cabinet PluriConseil estime qu?en termes d?économie réelle, Maurice aurait peut-être à gagner de cette situation. «La récession aux Etats-Unis affaiblirait encore plus le dollar. L?appréciation de la roupie mauricienne face au dollar s?accentuerait. Si cela s?avère vrai, la Banque de Maurice pourrait baisser ses taux d?intérêt afin d?encourager l?investissement privé, alléger l?endettement des entreprises et des ménages et encourager la consommation», explique cet économiste. «Je suis peut-être mal placé pour m?aventurer sur le marché de la Bourse, mais j?estime que nous pouvons même assister à l?arrivée de nouveaux investisseurs sur notre marché boursier, qui chercheraient à diversifier leurs investissements. Je n?exclus pas, cependant, un ralentissement dans le secteur touristique et une diminution du volume des exportateurs vers certains pays affectés. Tout cela est difficile à dire avec certitude, cependant.»

Quant à l?économiste Swadicq Nuthay, gestionnaire de fonds, l?heure est plutôt à la prudence. «Maurice ne doit pas s?attendre à un événement heureux suite au krach boursier observé un peu partout, notamment en Asie. Je crains que dans un marché boursier déjà assez surchauffé comme celui de notre pays, Maurice puisse subir le phénomène du profit taking où les gros investisseurs décident de réaliser leurs profits en vendant leurs actions», craint Swadicq Nuthay.

Réactions émotionnelless

«Bien que seuls les développements des prochaines heures puissent nous éclairer, Maurice n?est nullement à l?abri d?une mauvaise surprise. Le phénomène qui a cours en ce moment est un phénomène mondial. Le fait est que bon nombre d?investisseurs étrangers présents sur le marché boursier mauricien ont d?abord acquis des actions dans les marchés boursiers des pays développés. Et j?ai peur que le retrait, pour cause de faillite, de certains investisseurs de ce genre n?entraîne des conséquences fâcheuses sur la Bourse à Maurice», affirme l?économiste.

«A ceux qui pensent que Maurice est un marché émergent et qu?il n?a rien à voir avec le problème du sub-prime qui a lieu aux USA, je répondrai que l?Inde aussi est un marché émergent et qu?apparemment, il n?était pas directement concerné par la crise actuelle aux Etats-Unis. De même, les actions de Vodafone à Londres ont chuté et pourtant, elles n?étaient pas liées ni de près ni de loin au sub-prime. En termes d?économie réelle, nous ne semblons courir aucun risque mais dans des situations de crise de ce genre, les réactions émotionnelles ont souvent le dessus sur le rationnel.»

Nico PANOU

Publicité