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«Cavadee» ou quand la foi l?emporte sur la religion
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«Cavadee» ou quand la foi l?emporte sur la religion
«Je ne suis pas tamoule?», précise Josiane. A l?entrée du kovil Kaylasson, à la route Nicolay, hier, Josiane, de foi catholique, ne détonne pas pour autant.
Pour fêter le «Thaipoosam Cavadee», les Mauriciens, toutes confessions confondues, s?étaient déplacés. Il y avait ceux qui étaient venus en voisins. Ceux-là mêmes qui vivent dans la périphérie de la capitale. Et puis, les autres. Ceux qui, comme Josiane, viennent de plus loin. Par habitude, mais aussi et surtout guidés par la foi.
Dans la famille de Josiane, l?habitante de Beau-Bassin, on est catholique, mais pas uniquement. «Ena melanz», déclare-t-elle. Un métissage qui fait que régulièrement, et pas seulement à l?occasion de Cavadee, Josiane se rend au kovil pour prier.
«Ena ene sel bondie»
Ailleurs, à l?abri sous un parasol, Janine Lebon attend. L?habitante de Sainte-Croix, habituée du Kaylasson, attend pour sa part la procession. «Cela fait plusieurs années que je viens ici. Mo kontan bane cavadee la», souligne-t-elle. Et puis, Janine vient prier aussi. En souvenir de cette grand-mère tamoule qui lui a légué certaines traditions. «Mo pa fer li 100 % mai mo suiv inpe koutim kan mem», précise-t-elle. Du regard, Janine cherche sa s?ur Marianne. Elle aussi une habituée. «Elle ne va pas tarder. Nous prierons ensemble.» Ensemble avec «ceux des autres communautés». Ensemble, tous prieront «le même Dieu».
Si dans la famille Ramnochane par contre on célèbre le Cavadee, cela fait des années que Kavita, de foi hindoue, ne s?est pas rendue au kovil. Cette année, c?est pour sa fille Nidhi, 6 ans, que cette habitante de Vallée-des-Prêtres, a fait le déplacement. «Petite, j?avais l?habitude de venir. Je voulais que ma fille expérimente ce que moi j?ai connu», précise la jeune femme. Et puis, ce que Kavita «enfant de Sainte-Croix», apprécie surtout, c?est cette communion dans la prière entre les différentes communautés. «Tous les ans, je fais le pèlerinage de Père Laval. Nu particip dan bane lezot fete, li bon ki bane lezot osi particip osi dan bane fete en dehor zot relizion.»
Ansuya Annasamy abonde en ce sens. «Catolik, hindou? Zot tou kapav vini. La porte Muruga ouver pu tou dimoune.» Tous sont les bienvenus. Pour prier ou pour? déjeuner. «Sept cari» et «briani» arrosé de «jus tamarin», comprenez le fameux «panacon» fait à base d?eau, de sucre, de tamarin, de limon et d?un «sirop d?épices», savant mélange d?élaïti et de gingembre sec écrasé. Tout cela partagé avec tous dans la bonne humeur. Dans la foule, Ansuya Annasamy, reconnaît ses voisins de Sainte-Croix. «Tou dimoune vini. Zot fer nu plaisir.» Ils se font plaisir également.
Quelle que soit la communauté
Sur le bas-côté de la route Nicolay, Pierrette Paul attend le passage de la procession avec un gobelet de «panacon» à la main. Cette habitante de Sainte-Croix ne s?en cache pas. Avec ses cousins, ses neveux et sa fille, ils sont venus boire le fameux breuvage. Pierrette est aussi venue «get gete».
Le passage de la procession, ces hommes et ces femmes «kine pik zot lekor» et qui marchent pieds nus sur l?asphalte brûlant, en signe de sacrifice, ne laisse pas Pierrette insensible. «Mo senti ene zafer», dit-elle. Comme un léger frisson?
A l?abri du soleil, la famille Pather distribue des centaines de gobelets de «panacon» et du briani. Voilà plusieurs années déjà que cette famille «donn ene remontan» aux pèlerins fatigués. Ici, on accueille les pèlerins des autres communautés à bras ouverts. «Nous ne faisons pas de discrimination. Port-Louis est une ville multi-raciale. Quand un voisin organise une cérémonie religieuse chez lui, il invite son voisin, quelle que soit sa communauté», soutient Krishna Pather. Pour l?homme, ce mélange des communautés à l?occasion du Thaipoosam Cavadee, rien de plus normal. «Même les personnes démunies qui n?ont pas participé à la procession, nous leur donnons à manger. C?est ça notre offrande?».
Par contre, au «stand» voisin, on ne tient pas le même langage. «Bane ce ki pane gard carem pa pu gaigne manzer», dit-on. Mais on se demande comment il fait pour reconnaître ceux qui n?ont pas «garde carem» ?
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