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La Banque de Maurice exclut toute politique de dépréciation de la roupie

22 janvier 2008, 00:00

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Les exportateurs ont les yeux rivés sur la valeur de la roupie. L?appréciation de la monnaie locale les inquiète. La Mauritius Export Association (MEXA) a réuni ses membres hier pour se pencher sur la question. La Bank of Mauritius (BOM), banque centrale, insiste de son côté que son rôle n?est pas d?intervenir sur le taux de change pour soutenir les exportations.

La BOM est intervenue à quelques reprises depuis le début de l?année pour racheter des devises sur le marché. Certains ont perçu cette démarche comme une tentative de faire déprécier la roupie, après son appréciation rapide contre l?euro, la livre sterling et le dollar.

«Notre intervention a pour objectif de stabiliser le marché et non pas de répondre à l?agenda des certains intérêts économiques», soutient une source autorisée à la Banque de Maurice, dans un commentaire à l?express. «Notre souci n?est pas d?influencer la valeur de la roupie. La monnaie doit refléter les fondamentaux de l?économie.»

La BOM s?est aussi évertuée à éponger des excès de devises dans le circuit forex. Depuis la mi-décembre, elle a racheté des devises pour une valeur totale de Rs 2,3 milliards.

Vigueur à la roupie

Le circuit forex a été témoin, vers la fin de l?année, d?une injection jugée brusque de la monnaie unique européenne. Les groupes sucriers ont négocié des crédits relais (bridging loans) en euro auprès des banques commerciales pour financer le voluntary retirement scheme (VRS) 2. Ils ont choisi cette devise pour diminuer les risques de change lors de l?encaissement des mesures d?accompagnement de l?Union européenne, principal financier du programme de retraite.

Les sociétés sucrières ont converti les euros empruntés en roupies pour payer les compensations. Cela a provoqué un afflux de la monnaie européenne dans le circuit monétaire. «Le marché ne pouvait pas absorber la masse de liquidités qui était injectée dans le circuit. La Banque de Maurice a dû intervenir pour rééquillibrer l?offre et la demande de devises. Notre objectif est d?assurer la stabilité monétaire», insiste-on dans les milieux monétaires.

Au cours de ces derniers mois, la roupie mauricienne a connu une appréciation rapide contre les principales monnaies étrangères. Un concours de facteurs locaux et internationaux a contribué à ce mouvement.

Sur le plan local, l?afflux des investissements étrangers et des recettes d?exportation plus robustes que les années précédentes ont apporté de la vigueur à la roupie. Celle-ci a aussi profité de certaines faiblesses des poids lourds, dans le sillage des craintes de ralentissement économique aux Etats-Unis et en Europe.

Pour l?instant, le marché de change affiche la stabilité, disent les observateurs. «Le marché a retrouvé son équilibre. Il y a eu quelques grosses transactions de devises sur le marché interbancaire ces derniers jours, mais les liquidités ont pu être absorbées. La Banque de Maurice n?est pas intervenue. Il ne faut pas, du reste, qu?elle intervienne trop souvent sur le marché, car cela voudrait dire qu?il n?y a pas de marché», avance un trésorier de banque.

EFFETS SUR LES EXPORTATIONS

La roupie et la situation internationale préoccupent les industriels

■  Les membres de la «Mauritius Export Association» (MEXA) se sont rencontrés hier pour examiner une conjoncture qui leur est peu favorable. La roupie qui s?apprécie un peu trop vite face aux poids lourds inquiète les exportateurs qui craignent une chute de recettes en monnaie locale. La situation économique internationale est aussi une source d?inquiétude pour les industries d?exportation. «La politique de taux de change actuelle est suicidaire. Je prévois une crise dans les exportations de textile. La valeur actuelle de la roupie n?est pas réelle. Les bons du Trésor et les investissements étrangers à la Bourse de Maurice attirent des capitaux de manière temporaire. Il faut au préalable déterminer la vraie valeur de la roupie», souligne Ahmed Parkar, vice-président de la MEXA.  Les perspectives économiques sur nos principaux marchés d?exportation n?arrangent pas les choses non plus. «Il n?y a pas que le taux de change qui nous intéresse. La situation internationale nous interpelle aussi. Les problèmes économiques liés à la crise des crédits immobiliers à risque (sub-prime mortgage) s?étendent au-delà des Etats-Unis, en Europe notamment. L?Union européenne vient de baisser ses prévisions de croissance pour 2008 de 2,5 % à 1,5 %. Tout cela a une incidence sur la consommation. Nos industries d?exportation, dont le textile-habillement et le tourisme, en sont très concernés», soutient Danielle Wong, directrice de la MEXA. «Est-ce qu?une roupie forte est la meilleure chose dans la conjoncture?», se demande-t-elle.  Les dirigeants de la MEXA avaient rencontré le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersingh Bheenick, le vendredi 11 janvier pour discuter du taux de change. Le textile-habillement, de loin la principale industrie du secteur manufacturier d?exportation, compte, dans une large mesure, sur une politique de change compétitive pour maintenir ses parts de marché en Europe et aux Etats-Unis. Pour l?industrie mauricienne de la confection, une politique de roupie faible est essentielle pour faire face à la menace chinoise, notamment. La Chine pratique une politique de dépréciation agressive pour soutenir ses exportations sur le marché international. Les opérateurs mauriciens espèrent pouvoir utiliser, eux aussi, les «armes monétaires» pour assurer une activité rentable.«Nous apprécions le fait que la Banque centrale ait une politique de combattre l?inflation. Cette politique a un prix. Est-on disposé à payer ce prix ?» s?interroge Danielle Wong.

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