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Démocratisation : quelle farce !
Le 3 juillet 2005, je faisais partie de ces milliers de jeunes qui votaient pour la première fois aux élections générales de l?île. Quelle fut ma fierté en sachant que j?allais exercer ce droit sacré auquel chaque adulte mauricien a droit ! J?étais d?autant plus excité de rentrer au pays pour mes vacances universitaires ce juillet-là car la dernière ligne droite de la campagne électorale battait son plein.
Comme bon nombre de jeunes, j?en profitai pour assister aux nombreuses réunions nocturnes de ma circonscription ? permettez-moi de préciser, des deux bords politiques ! Je me souviens encore de tous ces jeunes qui se ruaient vers les meetings et autres rassemblements politiques, les yeux pleins d?espoir, pleins de rêve, pleins d?idéalisme pour une île Maurice aux lendemains meilleurs, car ne leur avait-on pas promis que la vie quotidienne de tous les Mauriciens allait changer en 100 jours ? !
En cette période de campagne de 2005, le vocabulaire courant des Mauriciens s?enrichit d?un nouveau terme jadis peu utilisé : démocratisation. La démocratisation de l?économie devint alors un thème fétiche aux différentes réunions auxquelles j?assistais. Mise à part la connotation honteusement communale et dégoûtante que ce nouveau terme commençait à prendre, c?était une proposition qui faisait rêver des milliers de Mauriciens, jeunes comme moins jeunes, qui pensaient qu?enfin l?égalité des chances allait être une réalité à Maurice, que la misère du peuple allait être considérablement réduite, que le pouvoir économique allait être rendu au petit peuple et que le pouvoir d?achat du simple citoyen allait connaître une hausse.
«Je me souviens encore de tous ces jeunes qui se ruaient vers les meetings (...) les yeux pleins d?espoir, pleins de rêve, pleins d?idéalisme...»
Aujourd?hui, ce même gouvernement, élu à la suite du verdict des urnes en 2005, est à mi-mandat. Lorsqu?on jette un regard en arrière et qu?on essaie de brosser un tableau de la pseudo-démocratisation, plus d?un aurait honte de faire un tel exercice.
Qui dit démocratisation dit partage de richesses et qui dit partage de richesses dit aussi augmentation du pouvoir d?achat. Or, les dernières statistiques publiées par le Bureau central des statistiques (BCS) quant à l?évolution de l?indice du coût de la vie, le Consumer Price Index (CPI), révèlent une véritable trahison de la part d?un gouvernement qui, alors qu?il était dans l?opposition, scandait à qui voulait bien l?entendre qu?une fois au pouvoir, il adopterait une politique qui mettrait l?accent sur le social.
Pis encore, ces chiffres ont été publiés par le BCS avant même l?annonce de la hausse du prix de la farine. Et l?on sait qu?une hausse du prix de la farine aura un effet domino sur le prix du pain, des dholl puri et autres faratas. Ala kot démocratisation finn allé?
«Cette décision d?aller chercher l?herbe plus verte ailleurs découle de la désillusion de cette jeunesse qui avait osé prêter foi aux promesses de nos dirigeants...»
Une simple analyse de ces chiffres révèle que la plus forte augmentation des prix a été enregistrée dans la catégorie des Food and Non-Alcoholic Beverages. Il n?y a pas lieu d?être docteur en économie pour savoir que les commodités de base telles que la farine et autres produits dérivés constituent la part du lion dans les dépenses des ti-dimounn. À travers cet exercice de hausse des prix, ce gouvernement, qui se proclame de vocation sociale, a meurtri la population dans sa chair de la façon la plus cruelle qui soit.
Cette trahison est d?autant plus dégoûtante, voire révoltante et honteuse, que c?est la classe des travailleurs et la classe moyenne qui sont les plus touchées. Et l?on sait tous que c?est là l?électorat traditionnel du PTr depuis le temps de Chacha? En faisant le tour de certains endroits, surtout autour du littoral, pendant mes vacances dans l?île durant la période de fin d?année, j?ai entendu un refrain qui revient sur les lèvres de tous, tel un leitmotiv, «Chacha so beta finn trahir nous, finn coquin nou vote»?
L?histoire du prix du gaz ménager et de l?essence automobile, on la connaît déjà ? nul besoin de remuer le couteau encore plus dans la plaie encore toute fraîche et toute saignante car on en a assez souffert. D?ailleurs, ce gouvernement dominère est insensible aux souffrances du petit peuple. Alors même que la population versait des larmes de sang en constatant la hausse du prix de sa tente ration pendant les périodes festives, le docteur-maître célébrait le White Christmas au royaume de sa Majesté, c?est-à-dire, nos anciens colons. Or, son état-major, surtout celui-là même qui ne fit pas long feu comme ministre de l?Éducation quoiqu?étant soi-disant pédagogue et docteur en lettres, raciste et hypocrite comme tout, a le culot d?accuser les autres d?être des colons. Balyé to prop la cour avant to critique lezot !
Tandis que la bruyante demoiselle qui pense avoir conquis le monde depuis qu?elle a été élue députée ne rate aucune occasion pour vociférer des slogans anti-gros capital, le bon docteur ne s?est pas fait prier pour savourer du bon Chateauneuf du Pape en compagnie des barons de ce même gros capital au cours de 2007 dans un établissement exclusif, hors de la portée des ti-dimounn. Le docteur en lettres saura sans doute apprécier, à sa juste valeur, cette hypocrisie digne d?une pièce de Molière? Comme dirait l?adage populaire local, dromm vide fer plis tapaz?
Qui dit démocratisation dit aussi égalité des chances. Cependant, il est malheureux de constater que, parmi la jeunesse mauricienne, il y une perception ? très justifiée selon moi ? que l?égalité des chances n?est plus qu?une farce, voire, une caricature, de nos jours. Pas plus tard que la semaine dernière, la Cour suprême a invalidé plusieurs nominations des Deputy Rectors dans les collèges secondaires d?État par la PSC car les juges ont trouvé qu?il y avait une perception de bias et d?unfairness dans ces nominations, en dépit du fait que deux des membres du panel avaient effectué un disclosure of interest. En tant qu?homme de loi, je ne peux m?empêcher de saluer cette décision qui va dans la direction de la transparence et de l?équité. Cependant, c?est tout de même fort attristant de constater que, même au sein d?une institution de la République de l?envergure de la PSC, ce n?est pas toujours la méritocratie et la transparence qui priment. Devant un tel état des choses aussi déplorable que cela, il n?est guère surprenant que l?élite mauricienne, celle-là même dont une bonne partie a bénéficié des bourses d?études de la part de l?Etat, décide de chercher refuge ailleurs qu?au pays natal.
En somme, cette décision d?aller chercher l?herbe plus verte ailleurs découle de la désillusion, la frustration et la déception de cette jeunesse qui avait osé prêter foi aux promesses de nos dirigeants, cette jeunesse qui, en juillet 2005, avait les yeux remplis de rêve, d?idéalisme et d?espoir pour une île Maurice meilleure? Hélas, cette jeunesse est restée sur sa faim et a dû mettre ses rêves sur le compte de l?utopie? en attendant 2010 peut-être bien?
V.D.
(Professionnel mauricien exerçant au Royaume Uni)
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