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L?infrastructure ne suit pas la croissance
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L?infrastructure ne suit pas la croissance
Le Central Statistics Office s?attend à une croissance de 8 % cette année dans l?industrie touristique. Le pays devrait accueillir 975 000 touristes. Pour Philippe Espitalier-Noël, Chief Executive de Rogers, cet objectif est largement atteignable. Toutefois, dit-il, il faut que le pays se donne les moyens de ses ambitions.
«Le superbe résultat de 2007 a mis en exergue le fait que nos moyens ne sont pas en adéquation», déclare notre interlocuteur. En tout premier lieu, l?aéroport de Plaisance est saturé par le nombre croissant de touristes. Cela entraîne des goulots d?étranglement les lundis, jeudis et samedis, quand le trafic aérien est le plus intense.
«Les opérateurs subissent parfois des insultes de la part des touristes excédés qui perdent patience. Il y a de longues queues à l?enregistrement des bagages, aux services d?immigration et à l?embarquement. Tout cela a pour résultat que les vols sont souvent retardés, ce qui pose des problèmes de connexion aux voyageurs», explique Philippe Espitalier-Noël.
Outre l?aéroport, la congestion routière pose problème. La fourniture d?eau est aussi un casse-tête pour les hôteliers en période de séche-resse. Les hôteliers sont contraints d?investir dans des installations pour dessaler l?eau de mer. Selon le patron de Rogers, il faut d?urgence augmenter les capacités de stockage d?eau.
D?une manière plus générale, Philippe Espitalier-Noël pose le problème de la planification pour un développement durable de l?industrie touristique. Dans cette perspective, il faut un effort pour le développement planifié des villages à vocation touristique, comme Flic-en-Flac ou Trou d?Eau Douce. Il faut une approche parti-culière en termes d?urbanisme, d?architecture, de lutte contre la pollution et du traitement des eaux usées et des déchets.
<I>« La priorité en 2008 sera de combler la période creuse grâce aux marchés espagnols, du Moyen-Orient, de l?Inde. Il s?agit également de consolider nos marchés traditionnels et développer les marchés émergents comme la Scandinavie, la Russie, l?Australie et l?Inde. »</I>
Au niveau de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM), on se réjouit de la performance réalisée en 2007. L?apport du tourisme dans l?économie en 2007 représente 9,2 % du Produit intérieur brut (PIB) et les recettes touristiques seront proches de Rs 39 milliards. Les indications pour 2008 sont prometteuses, estime l?AHRIM.
Toutefois, pour soutenir la croissance en 2008, il faudrait prendre en considération deux éléments critiques, soit le nombre de chambres disponibles et le nombre de places d?avion disponibles. «Du côté des places d?avion, le pro-blème semble se limiter à un manque de sièges à certaines périodes spécifiques, et en particulier dans les classes supérieures (business et première) ; du côté des chambres, nous aurons plus ou moins 800 ? 900 chambres supplémentaires livrées à des périodes différentes, mais il faut aussi prendre en considération la réduction du nombre de chambres en raison de la rénovation de certains hôtels et les projets d?extension de trois à quatre d?entre eux», analyse Patrice Legris, directeur de l?AHRIM.
Pour le développement à long terme de l?industrie touristique, l?AHRIM estime que c?est une bonne chose d?avoir des objectifs clairs et atteignables à certaines conditions, toutefois. Une stratégie globale sera dégagée à la lumière d?une étude qui sera menée bientôt.
Cette étude concernera un certain nombre de thèmes dont l?accès aérien, les nouveaux marchés, les infrastructures, dont l?aéroport et les routes etc., les utilités publiques, l?espace re-quis, les ressources humaines et la formation, l?environnement, le social, etc.
La priorité en 2008 sera de combler la période creuse grâce aux marchés espagnols, du Moyen-Orient, de l?Inde. Il s?agit également de consolider nos marchés traditionnels et développer les marchés émergents comme la Scandinavie, la Russie, l?Australie et l?Inde.
La formation sera également une priorité afin que la croissance en nombre de chambres d?hôtels et de touristes soit accompagnée par une augmentation adéquate de main-d??uvre qualifiée.
<B>Stéphane SAMINADEN</B>
<B>Patrice Legris, directeur d l?AHRIM</B>
● <B>Quel parallèle pourriez-vous établir entre le développement touristique de Maurice depuis les années 1970 et la préservation de l?environnement ? Est-ce une thématique récente du tourisme mauricien ?</B>
Tout d?abord, l?environnement est un des atouts majeurs de notre destination, c?est une composante essentielle à l?équation de notre tourisme. Nous faisons surtout référence à notre environnement physique et marin car, sans plages et lagons, il n?existerait pas les mêmes opportunités touristiques à l?île Maurice. Les touristes viennent principalement à Maurice pour être à la mer.
Il est vrai que le volet environnemental prend de plus en plus d?importance à Maurice et dans le monde entier et pour notre secteur dans la perspective d?une vision de deux millions de touristes. Nous sommes sensibles à ces nouvelles données et travaillons beaucoup pour préserver notre environnement en général.
En 2001, le gouvernement a introduit une taxe supplémentaire aux hôteliers, la Environment Protection Fee qui représente 0,75 % de leur chiffre d?affaires. Cette taxe est en principe destinée à la sauvegarde et à la protection de notre environnement. Nous pensons que cette taxe aurait pu être utilisée davantage pour des projets à caractère environnemental et elle est estimée à Rs 210 millions pour l?année financière 2007-2008
En 2002, l?AHRIM a aussi lancé le Tourism Environment Charter (TEC) qui recommande à ses membres la mise en place de 15 actions, simples et efficaces, pour la protection de l?environnement et pour soutenir un développement durable au sein des établissements hôteliers. De plus, certains membres de l?AHRIM ont adopté des normes et standards internationaux et possèdent des certifications comme le ISO 9000, le ISO 140001 et le Green Globe.
Le développement du tourisme ne peut être autrement que durable et cela implique donc une gestion efficace de nos ressources naturelles.
● <B>L?impact des aménagements sur le littoral est considérable. Comment les nouveaux projets tiennent-ils compte de la dimension environnementale ? Y a-t-il une sensibilisation menée auprès des promoteurs hôteliers ?</B>
Selon les données du ministère de l?Environnement datant de 2005, les hôtels occupaient en 2004, 15,1 % des côtes comparés aux 16 % occupés par les bungalows.
Aujourd?hui chaque nouveau projet hôtelier doit contribuer à hauteur de Rs 25 millions au Tourism Fund qui est utilisé pour des travaux d?infrastructure ou pour subventionner des projets liés à la protection et à la sauvegarde de notre environnement.
Par ailleurs les promoteurs hôteliers et les Integrated Resorts Scheme (IRS) qui démarrent de nouveaux projets doivent produire une étude sur le Environment Impact Assessment et respecter les guidelines afin d?obtenir les autorisations nécessaires au développement hôtelier. Cette étape est donc destinée à s?assurer que l?impact de tout nouveau développement soit acceptable.
Enfin, parmi les conditions imposées par les autorités, les hôtels de plus de 80 chambres sont tenus d?avoir une station de traitement des eaux usées. Les eaux usées traitées sont ensuite utilisées pour l?arrosage des jardins des hôtels.
● <B>Les ressources en eau ne sont pas intarissables. Les hôtels sont de gros consommateurs. Quels sont les moyens mis en place pour éviter une trop forte pression de la demande hôtelière ?</B>
L?eau est une ressource naturelle précieuse qui devient de plus en plus rare ; donc il faut le gérer de manière très judicieuse. Mais on peut constater qu?à Maurice on a généralement une pluviométrie suffisamment abondante pour notre pays mais nous avons deux problèmes au niveau national : l?insuffisance de notre capacité de stockage et une perte significative (autour de 50 %) dans la distribution.
Dans l?hôtellerie, nous catégorisons trois utilisations différentes de l?eau. La première concerne la consommation domestique que l?on retrouve sous forme d?eau embouteillée dans les chambres, restaurants et bars des hôtels et qui sont distribués par des sociétés spécialisées locales.
La seconde est l?eau utilisée en cuisine, en salle de bains, en blanchisserie et pour le nettoyage. Cette eau est fournie par la CWA et payée selon le tarif commercial. Dans des régions où la fourniture d?eau est très irrégulière et insuffisante, certains hôtels investissent aujourd?hui dans des stations de désa-linisation pour compléter l?utilisation domestique mais cette option est encore très onéreuse et elle a un impact sur les coûts d?opération.
La troisième et dernière utilisation concerne les eaux usées et recyclées à hauteur de 75 % pour des besoins d?irrigation et d?arrosage. Le volume d?eaux usées destiné à l?arrosage représente environ 50 % du volume total d?eau utilisé par un hôtel.
Enfin, il est important de souligner que les employés et les clients d?hôtels sont invités à travers des avis et messages dans les chambres à utiliser l?eau avec modération.
● <B>Les EIA sont ils suffisamment stricts ?</B>
Les EIA sont des recommandations d?experts qui répondent à des critères très stricts et qui nécessitent un investissement important. Ce document est aujourd?hui essentiel pour tout nouveau développement. Malheureusement nous regrettons que les EIA ne soient pas mieux compris ou expliqués à la population car souvent nous avons vu des EIA, approuvés par les autorités, être remis en cause pour diverses raisons.
Nous souhaitons que le gouvernement définisse clairement et publiquement les paramètres et les critères nécessaires pour l?élaboration d?un EIA afin de rationaliser la forme et le contenu de cette étude. Des directives claires et des procédures simplifiées devraient être remises aux experts locaux et internationaux pour toute soumission d?un EIA au gouvernement mauricien.
Les EIA sont des instruments importants car ils doivent réconcilier la protection de l?environnement et les possibilités de développement. Un promoteur devrait être en mesure de savoir ce qui est faisable et à quelles conditions.
À ce jour, les EIA déposés au ministère de l?Environnement peuvent être consultés au ministère ou sur le site web du ministère concerné et le public en est informé à travers la presse. Le public dispose de délais nécessaires pour contester ces projets.
● <B>L?éco-tourisme et le tourisme vert sont-ils des niches appelées à se développer ? </B>
Il existe très probablement des opportunités dans le tourisme vert même si nous savons que le touriste européen viendra d?abord à Maurice pour la plage et le lagon, qui demeurent notre plus grand atout et qui influencent le client dans son choix de destination de vacances.
Il semble que, pour vraiment développer ce segment de marché, il faille une stratégie nouvelle pour positionner Maurice aussi comme une destination d?éco-tourisme ; cela implique une masse critique de qualité au niveau des produits et des ressources additionnelles.
● <B>La volonté d?accueillir deux millions de touristes ne correspond-elle pas à une vision à court terme pour faire du tourisme un pilier majeur de l?économie ? N?y a-t-il pas un véritable danger pour la préservation de l?environnement, qui doit être considéré comme l?essence même du produit « Maurice » ?</B>
Si le développement se fait de manière archaïque et non planifiée, un risque existe certainement et c?est pour cela que nous parlions plus tôt de développement durable. Les membres de l?AHRIM sont d?avis qu?il est excellent d?avoir un objectif clair pour ce secteur et que l?objectif fixé est atteignable à certaines conditions préalables mais probablement pas en 2015.
Les autorités, avec la collaboration de l?AHRIM, ont récemment finalisé les termes de référence d?une étude qui sera menée en vue de définir une stratégie globale pour atteindre cet objectif. Cette étude concernera un certain nombre de thèmes dont l?accès aérien, les nouveaux marchés, les infrastructures, dont l?aéroport, les routes etc., les utilités publiques, l?espace requis, les ressources humaines et la formation, l?environnement, le social etc.
Bref, ce développement durable, au sens large du terme, se fera si un certain nombre de conditions sont réunies et que nous ne privilégions pas la quantité au détriment de la qualité.
<I>Propos recueillis par</I> Gilles RIBOUET</B>
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