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La rue a ses raisons?
Céder ou ne pas céder sous la pression de la rue ? Telle est la question épineuse à laquelle tout gouvernement doit se frotter, à un moment ou à un autre, lors de son mandat. Le pouvoir en place va apparemment devoir se la poser prochainement. La plate-forme contre l?abolition des subventions des frais d?examens du SC et du HSC ayant prévu d?organiser une « grande manifestation » de rue le 22 février.
A priori, on ne peut que se féliciter de découvrir que des collégiens s?apprêtent à descendre dans la rue pour revendiquer ce qu?ils considèrent être leurs droits. Que « Teen Mauritius » se détourne des « Ipods », d?Adidas et de Nokia le temps d?une manif pour s?intéresser à la politique, ce n?est pas si mal. Mais les choses sont malheureusement un peu plus compliquées qu?elles n?en ont l?air.
Nos collégiens ont intérêt à se méfier. D?abord d?eux-mêmes ! On n?a pas oublié le pitoyable spectacle que cette jeunesse nous avait offert lors d?une manifestation en février dernier. Quelques centaines d?entre eux n?avaient rien trouvé de mieux à faire que de se livrer à des actes de vandalisme et d?aller scander des slogans vulgaires et injurieux devant le Parlement et le bureau du Premier ministre. Si ce type de comportement devait se reproduire le 22 février, nos collégiens auront prouvé une fois de plus qu?ils ne savent pas se montrer responsables.
Nos jeunes manifestants auront également tout intérêt à se méfier des « gentils » politiciens et syndicalistes qui sembleront vouloir remuer ciel et terre pour que la mobilisation soit la plus massive possible. Pour les syndicalistes et les partis de l?opposition, une manif d?envergure est toujours du pain bénit.
Un moyen idéal pour les premiers de faire pression sur le gouvernement et de faire avancer telle ou telle revendication, justifiée ou pas. Et pour les seconds, une importante manifestation est toujours une preuve définitive et irréfutable de l?impopularité et de l?incompétence du gouvernement en place. Manifester sans se faire instrumenta-liser, tel est aussi le défi !
Le gouvernement est, lui, dans une position singulièrement inconfortable face à tout cela. La perte accélérée du pouvoir d?achat lui a déjà fait prendre des décisions non sans conséquences sur les finances publiques. Comme l?augmentation des subventions publiques sur la farine et le gaz de plus de 140 %, afin d?empêcher que les prix ne flambent. Dans ce contexte morose, pourquoi donc la demande de subventionner à 50 % les frais d?examens du SC et du HSC serait-elle farfelue ? Car selon la plate-forme, cette subvention ne coûterait « que » Rs 70 millions à l?État.
Prisonnier de son image de « caring government » qui avait promis de « sanz lavi » des Mauriciens dans 100 jours, le pouvoir en place regarde s?approcher l?échéance électorale de 2010. Et peut-être celle d?une élection partielle durant l?année en cours. Peut-il se permettre le loisir de céder sur une question qui a déjà été tranchée ?
Et de faire marche arrière sur une stratégie de ciblage qui semble néanmoins justifiée ? La rue a ses raisons que la raison ne connaît pas. Mais à l?approche d?échéances électorales, il arrive également que le pouvoir perde la raison. En cédant à la tentation de rester populaire. Voyons combien de temps encore ce gouvernement résistera à l?idée de redevenir populaire?
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