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Navin, Nicolas et la presse
Sur le plan strictement communicationnel, toutes proportions gardées certes, notre Premier ministre peut rivaliser avec Nicolas Sarkozy. La différence fondamentale entre les deux chefs politiques, c?est que le président français a un pouvoir de contrôle sur une bonne partie de la presse française, dont plusieurs titres majeurs, ce qui n?est pas le cas pour Navin Ramgoo-lam, hormis sa MBC et quelques journaux sans grand tirage.
Depuis qu?ils se donnent à voir, grâce à la presse, les hommes politiques sont amenés à changer constamment leurs stratégies rhétoriques. Si hier les campagnes de presse avaient pour but de se faire élire, désormais la communication et la propagande sont permanentes. Les politiciens dépensent autant d?énergie pour faire des choses que pour faire savoir au public à quel point ces choses sont difficiles à exécuter, comme au cirque. Ils ont recours à des effets simples, mais propres à frapper le public, à créer des événements, à feindre l?émotion. Autant de comportements qui ne peuvent cependant guère tromper que les non-initiés.
Ceux qui étudient la communication comme un champ particulier des sciences sociales ont cerné la force de Nicolas Sarkozy. L?homme a compris le fonctionnement des médias, et il pratique à fond cette science pour influer sur le contenu de l?information, fort de ses contacts d?amitié avec les chefs d?entreprises de l?industrie de l?information (Lagardère, Dassault, Bouygues, Arnault, etc.), ceux-là mêmes qui donnent le « la » quant au traitement et à la diffusion des news en France et ailleurs.
Sarkozy a toujours fait de sorte qu?un événement compromettant, que ce soit de sa vie privée ou publique, soit chassé par un autre. Il pourra toujours arguer par exemple que c?est une pure coïncidence qu?il s?est affiché avec Carla Bruni alors même qu?il était sévèrement critiqué pour avoir reçu, avec tous les honneurs de la République française, le président libyen, le colonel Khadafi (lui aussi un excellent communicant par ailleurs). Que sa relation avec un top-model, encore plus célèbre que Cécilia, a rameuté les paparazzi, qui focalisaient leur objectif sur son ex-épouse, qui ambitionne de remettre les pendules des informations à l?heure, à travers son dernier livre, entre autres.
Mais à ce jeu, on peut aussi se brûler les ailes. Sarkozy, qui brouille les frontières entre sa vie de chef d?État et celle de jeune amouraché n?est plus un divertissement. Il agace. Il est aujourd?hui à son niveau le plus bas de popularité depuis qu?il a été élu. Et il s?emploie déjà à redorer son blason. Apres son coup de théâtre au Tchad, il a fait de la libération de la franco-colombienne Ingrid Betancourt la priorité numéro un de la diplomatie française. Pour cela, il doit composer avec Hugo Chavez, même s?ils sont aux antipodes des idéologies politiques. Les spécialistes de la com prévoient déjà une remontée de Sarkozy dans l?opinion, trop conscient de son image pour se laisser enliser, mais on ne sait pas encore par quel événement il retrouvera grâce aux yeux des Français.
À Maurice, Navin Ramgoolam et ceux qui fabriquent son image utilisent la MBC à fond car elle sait que la presse écrite et les radios libres sont sans compromis. Imaginons un instant que toute la presse de ce pays avait la même politique éditoriale que la station-paillasson de la rue Pasteur ! Il serait prétentieux et inexact ici de présenter la presse dans son ensemble comme un bloc irréprochable, mais il convient de reconnaître qu?il y existe une liberté de ton, une appropriation de parole par les lecteurs/auditeurs qu?on n?entend pas du tout sur les ondes de la MBC.
Sur le plan politique, tellement la télévision nationale est devenue impopulaire, Paul Bérenger n?hésite pas à promettre qu?il va instaurer la télévision privée s?il arrive à se hisser au pouvoir. On devrait lui demander pourquoi il ne l?a pas fait avant quand il en a eu la chance? et il pourrait arguer qu?il a commencé par libérer les ondes des radios, devenues exutoires de l?homme de la rue.
Pour revenir à Navin Ramgoolam, rappelons qu?à son arrivée au pouvoir, il a sciemment déclenché une guerre ouverte avec la presse non-MBC, a déplacé le débat sur le terrain communal. Il a traité les journalistes de tous les noms. Il a dit que les journalistes manquaient de formation mais il a paralysé le « Media Trust », ce qui a provoqué la démission de journalistes dûment élus par leurs pairs (dont l?auteur de ces lignes). Et aujourd?hui, sans explication aucune, un communiqué de son bureau invite les journalistes à designer, une nouvelle fois, leurs représentants pour siéger au « Media Trust » ! Ridicule et puéril. Regrettable qu?on ait perdu autant de temps?
Qu?est-ce qui explique ce changement de posture de Ramgoolam vis-à-vis de la presse ? A-t-on réalisé qu?on bafouait un texte de loi ? le « Media Trust Act » ? Que les journalistes étaient dépourvus du financement public parce qu?ils sont sans compromis avec les princes du jour ? Ou tout simplement parce que Navin Ramgoolam souhaite rétablir les ponts avec la presse écrite et qu?il a rangé dans un tiroir sa « Media Commission »? Comme Sarkozy, il réalise le poids des médias, sauf qu?il n?a toujours pas su comment les faire marcher? par la carotte ou par le bâton ?
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