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Le sérum

16 janvier 2008, 00:00

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<B>Par Akilesh ROOPUN</B>

La discipline monétaire est de mise. Le gouverneur de la Banque centrale, Rundheersingh Bheenick, l?a bien fait comprendre aux industriels qui étaient venus le rencontrer la semaine dernière pour partager leur préoccupation sur la roupie forte.

La Banque de Maurice (BoM) réitère sa politique de laisser les forces du marché agir librement sur le taux de change. La monnaie locale doit refléter les fondamentaux de l?économie. En d?autres mots, les injections de roupies par la Banque centrale dans le marché de change ne peuvent être interprétées comme une subvention monétaire aux exportateurs. Les interventions dans le circuit ont davantage pour objectif de réaligner la valeur de la roupie sur les forces intrinsèques de l?économie.

L?industrie manufacturière d?exportation se doit de trouver d?autres leviers pour asseoir sa compétitivité. La dépréciation (accélérée) de la roupie en 2006 a apporté un ballon d?oxygène à l?industrie pour qu?elle puisse renouer avec la croissance.

Les consommateurs ont, dans une certaine manière, subventionné les opérations des exportateurs en payant plus cher les produits importés. La dépréciation a alimenté une inflation importée, qui était déjà sous pression avec la flambée des cours pétroliers et des denrées alimentaires, de même qu?avec la hausse du fret.

L?appréciation de la roupie face aux devises fortes devrait, en principe, soulager les consommateurs. Le gouverneur de la BoM entend bien laisser la conjoncture monétaire profiter aux bourses. Encore faut-il que le secteur de la distribution joue le jeu. Pour l?instant, les commerçants ? les importateurs surtout ? ne semblent pas vouloir passer les gains sur le taux de change aux consommateurs. La dépréciation du dollar, la principale devise de notre facture d?importation, n?est pas répercutée sur les prix.

Les opérateurs se permettent d?encaisser tous les bienfaits d?une roupie forte parce que le marché de la distribution présente un déficit criant en termes de concurrence. Il n?y a pas assez d?acteurs sur la place pour faire jouer la dynamique des forces du marché comme il se doit.

Ce n?est surtout pas le moment pour la Banque centrale d?envoyer des signaux en faveur d?un nouveau mouvement de dépréciation de la monnaie locale.

Le textile-habillement a repris des forces après une phase de restructuration. L?industrie est, aujourd?hui, plus à même de vivre sans le sérum monétaire. Il a de meilleurs arguments de vente sur le marché international.

Une roupie faible ne peut plus servir d?arme face à la concurrence. La confection et les autres industries devront se stabiliser ou progresser sur des piliers plus durables qu?une monnaie compétitive.

L?activité doit monter en gamme, en efficience et en productivité. Plus on offre la qualité, moins on dépend de la valeur de la monnaie. Des produits de haute valeur pour des marchés niches rémunérateurs, telle est la devise pour le textile-habillement de demain. Les industriels doivent davantage miser sur l?innovation pour que le pays devienne un centre international de la mode.

La zone économique de Tianli pourrait changer le paysage industriel de Maurice. Il faut espérer que les occupants de la nouvelle zone puissent insuffler une culture d?innovation dynamique, qui semble faire défaut à notre tissu industriel.

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