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Au Bonheur des dames

15 janvier 2008, 00:00

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Contrairement à plusieurs de ses confrères dont les pieds ne touchent plus terre du fait qu?ils aient permis à la médecine de faire quelques avancées, le professeur Yves-Gérard Illouz, qui est pourtant l?artisan de sa propre réussite, a su rester simple malgré sa découverte qui a «révolutionné» la chirurgie plastique et ses nombreuses récompenses.

La plus récente est le Prix de l?Institut Pasteur qu?il a obtenu pour ses travaux de recherche sur les cellules souches dans la graisse. Son objectif n?étant point de chercher à impressionner mais à se faire comprendre, il a exclu tout terme savant de son vocabulaire.

La médecine est, chez lui, une tradition familiale. En effet, Yves-Gérard Illouz sait qu?il sera chirurgien depuis qu?il a quatre ans. Un incident particulier est à la base de cette révélation. Un dimanche, ses parents l?emmènent passer la journée chez un oncle chirurgien.

«Il y a des femmes qui veulent être refaites quand leur mari les a quittées pour une femme plus jeune. Je les préviens qu?il ne reviendra pas malgré l?intervention.* Car si j?interviens et qu?il ne revient pas, on m?accusera de n?avoir pas bien fait le travail?»

A un moment, tous vont se promener et le confient aux bons soins du praticien. L?hôpital où ce dernier opère le fait mander pour une urgence et ne voulant laisser seul l?enfant, le chirurgien l?amène à la clinique et lui demande de rester sagement assis dans un coin de la salle d?opération tandis qu?il opère. Le petit Yves-Gérard est fasciné par ce qu?il voit.

A aucun moment, il ne tourne de l??il ou ne détourne le regard de l?intervention se déroulant sous ses yeux. «Depuis ce jour-là, je savais que je serai un jour chirurgien.» Fort de cette certitude, Yves-Gérard Illouz fait tout ce qu?il faut pour. Après son baccalauréat, il entame ses études de médecine et termine son cursus en un minimum de temps, soit en 13 ans. Pour le plaisir, il suit en parallèle des cours pour décrocher une licence en philosophie qui l?aidera à mieux appréhender les réactions humaines. Il n?a que 28 ans lorsqu?il est nommé professeur.

Bien qu?à l?époque, il soit possible aux spécialistes d?exercer dans le public comme dans le privé, il opte pour les hôpitaux de Paris. Jusqu?à ce qu?on lui dise qu?il n?a droit qu?à un mois de congé et qu?il est dans l?obligation de pointer tous les jours.

Etant né libre et voulant le demeurer, il décide malgré les conseils contraires, de se faire un nom dans le privé. «Je n?avais pas un sou, pas une clientèle, rien. J?ai décidé de me faire ma place et c?est comme ça qu?il faut faire.»

Il veut à tout prix faire une découverte en matière de chirurgie. De ce fait, il abandonne les sentiers battus pour des disciplines plus complexes comme la neurochirurgie où tout ou presque est à découvrir. Il opère des personnes souffrant de troubles mentaux et des accidentés de la route.

Ce faisant, il fait certaines découvertes notables sur le cerveau, complétant notamment la carte géographique de localisation cérébrale commencée par Charcot et prouvant qu?il existe bel et bien une transmission de la mémoire d?un individu à un autre. «A la longue, il n?y avait aucune joie, aucun plaisir à traiter les personnes mentalement dérangées. La plupart des accidentés de la route, souffrant de lésions cérébrales graves, mouraient au lendemain des interventions. C?était déprimant.»

Le professeur Illouz change de discipline et fait de la chirurgie orthopédique pendant deux ans avant de se tourner vers la chirurgie cancéreuse à l?Institut du Cancer à Paris. «Au fil des mois, je me suis rendu compte qu?on opérait le cancer mais qu?on ne réparait pas. On enlevait un sein mais on ne réparait pas. Quand cela concernait une partie du corps, on pouvait toujours la cacher mais si le cancer était sur le visage ou sur une partie visible, c?était insupportable à regarder.»

«Son plus beau succès, c?est une danseuse du Lido à qui il a enlevé 50 grammes de graisse de chaque côté des cuisses. De danseuse au troisième rang, elle est passée au premier rang....»

C?est ainsi qu?il développe un goût pour la réparation des dégâts occasionnés par le cancer et les accidents de la route.

L?opération qui le marque le plus est celle qu?il effectue sur un homme qui a présenté un cancer du maxillaire inférieur. «Une partie de l?os de la mâchoire avait été enlevée et il y avait un trou. La langue pendait. C?était affreux.»

Malgré cela, le professeur Illouz décide de tenter la réparation. Ses collègues le traitent d?hurluberlu mais qu?importe. Plus un cas lui apparaît complexe, plus il l?intéresse. Au cours de la première des interventions qu?il effectue sur le sujet, il lui prélève une côte.

Avec une fraise de dentiste, il sculpte cet os en forme de maxillaire qu?il soude ensuite à la mâchoire. Puis il prélève de la peau sur le dos qu?il greffe sur le visage. Après plusieurs interventions, le patient a retrouvé une apparence présentable et une vie normale.

A partir de là, le professeur Illouz glisse tout doucement vers la chirurgie esthétique et refait les sujets de la tête aux pieds. «On commence par refaire un nez et après on s?excite sur le raffinement. On essaie de donner à la personne ce qu?elle avait avant alors qu?elle, elle demande toujours de la faire mieux qu?avant. C?est naturel chez l?être humain.»

Lui se transforme en sculpteur. 95 % de sa clientèle est féminine. «J?ai eu beaucoup de nez à refaire au début puis beaucoup de seins avec le développement des prothèses mammaires.»

C?est la joie de vivre des femmes qui le maintient dans cette branche de la chirurgie. «Les femmes sont heureuses quand on leur a enlevé un complexe.» Son plus beau succès, c?est une danseuse du Lido à qui il a enlevé 50 grammes de graisse de chaque côté des cuisses. «De danseuse au troisième rang, elle est passée au premier rang après l?intervention.»

Opérant aussi les culottes de cheval, le professeur Illouz est découragé par le fait qu?une incision finement faite se transforme en cicatrices de deux doigts et en bosses au bout de six mois. «Les femmes ne s?en rendaient pas compte car à l?époque, elles ne portaient que le maillot et pas le bikini. Elles vivaient plus habillées que déshabillées. J'en avais marre de voir ces cicatrices alors qu?au départ, l?incision était fine comme un cheveu.»

C?est un défi que lui lance sa petite amie d?alors qui est à l?origine de la lipoaspiration. «Elle, qui avait l?habitude de mettre des décolletés plongeants dans le dos, avait développé un lipome, une petite boule de graisse. Elle disait qu?elle ne pouvait plus mettre ses décolletés et m?a mis au défi de le lui enlever sans laisser de cicatrice.»

Le professeur Illouz se rend ensuite chez son boucher acheter de la viande avec du gras pour expérimenter. «Il fallait que j?enlève le gras de la façon la plus élégante qui soit. Le défi était de transformer du dur en mou.»

Lui vient alors la brillante idée d?injecter des solutions dans la graisse et de la manipuler pour voir son volume réduit avant de l?aspirer. Pour avoir une notion de la quantité de graisse à enlever, il fait une moulure de beurre sur les cuisses d?une femme mince. «Cela faisait 300 grammes de chaque côté. La moyenne à aspirer est donc de 600 grammes pour les culottes de cheval.»

C?est ainsi que naît la lipoaspiration ou liposuccion qui se pratique sous anesthésie locale et dont la durée d?intervention varie en fonction de la localisation de la graisse. «Enlever la graisse d?un double menton prend 20 minutes. La plus longue liposuccion que j?ai faite a été l?aspiration de cinq litres de graisse sur un ventre à raison d?un litre toutes les 20 minutes. »

Le professeur Illouz explique que ce n?est pas la quantité qui compte mais la restitution d?un contour nouveau et plus harmonieux. Il précise aussi qu?à l?issue d?une liposuccion sur le ventre, celui-ci conservera obligatoirement une légère enflure.

A ce jour, il a réalisé 50 000 liposuccions sans aucune complication. «Quand c?est bien fait, il n?y a aucune complication possible.»

Le seul reproche qu?on lui fait est qu?il n?a pas enlevé suffisamment de graisse. «Il faut toujours en laisser un petit peu car si on enlève toute la graisse et que la personne grossit par la suite, ce sera ailleurs et pas à cet endroit-là qui restera creux. Ce sera inesthétique.»

Les femmes qui vieillissent se sont mises à se plaindre d?avoir le visage émacié et les joues creuses. Le professeur Illouz s?est donc à nouveau mis au travail et il a trouvé le lipofilling, c?est-à-dire le prélèvement de la graisse sur une partie du corps et sa réinjection dans le visage.

Où trouver de la graisse sur un sujet maigre ? «Même sur la maigre, il y a un bout de gras. Pour un visage, il faut à peine 20 grammes de graisse et on en trouve». Autant la liposuccion a connu un succès immédiat et est en demande exponentielle, autant le lipofilling commence seulement à peine d?être à la mode.

Le professeur Illouz refuse de pratiquer la lipoaspiration quand on lui soumet des demandes irréalistes comme «aspirer la graisse sur une femme de 100 kilos», quand les femmes sont perfectionnistes à outrance ou perturbées. «Il y a des femmes qui veulent être refaites quand leur mari les a quittées pour une femme plus jeune. Je les préviens qu?il ne reviendra pas malgré l?intervention. Car si j?interviens et qu?il ne revient pas, on m?accusera de n?avoir pas bien fait le travail. Je préfère éviter.»

Aucun chirurgien esthétique n?a trouvé mieux depuis la découverte du professeur Illouz. Tout au plus a-t-on peaufiné sa technique. «D?un dégrossissement, nous sommes arrivés à la liposoluble.» Et quid des cicatrices ? «Elles sont de deux à trois millimètres et le chirurgien s?arrange pour les dissimuler sous un poil ou un pli de la peau.»

Il explique la cherté de la lipoaspiration. «C?est très difficile de sculpter, surtout sur des courbes à géométrie variable et les études et la chirurgie complexes et l?entraînement fatigant.»

Dernièrement, le professeur Ilouz a surtout réparé les dégâts de certains confrères qui «pèchent par orgueil». «Ils croient que c?est facile et ils se trompent.»

Récemment, il a refusé de participer mais à une émission de relooking. «Ce n?est pas digne de la médecine, c?est du business. Cela ne respecte ni l?éthique, ni la confidentialité. C?est du racolage commercial. On fait maigrir ces femmes, on leur refait les dents et elles sont bien maquillées. C?est 75 % de tricherie.»

Depuis quelques années, le professeur Illouz donne des cours dans les hôpitaux de Paris, à l?Université René-Descartes et anime des cours magistraux. Il écrit aussi des livres sur la liposculpture et il donne des conférences dans le monde entier. D?ailleurs aujourd?hui, il s?envole pour l?Australie à cet effet. Une magnifique destinée?

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