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La culture de la violence

12 janvier 2008, 00:00

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«Au Parlement, le Premier ministre, citant le commissaire de police, dit que la situation est sous contrôle. Mais rien n?est sous contrôle ! Nous assistons, impuissants, à une dangereuse hausse de la criminalité. Maurice sera bientôt classée comme pays à haut risque. Personne ne cherche à analyser le pourquoi de cette situation.» Le Dr Amah Gujjalu ne mâche pas ses mots, fort de 25 ans d?expérience comme médecin légiste. Il a souvent tiré la sonnette d?alarme et prévoyait depuis longtemps cette hausse de la criminalité et de violence gratuite que connaît aujourd?hui Maurice.

Pour lui, «c?est un retentissant échec de l?éducation, du développement économique, mais aussi des hommes politiques et de toutes les religions présentes à Maurice».

Comme la criminologue Rima Hithié (voir encadré), il accuse les hommes politiques et les autorités religieuses de n?avoir pas su accompagner le développement économique et le changement de mode de vie d?une nouvelle politique d?éducation, de culture et des loisirs. Rien n?est fait pour améliorer la qualité de vie des Mauriciens, des enfants aux adultes, afin de contenir cette déviance héritée d?un développement trop rapide.

Le Dr Amah Gujjalu déplore le fait que les autorités n?agissent pas, qu?elles «ne semblent pas être concernées par ce phénomène». Ironique, il lance : «Elles réagiront peut-être quand Maurice cessera d?être une destination touristique prisée en raison de son fort taux de criminalité.»

<B>Situation choquante</B>

D?après lui, la drogue et l?alcool seraient à la base de cette criminalité. Ce que corrobore Nicolas Ritter de l?organisation non-gouvernementale PILS (Prévention Information et Lutte contre le Sida). «Déjà, lors d?une étude faite en 2003 et publiée en 2004, on avait trouvé qu?il y avait environ 17 500 toxicomanes dans le pays. Ce qui nous plaçait au 2e rang mondial avec la Russie, c?est-à-dire avec 2 % de toxicomanes dans notre population.» Selon lui, le nombre de toxicomanes doit avoir dépassé aujourd?hui les 25 000.

Mais on est d?ores et déjà dans une situation choquante. Ce qui était exceptionnel dans le passé est devenu, aujourd?hui, un fait banal qui se répète régulièrement. Le psychologue Vijay Ramanjooloo, qui travaille sur le terrain avec les toxicomanes, les séropositifs et les enfants abandonnés, dira, comme Rima Hithié, que la répression à travers des lois plus sévères, n?améliorera pas la situation. Il préconise des mesures d?accompagnement auprès des familles et à l?école, entre autres. Ajoute : «Regardez la prison. Il n?y a aucune structure pour réformer les délinquants. On les déforme plutôt. Ils ressortent drogués, séropositifs, plus endurcis et prêts à tout», poursuit-il.

La violence présente dans les collèges interpelle le Dr Gujjulu. «La plupart des étudiants marchent aujourd?hui avec un cutter.» Il déplore le manque de contrôle parental quant aux jeux vidéo et le visionnage de films très violents.

«La situation est grave, mais pas dramatique. On peut encore redresser la barre», dit Rima Hithié. Mais encore faut-il que les autorités réagissent et investissent dans le social. Dans une campagne nationale contre les racines du mal. Il n?y a pas, pour le moment, de volonté politique pour de telles actions.

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