Publicité
Statistiques trompeuses
Par Raj MEETARBHAN
Certains poussent des cris de victoire après la publication des dernières statistiques de l?économie. Les ménages, eux, ont du mal à boucler la fin de janvier et craignent, pour les mois qui suivent, une accentuation de la baisse de leur pouvoir d?achat. En fait, la bonne santé économique qu?annoncent les chiffres officiels n?est pas nécessairement synonyme de progrès.
L?actualité regorge de chiffres qui donnent le vertige. L?indice boursier SEMTRI a franchi la barre des 5 000 points, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour l?année écoulée s?élève à 5,6 %, les recettes d?exportation sont en hausse de 20 %, le taux d?investissement privé a connu un bond de 19 %. Quant à la ménagère, ce qui la rend groggy, c?est la rafale des hausses de prix.
Pendant que le tableau de bord de l?économie affiche des valeurs en hausse, le moral des ménages reste au plus bas. La roupie est forte mais le pouvoir d?achat des consommateurs est faible. Il y a un décalage entre indicateurs économiques et sociaux. Si on n?y prend garde, la cohésion sociale risque de s?effriter.
Il est bien entendu que la solution n?est pas simple et qu?il n?existe pas de baguette magique capable d?améliorer significativement les conditions de vie des salariés. Toutefois, il y a un piège à éviter. Trop content des progrès en matière de stabilisation économique, le gouvernement risque d?oublier que les effets de cette réussite n?atteignent pas les masses. Le «trickle down effect», par lequel l?enrichissement des élites est censé irriguer toute la société et profiter aux pauvres, ne se produit pas.
Les inégalités sont criantes. Et la mesure du fossé entre riches et pauvres (le coefficient GINI) révèle un approfondissement de l?écart. C?est là que devraient intervenir les politiques publiques. Le gouvernement n?a aucune prise sur le prix du pétrole ni de la farine ou du ciment mais il peut définir une politique de solidarité. Il y a trop de citoyens qui vivent dans la précarité et qui n?arrivent pas à se hisser au-dessus du seuil de pauvreté.
Si les prix des produits importés ne sont pas du ressort du gouvernement, en revanche les régimes de protection sociale sont tributaires de la volonté politique. Or, les prestations sociales ne sont pas ciblées et restent donc inefficaces. Quand l?Etat subventionne la farine et le riz, tous en profitent. L'Etat devrait plutôt mener des politiques qui accordent plus à certains individus qu'à d'autres, du fait de leur situation. Un pas en avant avait été fait sous l?ancien gouvernement pour le paiement de la pension de vieillesse, mais il y a eu un recul depuis.
Il est clair que l?énonciation du palmarès économique est un exercice purement mathématique incapable de donner un renseignement précis sur le bien-être de la population.
Elle conduit même à des équations simplistes du genre croissance = progrès social.
Publicité
Publicité
Les plus récents