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Abus de change
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
La forte inflation dont souffrent les consommateurs trouve son origine, en grande partie, dans la dépréciation accélérée de la roupie en 2006. En 2007, malgré le redressement de la monnaie locale face aux poids lourds, les prix sont restés sous forte pression.
Les observateurs prévoient une baisse du taux de l?inflation en 2008. Toutefois, la chute n?est pas encore perceptible dans les ménages. Pourtant, la roupie s?est fortement appréciée ces deux derniers mois.
Les forces du marché présentent des faiblesses structurelles. Il y a un déficit flagrant en termes de concurrence, qui fait que les effets de l?appréciation de la monnaie ne sont pas encore pleinement répercutés sur les rayons.
Dans tout le débat autour de la nouvelle loi sur la concurrence, les grandes surfaces étaient présentées comme les «méchants» de la place ? ceux qui sont toujours à la recherche des astuces pour exploiter les consommateurs.
Or, il se trouve que les vrais coupables se trouvent ailleurs. Les importateurs, dans beaucoup de cas, ne jouent pas toujours le jeu. Les gains sur le taux de change restent, très largement, dans leurs poches. Il est plus facile de tricher lorsqu?on n?est pas sur le front, en face des consommateurs. Les institutions de chien de garde telles que le «Consumer Protection Unit» ont davantage les yeux braqués sur les revendeurs au détail que sur les autres intermédiaires dans la chaîne de distribution.
Les importateurs bénéficient des facilités de crédit auprès de leurs fournisseurs. Le taux de change évolue durant la période des crédits. Un mouvement favorable de la parité avec la monnaie dans laquelle la note est facturée est immédiatement répercuté sur le prix de vente. Les importateurs semblent avoir les mains lourdes pour réajuster les prix dans le cas contraire.
La loi sur la concurrence a déjà été votée. Il incombe aux autorités d?accélérer la mise en place de la «Competition Commission» dont le rôle est de faire respecter les règles.
Beaucoup a été dit et préconisé sur les parts de marché des hypermarchés et des chaînes de supermarchés. S?il est vrai qu?il y a toujours des risques d?abus et de surconcentration du business à ce niveau, il est également vrai que ceux-ci sont souvent à la merci des importateurs.
Un marché libéral n?est pas une situation où prévaut la loi de la jungle. Les règles du jeu doivent s?appliquer pour que la concurrence joue pleinement son rôle. La «Competition Commission» aura une mission vitale pour s?assurer qu?il n?y a pas de dysfonctionnement dans le marché dès l?étape de l?importation.
Il y a un enjeu macroéconomique de taille. L?inflation importée reste la principale source de la vie chère; l?inflation sous-jacente, soit celle qui est tirée par la demande, étant sous contrôle. Si les gains sur le taux de change ne sont pas passés aux détaillants et éventuellement aux consommateurs, les autorités auront du mal à réaliser leur objectif déclaré de combattre l?inflation.
La politique monétaire repose, du moins de manière tacite, sur un «trade off». Pour donner un coup de pouce aux exportations, les autorités laissent déprécier la monnaie. Les consommateurs sont, quelque part, appelés à subventionner le business des industries d?exportation en payant plus cher les produits importés.
Dans l?état actuel des choses, ni l?une ou l?autre partie ne gagne dans l?affaire. L?appréciation de la monnaie nuit aux exportateurs mais ne profite pas aux consommateurs.
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