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Achat de livres d?occasion :On se fait la main?
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Achat de livres d?occasion :On se fait la main?
Fidèle à sa légende. Le Mauricien est «traser». La vie chère, «lane ki fek pase», les prix pratiqués par les librairies, qu?à cela ne tienne. Certains ont trouvé la combine pour l?achat de manuels scolaires? Modus operandi?
Au début de janvier, la file d?attente s?allonge jusque sur le trottoir devant la Librairie Bourbon, à Port-Louis, adresse bien connue pour les livres d?occasion. A la mi-journée hier, une dizaine de familles, patientaient devant la librairie, avec dans une main la liste des livres et dans l?autre, un mouchoir pour s?éponger le front. Et puis, à peine un peu en retrait de la file d?attente se tient Franco Henrisson. Il a sous le bras quatre manuels scolaires. Ce père de famille est là avec sa fille Elodie. A la rentrée, elle sera en Form IV au Medco College de Cassis.
Franco, l?oeil aux aguets jauge chaque nouveau venu. Avant d?en accoster certains. Il nous explique que pour lui, il n?est pas question de vendre les manuels à la librairie. «si mo fer sa, li pou pran douz liv ar moi pour Rs 300». Lui ne comprend pas cette «injustice», qui veut qu?il achète un manuel à Rs 150 ? Rs 200 l?unité pour les revendre à Rs 20 ? Rs 30 à la librairie. Gassen, lui aussi chasseur d?occasion, s?indigne : «Libreri la aste liv en gro kouma dir pomdamour. Me moi mo aste sakenn so pri.» Il ajoute qu?il a vendu neuf livres de seconde main de Form II pour Rs 225 et qu?il en a acheté deux pour la même somme. « Mo koir mo pou ouver enn libreri mo mem mo pou apel li fifty fifty», lance-t-il en guise de boutade.
«Le test est partout pareil. La vendeuse feuillette attentivement le livre, traquant les ratures. Si elles sont à l?encre, c?est sans appel que le manuel est rejeté.»
Alors, Franco et Gassen n?hésitent pas à débaucher les clients de la Librairie Bourbon jusque dans la file d?attente. En leur proposant d?échanger les livres pour ce qu?ils estiment être un prix plus juste ? celui qu?ils négocient discrètement avec ces autres pères et mères de famille, «ki dan mem bato, nou tou bizin liv». Un prix variant entre Rs 50 et Rs 75 l?unité, dépendant du prix d?achat du livre. C?est en battant ainsi le pavé que Franco a trouvé les manuels de comptabilité d?Elodie.
Si certains «clients» potentiels acceptent volontiers ces échanges, d?autres sont plus méfiants. Ils préfèrent entendre le prix que leur offrira la librairie. A quelques mètres de là, à la rue sir Virgil Naz, d?autres parents attendent devant chez Bonanza, autre adresse connue. Moins d?affluence, mais même désespérance. Devant les prix qui prennent l?ascenseur. Quand on demande à David Grandmaison, Factory operator à Belle Vue quel est le budget qu?il a prévu pour sa fille qui attend les résultats de Form V et son fils qui est en Form III, il répond : «parfoi plito pa konte parski si konte latet fer mal».
De l?autre côté du comptoir, Prithvi Fowdar, propriétaire de d?Antara Bookshop à Quatre-Bornes affirme, au troisième jour de 2008, que «c?est une bonne année». Que les éditeurs locaux s?y sont pris à temps, que les Editions de l?océan Indien, «finn livre boner», et qu?il n?y a pas tant de «livres à problèmes» cette fois. C?est-à-dire des manuels indisponibles sur le marché, parce que «profeser exazere. Parfoi zot preskrir liv ser ou soit enn edisyon ki pankor trouve». Exemple à l?appui, le libraire dit ne pas comprendre pourquoi on prescrit un manuel de français qui coûte Rs 600 à Rs 700, «alors ki nou system anglofonn. Li pa balanse».
Quand Douxlutchmee Kalichera, elle, fait le compte, la balance lui est nettement défavorable. Des cinq livres qu?elle voulait vendre à Friends, librairie de Goodlands, cette collégienne qui fera sa rentrée en Form II au Cosmopolitan College n?en monnayera qu?un seul.
Le test est partout pareil. La vendeuse feuillette attentivement le livre, traquant les ratures. Toutes les salissures. Comme certaines sont au crayon, elle demande à Douxlutchmee de les effacer à la gomme élastique. La jeune fille s?exécute docilement. Si les ratures sont à l?encre, c?est sans appel que la vendeuse rejette le manuel. Au final, Douxlutchmee ne sauvera que Rs 50 sur une addition qui tourne autour de Rs 610.
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