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Savoir ne pas se mentir

31 décembre 2007, 00:00

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«L?année 2008 sera ce que nous en ferons.» Le constat est limpide. Il vient de l?économiste Jacques Dinan. Derrière les résolutions, un acte intentionnel, il y a donc les motivations et l?énergie qui sera consentie pour les réaliser. Parallèlement, les aléas de la vie font aussi que nous ne parvenons pas toujours à mettre nos souhaits à exécution. Le fait même de prendre des résolutions n?est pas seulement symbolique. Il constitue un moment important dans la vie d?un individu. Assez souvent, ce moment coincïde avec le passage d?une année à une autre. Le concept de passage présuppose un acte fondateur.

Une année s?écoule. Un nouveau cycle s?ouvre. C?est le temps d?un retour en arrière. «Les résolutions sont prises à un moment donné. Cela peut être à la fin d?une année comme à un anniversaire ou à tout autre moment fort dans la vie d?un individu. C?est un temps symbolique. C?est à la fois un temps personnel et un temps social», confirme le prêtre Alain Romaine.

2007 ? Cela aurait été pour les uns l?année des déceptions. Pour les plus chanceux, l?année des espoirs réalisés. Dans les faits, c?est un nouvel espoir qui naît avec 2008. Enfin les voeux vont être matérialisés. Plus important, c?est l?occasion de revoir notre rapport au temps. C?est aussi l?occasion de se relancer, explique le père Romaine. «Toute personne a besoin de prendre un nouveau départ ou de changer certaines choses dans sa vie. Il y a un moment pour redéfinir ses priorités et identifier ce qu?on veut atteindre comme nouveaux objectifs.»

Une vie qui se règle selon le calendrier a besoin de repères, de points d?ancrage et de références. Ce sont à ces moments que nous nous arrêtons pour faire le point. Que nous regardons ce que nous avons vécu. Que nous nous projettons dans l?avenir. Avec les meilleures intentions. Mais le temps est ductile. Il ne se laisse pas apprivoiser. Soit il prend le contrôle de notre vie, soit nous en devenons les maîtres. Tout le concept de la gestion et de l?organisation du temps s?articule autour de ce fait. «On mesure le temps qui passe à travers nos souvenirs», écrivit jadis Saint Augustin.

D?où l?importance de revenir en arrière. De s?arrêter à ces sensations qui marquent une vie pour mieux comprendre le mécanisme derrière. Dans chaque résolution, dit le psychologue Vijay Ramanjooloo, il y a un dialogue intérieur. C?est la parole actuelle qu?on se tient qui tente de cerner ce qui s?est passé pour mieux prévoir l?avenir ou mieux s?armer pour l?affronter. L?être humain a besoin de cette parole magique et de ce temps symbolique. Il revient à lui-même après avoir vécu un certain nombre de choses et prend conscience de l?importance de se changer. Les esprits négatifs peuvent aussi émettre des voeux obscurs. Lorsqu?on sait que la durée de vie d?une mauvaise intention peut être plus longue que celle d?une bonne pensée, il faudrait pouvoir s?en préserver.

Cependant, bonnes ou mauvaises, les résolutions prises présupposent qu?on est à même de franchir le passage. Autrement, ce n?est que le temps qui passe. «Rien ne change en une seconde. Mais le passage à l?an neuf est hautement symbolique. L?être humain a besoin de rites et d?alternances pour vivre», confirme Vijay Ramanjooloo. Cette alternance intervient à travers le calendrier : année, mois, semaine, jour, heure, seconde... Ce sont toutes des balises qui nous permettent d?avoir une prise sur le temps.

´Ce passage d?une année à une autre nous inscrit aussi dans une dimension universelle. Intervient alors un sentiment de confraternité entre tous les humains. Ce qui explique que ce moment soit surchargé de sens. Et on en profite pour partager ce qu?on a de meilleur en soi mais aussi pour prendre des résolutions qui feraient de nous des individus meilleurs», ajoute le psychologue. En ce sens c?est aussi, dira-t-il, le moment qui nous renvoie à une forme d?humilité, à ce sentiment fort d?appartenance à la même humanité.

Lorsqu?on parle de résolution, on parle inéluctablement de bilan. Le bilan présuppose un avant et un après. «La résolution est l?aboutissement d?une réflexion. C?est une possibilité de changement. Prendre des résolutions, c?est ce ne pas avoir envie d?être ce qu?on a été. On s?ouvre à soi et c?est ce qui permet de mettre ses manques et ses envies en mots», fait ressortir Vijay Ramanjooloo. Pour que ses résolutions se réalisent, dans le sens symbolique du terme, ou aboutissent, dans son sens temporel, il faut, fait remarquer père Alain Romaine, un investissement de soi. «Mais cela dépend aussi des circonstances dans lesquelles on se lance. Il y a une double dimension dans chaque résolution : un intérieur de soi et l?environnement autour de soi.»

Si les résolutions ne se matérialisent pas, c?est aussi parce qu?on n?a pas su préserver l?intensité de ce moment magique où on a pris ces décisions. Une fois repris dans la routine du temps et dans le prosaïsme de ses activités, on finit par se laisser embrigader par l?activisme. On n?arrive plus à prendre de la hauteur. On n?arrive plus à se détacher de l?actualité.

Pourtant, comme le souligne Vijay Ramanjooloo, nous avons tous besoin de tourner des pages, de fermer des tiroirs. «Il faut donc trouver les moyens nécessaires et les motivations profondes pour que les résolutions aboutissent.» C?est ce qui explique que les résolutions se résument pour certains à un moment magique qui fait rêver. «Démarrer une nouvelle année, c?est comme s?offrir un peu d?éternité», insiste Vijay Ramanjooloo. Cependant, si on s?arrête à la griserie de ce rêve, la rêve, la résolution ne demeurera au mieux qu?un moment intense et, au pire, un nouveau mensonge qu?on se sera fait.

Dans ce moment magique de la résolution, les objectifs deviennent clairs. Ce n?est pas toujours qu?on ait besoin de réfléchir longuement pour aboutir à des résolutions. Les moments magiques, comme le passage d?une année à une autre, éclairent notre intelligence et nos émotions et font surgir de façon limpide ces décisions qu?on doit prendre. Mais des résolutions, on en prend chaque matin. Et chaque aube nous offre la possibilité de nous réinventer...

TEMOIGNAGES

Pourquoi on prend des résolutions et qu?est-ce qui fait qu?elles aboutissent ou échouent ? Pour répondre à cette question, nous avons sollicité quelques personnes qui proposent leurs lectures des faits. Extraits.

Nita Deerpalsing

«Généralement, on prend des résolutions parce qu?il y a un sentiment d?insatisfaction par rapport à certaines choses. Ou encore certaines choses qu?on voudrait pouvoir mieux faire. C?est aussi une question liée à sa faculté d?organisation du temps. Un constat critique de la manière qu?on a géré les choses et s?il faut, en conséquence, revoir son rapport au temps. L?important est de savoir que si on prend la même ou les mêmes résolutions chaque année, cela implique qu?on n?arrive pas à réussir. Si c?est un échec, cela peut aussi vouloir dire que ce n?était pas une priorité. Lorsqu?il y a une motivation réelle, on finit toujours par atteindre ses objectifs.»

Karl Mootoosamy

«La période de fin d?année est en effet l?occasion des voeux et des résolutions. Elle marque la fin d?un cycle et le début d?un autre. On manifeste dès lors le désir de changer de peau ou de comportement... C?est un temps de passage. On a besoin de ces références temporelles pour organiser sa vie. Le calendrier sert aussi à cela. On calque nos intentions et nos projets en fonction de ce calendrier. Le moment de prendre ces résolutions est forcément subjectif où l?humain, pris entre l?angoisse et l?espoir, espère que le passage sera une opportunité de renouvellement. Tout en sachant aussi qu?on peut par la suite se faire battre par la réalité. C?est selon la volonté des uns et des autres que les résolutions aboutissent ou échouent. Il est également bon de relativiser les choses dans le sens où il est bon de savoir qu?il y a des peuples qui vivent les choses différemment. Selon les civilisations, il peut ne pas y avoir de fin d?année ou alors que d?autres symboliques existent à la place.»

Jean-Claude Augustave

«C?est à la suite d?un bilan personnel qu?on arrive à émettre des souhaits. Ceux-ci visent soit à rectifier certaines choses, soit à trouver des solutions à des problèmes existentiels afin de parvenir à mieux être. Lorsqu?on parle de bilan, on fait un état des lieux de ce qui a marché et ce qui n?a pas fonctionné. On essaie, par conséquent, à convertir le négatif en positif. Pour parvenir à cet objectif, il faut de la volonté. La réalisation d?une résolution est donc une démarche qui peut être strictement personnelle même s?il est aussi vrai qu?il faut accepter de s?appuyer sur les autres pour réaliser ses objectifs. Autrement, on ne prend des résolutions que pour la forme.»

Surendra Bissoondoyal

«On prend des résolutions comme autant d?objectifs à atteindre. Ce sont des objectifs qu?on se fixe. Ensuite, il y a un certain nombre de facteurs qui influent sur ces résolutions et leur éventuel aboutissement. C?est une question d?effort et de volonté. Mais seule la volonté ne suffit pas. Il faut aussi que les conditions soient réunies. Il est également important de prendre des résolutions qui soient à sa portée. C?est bon d?être raisonnable dans ses objectifs.»

Deepak Benydin

«Chaque fin d?année est l?occasion de procéder à un tour d?horizon, de jeter un regard en arrière afin de mieux se projeter dans l?avenir. C?est donc une autocritique, une évaluation personnelle et une occasion de voir si son travail est compris et soutenu par ceux autour de soi. Dans le mouvement syndical, l?effort est nécessairement collectif. Pour moi, nous nous devons nous remettre en question. En ce sens, ceux qui critiquent indéfiniment la classe syndicale doivent aussi pouvoir se remettre en question et changer de mentalité. Quelles que soient nos résolutions, à un plan national, je crois qu?il faut demeurer positifs. A cet effet, je plaide pour des résolutions qui ne soient pas seulement tournées vers soi.»

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