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L?indépendance : Un mirage ?

23 décembre 2007, 00:00

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L?indépendance de Rodrigues, évolution naturelle ou simple mirage c?est selon, ne date pas d?hier. Aujourd?hui, c?est Johnson Roussety qui relance ce débat qui a agité Maurice durant la période pré-indépendante...

Nous sommes à Londres, peu après les élections générales de 1967. Guy Ollivry, député de Rodrigues, discute avec Lord Shepard, alors sous-secrétaire d?Etat au Foreign Office britannique. L?avocat mauricien évoque la possibilité que Rodrigues ? qui a voté à 98 % pour l?association avec la Grande-Bretagne ? ait droit à un statut autonome cinq ans après l?accession de Maurice à l?indépendance.

Lord Shepard se montre sensible à cette requête. Il se dit disposé à étudier cette proposition. Mais elle sera par la suite rejetée par le gouvernement britannique. Et ce, suite à l?engagement pris par sir Seewoosagur Ramgoolam, qui donne l?assurance aux Britanniques que Maurice va tout mettre en oeuvre pour que Rodrigues rattrape son retard. « Il ne faut pas prendre à la légère ce sentiment d?autodétermination qui est la seule voie politique , la seule possibilité qui soit digne de progrès», observait alors Guy Ollivry...

Du Canada, où il a émigré dans les années 80, l?ancien député de Rodrigues, Clément Roussety, qui était le colistier de Guy Ollivry, jette un regard dépassionné sur l?indépendance qui refait surface aujourd?hui. « Soyons réalistes : Rodrigues ne pourra pas être indépendante économiquement à cause du manque des ressources. Cependant l?indépendance est un souhait légitime pour tout peuple », déclare-t-il, tout en insistant que la voie de l?indépendance est un long processus.

Le projet d?autodétermination, mis en veilleuse, refait surface au gré des relations parfois conflictuelles entre le gouvernement central et les élus rodriguais.

Mais pour le ministre de la Justice, Rama Valayden, «la notion d?indépendance des micro-Etats est dépassée. Le monde va de plus en plus vers l?intégration ».

La notion d?indépendance a plusieurs dimensions, notamment les aspects politique, géopolitique, constitutionnel et économique. «Aujourd?hui nous opérons dans un monde globalisé (...) nous devons réfléchir sur les moyens de donner à Rodrigues sa place dans le cadre de cette régionalisation. Ainsi, je pense qu?il faut réfléchir sur la mise sur pied d?une fédération des îles de l?océan Indien, où Rodrigues aura toute sa place en tant qu?île. Aussi notons que Maurice a quelque 2 000 kilomètres carrés d?espace marin et Rodrigues compte environ 1 000 kilomètres de territoire marin. Ce qui n?est pas négligeable en termes d?espace marin...»

En raison justement de sa zone économique exclusive, le problème rodriguais ne peut être considéré comme un épiphénomène. Le dixième district de Maurice doit être placé dans un contexte plus large. « C?est une mouvance qu?il faut placer dans un cadre géopolitique. En quoi cela pourrait profiter à ceux qui veulent démembrer le territoire mauricien. Il faut rester vigilant car il y a des forces qui opèrent dans l?ombre. Il ne faut pas oublier l?épisode chagosssien. N?oublions pas ce que disait Sir Seewoosagur Ramgoolam: Mauritius is not a small country, it is a great country. Il avait en tête non seulement l?espace terrien mais aussi marin», fait ressortir Me Hervé Lassémillante.

Conséquences socioéconomiques

D?un point de vue strictement économique, le projet d?indépendance ressemble davantage à un projet qui fait miroiter les Rodriguais.

Pour Chandan Jankee, Associate Professor in Banking and Finance à l?université de Maurice, l?indépendance de Rodrigues, bien que ce soit une aspiration légitime, est impensable dans les circonstances actuelles. « L?autonomie est avant tout une démarche politique. Rodrigues reçoit tout de Maurice. Si cette aide lui est enlevée, les conséquences socioéconomiques seront incalculables. Rodrigues a un long chemin à faire avant qu?elle n?arrive à satisfaire les conditions requises pour qu?elle soit indépendante. Au rythme où vont les affaires de cette île, il lui faut au moins cinquante ans avant qu?elle ne puisse envisager son indépendance et se tenir sur ses pieds.»

Arrêt total de la pêche

Mais il faut aussi tenir en ligne de compte que les pêcheurs de Rodrigues constituent l?un des groupes les plus vulnérables de la société rodriguaise.

« Ils font face à des problèmes d?éducation, d?endettement et de pauvreté. »

En tant que président du conseil d?administration de la Banque de Développement de Maurice, Chandan Jankee est bien placé pour le savoir. Les pêcheurs n?arrivent pas toujours à rembourser les emprunts contractés pour la fabrication de leur bateau. Le remboursement est prélevé directement sur les allocations.

Parmi les recommandations qu?il a faites le cadre d?une étude sur les pêcheurs rodriguais, il préconise l?arrêt total de la pêche dans le lagon pendant cinq ans rien que pour permettre à l?environnement marin surexploité de se régénérer.

En attendant il leur faut une allocation pour compenser leur congé forcé. Il souligne que la réorientation vers une autre filière professionnelle devrait être l?un des critères indispensables pour toucher cette allocation.

Même s?il ne s?est pas prononcé sur la question d?indépendance de Rodrigues, Alain Harel, évêque de Rodrigues, a fait un plaidoyer en faveur des pêcheurs rodriguais. La recherche des moyens susceptibles d?assurer un développement durable de la pêche dans l?île est indispensable, estime-t-il. « Notre lagon est surexploité et est à bout de souffle. De nombreux pêcheurs sont appelés à se recycler dans d?autres activités. Comment accompagner les pêcheurs et leurs familles qui vivent souvent dans des situations précaires dans ce moment de transition ?»

FICHE TECHNIQUE

Situation géographique : 560 kilomètres à l?est de Maurice, principale entité de la République de Maurice.

Population : 37 230, dont 18 423 individus de sexe masculin et 18 807 individus de sexe féminin.

Budget courant : Rs 920 millions réparties de la façon suivante : Rs 517,1 millions pour le personnel, Rs 131,5 millions pour l?achat de biens et le financement de divers services et Rs 271,4 millions pour les aides sociales.

Budget de développement : Rs 325 millions. La part du lion revient au bureau du commissaire à la Sécurité sociale avec une enveloppe de Rs 94,5 millions talonnée par le bureau du chef commissaire qui bénéficie d?un budget de Rs 71,8 millions.

Revenus : Rs 16,5 millions pour 2006-2007.

Production locale en 2006 : 2169,2 tonnes de production vivrière sur une superficie totale de 357,9 hectares dont 603,4 tonnes de maïs, 520,8 tonnes de plantes rampantes dont la calebasse, 312 tonnes d?oignons, 5,3 tonnes de petits piments et 118 tonnes de tomates.

Population active : 15 435 dont 9 875 hommes et 5 560 femmes. La majorité de ces emplois se situe dans les secteurs agricole et de la pêche.

Exportation : Longtemps considérée comme le grenier de Maurice, aujourd?hui Rodrigues n?exporte que 24 produits en 2006. Sur cette liste, on note, entre autres, l?exportation de 1 379 têtes de b?uf, 19 porcs, de 2 216 cabris et de 1 092 moutons. 9 120 kilos d?ourite séchée et 124 tonnes d?ourites.

Voyages : En 1984, il y a eu 7 471 arrivées et 7 172 départs de l?île. En 2006, ce chiffre a considérablement augmenté, passant de 55 368 arrivées contre 56 015 départs. La majorité des voyageurs sont arrivés par avion, soit 49 468.

■ Parmi les étrangers qui ont visité Rodrigues en 2006, les Réunionnais et les Français arrivent en tête de liste avec un total de 10 171 visiteurs. Il y a eu 398 Anglais, 317 Italiens, 253 Allemands, 237 Suisses, 108 Australiens, 61 Espagnols, 27 Autrichiens. Toutefois le plus grand nombre de personnes ayant visité l?île en 2006 vient de Maurice. Ils sont 30 079 à avoir visité Rodrigues. Les Rodriguais ne sont pas en reste. 12 535 parmi eux ont voyagé en 2006.

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