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Etre indépendant
Par Nazim ESOOF</B>
L?incompréhension est grande. Autant du côté de certains Rodriguais que du côté de Mauriciens. Au moment d?octroyer son autonomie à Rodrigues, il était beaucoup question de débuter une nouvelle aventure de décentralisation qui allait également couvrir l?île Maurice. Mais on s?est arrêté à Rodrigues. Et la situation n?est pas aussi nette, même pour Rodrigues.
Au premier obstacle, on s?est mis à discutailler sur les pouvoirs réels de l?Assemblée régionale rodriguaise. Le pouvoir central, pour sa part, se vante de ses prérogatives. Une nouvelle fois, le flou s?installe.
Mais il y a pire. Ce sont des ego qui se mettent en scène. Des hommes élus pour faire entendre une contestation de l?autorité centrale veulent s?affirmer, une partie de ce peuple rodriguais qui légitimement aspire à l?indépendance. Des élus de l?Assemblée nationale qui, dans leur tentative de corseter les dépenses, se demandent pourquoi Rodrigues doit être épargnée. Une partie de ce peuple mauricien qui pense que chaque sou donné à Rodrigues contribue à encourager l?esprit de l?assistanat.
Il y a ensuite l?essentiel. Il s?agit ici de prendre la mesure d?un problème précis. Une allocation pour mauvais temps aux pêcheurs rodriguais compromet la relation entre les pouvoirs central et régional. Ce n?est pas un épiphonème. C?est tout un groupe socioprofessionnel qui attend un autre regard des autorités mauriciennes. A l?intérieur des côtes mauriciennes, cette question aurait été rapidement réglée avec les interventions des groupes lobbyistes et sectaires. Mais cela se passe à Rodrigues. Loin des yeux, loin de nos sous aussi.
Cependant, tout ne s?arrête pas aux seuls précieux écots. Il s?agit aujourd?hui de se débarrasser d?un certain nombre de poncifs. Dont l?image d?une île Maurice eldorado pour des Rodriguais qui ne trouvent pas du travail dans leur île. La représentation surannée d?une île Rodrigues champêtre et «grenier» de Maurice. Il est des lieux communs qui ne peuvent même pas être mentionnés ici tant ils se signalent par leur grossièreté et leur manichéisme.
La crise rodriguaise devrait aussi nous interpeller sur notre propension au jacobinisme. Sur notre incapacité à développer une relation autre que celle d?un paternalisme béat à l?égard des Rodriguais. Sur l?absence d?autocritique dès lors qu?il est question de mesurer les fléaux sociaux introduits par les Mauriciens à Rodrigues. Ou encore sur ce regard indifférent jeté sur ces sous-zones où s?entassent des familles rodriguaises vivant à Maurice.
Il y a longtemps que Maurice ne réfléchit plus sur son rapport avec Rodrigues. On n?est pas dans un rapport de dominants-dominés mais dans une forme d?insensibilité. Cela aussi est très grave.
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