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Les légumes appartiennent à ceux qui se lèvent tôt

11 décembre 2007, 00:00

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Son casque de moto sur la tête, son sac en nylon en bandoulière, Preety a les mains plongées dans un panier rempli de pommes de terre. La jeune femme est minutieuse dans son choix. Pas assez grosses ou trop bosselées, Preety est exigeante. Mais un coup d??il sur sa montre et elle s?active. Il est six heures. Son enfant ne va pas tarder à se réveiller. «Koman li leve li pu rod mwa. Mo bizin degaze. A koz sa ki mo pa vini souvan», explique Preety.

La vente à l?encan de légumes et de fruits de Port-Louis, cette habitante de Cassis y vient «uniquement quand nécessaire». Lorsqu?elle doit acheter des légumes «en gros», pour un anniversaire, un mariage ou une cérémonie religieuse. Certes, les prix sont «avantageux» mais les horaires «pas pratiques». Comme Preety, elles sont quelques ménagères à opter pour la vente à l?encan lorsqu?elles doivent s?approvisionner en grande quantité de fruits et légumes. Mais ces clients-là, on ne les voit pas souvent avant six ou sept heures.

Les autres, les habitués, débarquent plus tôt. Beaucoup plus tôt. Vers une heure ou deux heures du matin. Eux, ce sont les «marsan bazar» qui viennent faire le plein de marchandises pour les revendre. Plus ils arrivent tôt et plus ils sont sûrs d?avoir les plus beaux fruits et légumes. Aujourd?hui (NldR : jeudi) Devarajen Maunikem est un peu en retard. Cela ne l?inquiète pas pour autant. Puisque, ces derniers temps, le prix des légumes a baissé, ce «marsan» de carottes et de giraumon au marché central n?est pas pressé. «Kan legim tigit, lerla bizin vine boner. Me la, ena bocou ek so pri fine baisse. Pa neceser deranze avan 5 heures», explique l?homme. Les carottes sont à trois piastres la livre, les aubergines à une piastre et la livre de piments à dix piastres, comprenez Rs 6, Rs 2 et Rs 20. A la vente à l?encan, on compte en piastres mais on paie comptant.

Devarajen Maunikem explique que ces derniers temps, il n?y a pas que les prix qui ont baissé, le nombre de clients également. «Sa lepok la li coum sa mem. Legim pa interes dimoun. La cuisine ferme. Bane dimoun pe pense kado lane ek bwar. Zot pa cui. Pendan vacance, zenfan pa manze mem dan lakaz. Zot pe vacarne.»

Rajeswar Boodhoo, lui, ne connaît pas ces tracasseries. Les quelques paniers de menthe, «lake lail» et «lake zoignon» qu?il met en vente trouvent bien vite preneur. Rajeswar peut même se permettre d?arriver vers 4 heures et espérer malgré cela écouler tout son stock avant 8 heures. Il vend ses «zepis» en gros mais aussi au détail. «Pa sipose me nu fer li», avoue un «encanter». «Bane la bizin vinn boner zot. Zot ena bocou legim pu vende», explique Rajeswar Boodhoo.

Cette routine-là, l?«encanter» Tapeshwarsingh Bissoondoyal la connaît bien. Plus de 25 ans qu?il est dans le métier. Ici, pas d?étals. Sac en bandoulière et carnet à la main, les «encanter» règnent sur leur «espace» délimité par des paniers et des légumes alignés à même le sol. Et au milieu : un minuscule couloir. Tellement exigu que deux «porteurs» ne peuvent s?y croiser. Les camions venant livrer les légumes encore moins ! Pour entrer comme pour sortir, une seule ouverture.

«Des ouvrières chinoises arpentent l?allée principale du site à la recherche de ?la? bonne affaire. ?Zot tire nu bocou dan bez. Ena enn ta legim pa ti pu kapav vende si zot pa ti pren li?».

«De long date nou pe demane ki ena enn l?entre ek enn sorti», raconte Tapeshwarsingh Bissoondoyal. Pour des questions de sécurité routière, cette demande a toujours été refusée. Alors, souvent, les camions doivent rester à l?extérieur du site et les porteurs transportent des kilos et des kilos de légumes sur près de 100 mètres. «Ti kapav met garde pou vey sorti la, lerla pa ti pou ena problem. Li ti pou bon osi pou nou sekirite. Bon nombre de marchands se sont fait agresser aux abords du site», explique Tapeshwarsingh Bissoondoyal.

Alors que le jour se lève sur Port-Louis et que les lampadaires s?éteignent, des ouvrières chinoises arpentent l?allée principale du site à la recherche de «la» bonne affaire. «Zot tire nu bocou dan bez. Ena enn ta legim pa ti pu kapav vende si zot pa ti pren li», avoue Tapeshwarsingh Bissoondoyal, alors qu?il montre sa calculatrice à une ouvrière chinoise qui veut connaître le prix des «calebasses chinois». Contrairement à la croyance populaire, les prix ne sont pas criés à tue-tête. Ici, les habitués connaissent la cote.

Si, pendant 20 ans, Tapeshwarsingh Bissoondoyal a vendu les légumes qu?il plantait lui-même, aujourd?hui, il n?a plus le temps de le faire. Il est vrai que présider le conseil de district de Moka-Flacq «occupe ses journées». C?est pourquoi, depuis quelque temps, il travaille «à la commission». Il touche ainsi une «commission» sur les légumes qu?il vend.

Du lundi au samedi, ils sont une quarantaine d?«encanter» à opérer sur ce site. Si la vente à l?encan se fait également à Flacq et Vacoas, celle de Port-Louis demeure la plus populaire. Tous voudraient pouvoir y opérer tout en étant conscients que «pa pu donn patente enkor parski pena plas». Ceux-là se sont donc installés à l?extérieur du site. Jetant un regard méprisant sur un marchand opérant à l?extérieur, un porteur lâche agacé : «Sa, li travaye dan gouvernman apre li vine rode ene lavi ici». Comme quoi?

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