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«Population générale», cette réalité créole

9 décembre 2007, 20:00

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Element déclencheur : la Fédération des créoles mauriciens, présidée par Jocelyn Grégoire. Avec sa revendication : changer l?appellation «population générale» en «créole» dans la Constitution. Un changement que le Premier ministre a publiquement déclaré accueillir avec «toute sa sympathie».

«A un moment où on discute de réforme électorale, où le terme ?population générale? doit être remplacé par autre chose, il était indispensable de jeter un coup d??il sur l?histoire pour voir comment les communautés et le système électoral ont évolué.» Propos de Paul Bérenger en préambule de sa conférence d?histoire intitulée Les communautés depuis La Bourdonnais et le système électoral. C?était samedi au Plaza.

Devant une centaine de personnes, le conférencier s?est étendu sur «kot sa expresion popilasyon zeneral la sorti. Pour comprendre le présent à la lumière du passé et se servir des leçons de l?Histoire pour avancer».

C?est en ordre chronologique que le conférencier a dessiné la composition de la population, composée en 1735, à l?arrivée de La Bourdonnais de 190 Blancs et de 648 esclaves. Avec minutie, il décortique les recensements, tout en établissant le lien avec la représentation des différents groupes. Ce, jusqu?au 60-0 de 1995.

Recensements à la loupe

C?est à la loupe qu?il scrute le «Mauritius Blue Book» (publication officielle et annuelle des autorités locales) qui classe la population à partir de 1837 en trois groupes : les «libres», les «Indiens» et les «Apprentis». Avant de passer en 1841 à deux grands groupes : «Mauritius Population» et «Labourers, Natives of India» ou «Indian Labourers». Avec deux autres petits groupes : «Chinese and Malay Labourers» et «Malagasy and adjacent islands».

Le recensement de 1901 nous apprend que le premier recensement de l?île en août 1846 montrait que la population était divisée en «population générale», «ex-apprentis» et «Indiens». «Il semblerait que ce fut là la première fois que l?expression ?Population générale? ait été utilisée et on aura noté qu?elle n?incluait pas les ?ex-Apprentis? ou descendants de Malgaches et d?Africains à 90 %, c'est-à-dire la communauté créole», a affirmé Paul Bérenger.

Quinze ans plus tard, le recensement de 1861 divise la population en deux groupes seulement, «population générale incluant les ex-apprentis» et «Indiens». Les commissaires au recensement déconseillent de tenter de maintenir la distinction entre la population générale et les ex-apprentis. Pour le recensement de 1901, la population est comptabilisée en quatre groupes : «Europeans, whites, mixed andcoloured», «Africans», «Indians» et «Chinese».

Paul Bérenger nous a fait revivre différents tournants de l?histoire contemporaine, «qui donnèrent naissance à l?île Maurice moderne». D?abord celui de 1935-36, occasion des célébrations du centenaire de l?arrivée des travailleurs engagés. «Mais aux élections générales de début 1936, seuls des candidats blancs ou de couleur se présentèrent».

Au tournant de 1948, il y eut «beaucoup de candidats créoles ou de couleur et d?origine indienne (dont 5 musulmans), 8 candidats blancs et pas de candidat d?origine chinoise». Verdict des urnes : «11 candidats d?origine indienne furent élus (dont un tamoul, Renganaden Seeneevassen), aucun musulman et un blanc seulement (Jules Koenig). Et sept candidats de couleur ou créoles.»

Il nous a rappelé les bases du «London Agreement» conclu le 1er mars 1957, qui stipulait que le suffrage universel serait adopté aux prochaines élections, que le système électoral devrait permettre aux différentes composantes de la population d?élire des députés en nombre correspondant à leur poids démographique; et que le système électoral devrait encourager le vote de parti et sur la base de principes politiques plutôt que sur des bases raciales ou religieuses.

Un accord qui établit une commission électorale présidée par sir Malcolm Trustam Eve qui, dans un rapport en 1958, divise la population en trois grands groupes : les «hindous», les «musulmans» et la «population générale». Ce rapport considère que les «franco-mauriciens», les «sino-mauriciens» et les «Indo-Mauritian Christians» peuvent avoir des représentants nommés par le gouverneur. Trustram Eve refuse de traiter les tamouls et les telugu séparément de la grande section «hindou».

Moins de dix ans plus tard, en mai 1965, des bagarres communales opposent hindous et créoles. C?est l?état d?urgence. Quatre mois plus tard se tient la conférence constitutionnelle de Lancaster House, appelée à se prononcer sur l?indépendance. Elle est présidée par Anthony Greenwood.

«Best loser system»

Parmi les propositions concernant le système électoral, celle du PTr prévoit 20 circonscriptions de trois députés chacune et un « best-loser system » automatique. Le CAM propose une liste électorale séparée et des sièges réservés pour la communauté musulmane. Le Parti mauricien social démocrate (PMSD) propose des listes électorales séparées avec des sièges réservés pour la population générale, les musulmans, les tamouls et les chinois.

La commission électorale présidée par sir Harold Banwell, dans son rapport de 1966, recommande 20 circonscriptions de trois députés chacune plus deux innovations, un «Constant Corrective» et un «Variable Corrective». Londres enverra par la suite John Stonehouse, Parliamentary Under-Secretary for the Colonies à Maurice. Ces discussions aboutiront au système électoral actuel.

A SUIVRE

Pistes de recherche

Comme de coutume, à l?issue de sa conférence marathon, Paul Bérenger a proposé une série de pistes de recherches aux historiens et chercheurs. Des détails encore inexpliqués qui sont capitales pour une meilleure compréhension de l?Histoire. Des pistes au total de neuf, à commencer par les 2 036 personnes déplacées de Bourbon vers l?île de France par La Bourdonnais à partir de 1735. Pour savoir qui elles étaient et quels moyens ont été utilisés pour les forcer à venir.

Il a signalé à l?intention des chercheurs l?épisode de 1794 où un grand nombre d?esclaves se rendit auprès des sociétés populaires ou clubs révolutionnaires pour porter plainte contre leurs maîtres. Ce qui leur valu de subir une répression sans pitié. Qui étaient ces esclaves ? s?est interrogé l?historien.

A la fin de la période d?apprentissage, des milliers d?anciens apprentis n?ont pas attendu 1839 pour être libres. Certains ont racheté leur liberté dès 1837 et 1838. Quel en est leur nombre ? En ce qu?il s?agit de la période post-apprentissage, «tout reste à faire», devait dire Paul Bérenger. «Pour savoir comment ils ont survécu.»

A propos des émeutes «anti-oligarques» de 1911, l?historien devait précisé qu?elles n?étaient pas anti-blanc. Avant de rappeler que les émeutiers ? des travailleurs d?origine créole et indienne ? avaient saccagé le «Mauritius Turf Club» et les locaux du «Le Cernéen».

Le conférencier devait situé le tournant de 1947-1948 dans la perspective de la partition Inde et Pakistan. Il s?est interrogé sur l?impact de la partition sur les événements locaux. Il s?est aussi demandé quels étaient les dessous de l?accord Parti travailliste de Seewoosagur Ramgoolam et le Comité d?action musulman d?Abdool Razack Mohamed en 1959.

Sur la question de «population générale», le conférencier a noté qu?en 1962, cette catégorie a été divisée en «white» et «coloured». Des sous-catégories qui ont par la suite disparu. «Ki finn arive ?» Enfin, il a signalé à l?intention des historiens et chercheurs les discussions qui eurent lieu chez nous avec John Stonehouse «Parliamentary Under-Secretary for the Colonies», en 1966, ce qui a débouché sur le système électoral actuel.

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