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Marcel Bouic évoque la visite de N.Pike à Balaclava

6 décembre 2007, 00:00

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Notre actualité de 2007 se fait l?écho des menaces, pesant désormais sur les Moulins de la Concorde, devant déjà revendre en catastrophe une cargaison de blé, faute de pouvoir le moudre en diverses variétés de farine, appropriées aux différents usages de cette commodité de base, qu?on préfère fraîchement moulue plutôt que compressée, pendant des mois, dans des sacs, entreposés à fond de cale, dans un conteneur ou dans un entrepôt. Où seront d?ailleurs stockées les 100 000 tonnes de farine chinoise, au fur et à mesure de leur réception ? L?histoire ne le dit pas encore. Il se peut même que des entrepôts du siècle passé aient à reprendre du service, au grand dam de ceux qui les utilisent comme abri, pour protéger leurs limousines du soleil de plomb portlouisien.

Il y a aussi l?argument idéologique du prix de vente au détail de la farine qui ne saurait augmenter d?un iota sous peine d?anathème. Cela fait pourtant des semaines et des mois qu?une autre denrée de base, prétendument intouchable, le riz de ration, a disparu par enchantement, des étagères de nos supermarchés pour céder la place à de nouvelles marques de riz basmati, sans soulever la moindre ire populaire. Même nos journalistes les plus avisés ont pris autant de temps pour signaler la chose mais en passant, dans une obscure chronique, du genre «ça va se savoir », que seuls des ministres sourcilleux épluchent consciencieusement, sous prétexte qu?elles s?ingèrent parfois dans leur vie privée d?hommes publics. Aurait-on plus intelligemment distribué les Rs 400 millions de subsides aux seuls nécessiteux, connus de notre assistance publique, comme des ONG spécialisées dans les activités philanthropiques, qu?un prix-vérité aurait fait moins problème. Mais allez expliquer cela à des politicards que seuls intéressent les dividendes électoralistes et clientélistes.

Les minoteries existent pourtant à Maurice du temps de La Bourdonnais et même de Nicholas Pike, consul des Etats-Unis à Maurice, de 1867 à 1874, à en croire quelques passages de son livre Personal Experiences, Adventures and Wanderings in and around Mauritius de 1873 que traduit, en décembre 1982, à l?intention du journal d?entreprise Chez Nous, Marcel Bouic, administrateur de Solitude S.E. Il évoque ses nombreux pèlerinages à Balaclava, avant que ce domaine mystérieux ne se transforme en un jardin extraordinaire mais moins mystérieux, celui de l?hôtel Maritim. Avant lui, Nicholas Pike visite la minoterie de Balaclava.

Avant l?hôtel Maritim, les promeneurs, osant s?aventurer au fin fond de Balaclava, tombaient en ravissement, comme aujourd?hui d?ailleurs, devant le magnifique portail de ce domaine enchanteur. En face, se trouvent des ruines que tous vénèrent à l?époque car elles datent de l?occupation française. Un chemin en terre battue menait au bord de mer. Il se situait à l?extrémité de l?enceinte hôtelière actuelle. De là, un chemin mène à Petit Gamin et au Goulet. Il était en terre battue mais était plus carrossable que la route actuelle, asphaltée par endroits mais surtout défoncée et jonchée de nids de poule. De même le chemin, reliant Balaclava à la Pointe-aux-Piments, et peut-être même au Trou -aux-Biches, était en terre battue, sinon en sable ondulé.

Parvenu au bord de mer, le chemin slalomait quelque peu, jouait aussi aux montagnes russes, jouxtait quelques vestiges d?activités manufacturières passées, avant d?aboutir à une crique particulièrement mémorable. D?énormes blocs de coraux, résultant sans doute d?une antique période de glaciation et de haussement conséquent du niveau de la mer, protégeaient un bassin d?eau de mer d?une extrême limpidité, faisant de ce site exceptionnel un aquarium de toute beauté. Qu?en reste-t-il ? Bien malin qui le dira. Le public n?a pratiquement pas accès à ces curiosités naturelles. Des fonctionnaires, chargés de délivrer les permis de développement industriel ou hôtelier, brillent le plus souvent par leur ignorance, leur incompétence quand il ne s?agit pas plus vénalement de leur propension à la corruption. L?on sait seulement que des écologistes tentèrent mais en vain d?empêcher que se produise là l?irréparable. Cela n?a pas empêché, par la suite, de doctes environnementalistes de tenir leurs colloques et savantes discussions au Maritim, d?autant plus hospitalier qu?il a beaucoup à se faire pardonner en la matière. Ceux qui signalent ce paradoxe aux organisateurs de ces séminaires de pacotille, ont droit à la classique réplique : « Ce qui est fait, est fait ». Ponce Pilate n?aurait pas mieux dit.

Nous poursuivrons, demain, les évocations de Marcel Bouic et de Nicholas Pike du Balaclava d?avant le Maritim.

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