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Maurice à la quête du «trade-off»
Les dernières statistiques le confirment : le commerce avec les pays asiatiques, dont l?Inde et la Chine principalement, est en constante hausse. Telles des sources magnétiques, ces pays attirent, fascinent et engagent des rapports économiques avec le reste du monde. «La contribution des pays asiatiques à l?économie mondiale est immense. Elle s?élève à près de 50 %. Tous les indicateurs sont en hausse, que ce soit au plan du commerce que des échanges des biens et services», affirmait le Dr Venugopal Reddy, gouverneur de la Banque centrale indienne, lors de sa conférence.
Invité par la Banque centrale de Maurice, le Dr Reddy confirmait que l?économie mondiale profitait de la croissance des pays de l?Asie. Mieux, précisait-il, l?Asie est en train de supplanter les Etats-Unis comme force motrice de l?économie globale. Cependant, ajoutait-il, l?Asie est puissante mais pas un bloc homogène. La pauvreté y règne toujours en certaines parties, alors que les inégalités régionales peuvent être sources d?instabilité.
Malgré d?autres contraintes et retards comme au plan de la démocratie ou de la surpopulation, l?économie asiatique dans son ensemble a su résister à la volatilité des marchés financiers. Ses institutions financières et bancaires se signalaient par leur vigilance et une action concertée.
Avec un taux de croissance qui dépasse les 10 % annuellement pour la Chine et qui approche ce chiffre pour l?Inde, l?économie de cette partie du monde retrouve la vigueur qui était la sienne avant le temps de l?industrialisation. Cette tendance devrait se maintenir, voire s?accentuer, avec pour conséquence, une certaine dépendance de l?économie mondiale à la vitalité du monde asiatique.
<B>L?Inde et la Chine, principales sources d?importations</B>
«Maurice est bien placée pour profiter de cette vitalité. Elle fait preuve d?efficacité au niveau de ses services publics d?éducation et de santé, entre autres. Elle remplit son rôle de passerelle», estime le Dr Reddy. Les relations commerciales foisonnantes entre Maurice et des pays asiatiques confirment cette lecture. L?Inde et la Chine figurent parmi les deux principales sources de nos importations, des partenaires commerciaux à part entière.
Au troisième trimestre de cette année, nos exportations ont, par contre, comme destinations des pays de l?Europe. 45,4 % de nos exportations sont du textile-habillement, 12,8 % des produits de pêche et d?autres dérivés et 11,4 % du sucre. Le Royaume-Uni (31,4 %), la France (13,9 %), les Etats-Unis (8,4 %) et Madagascar (6,1 %) sont dans l?ordre les pays qui importent le plus de Maurice.
Par contre, au plan des importations, les pays asiatiques sont les principaux fournisseurs de Maurice (53 %) devant des pays européens (27,9 %). L?Inde (22,9 %) suivi de la Chine (11,3 %) et de la France (8,4 %) sont les trois pays qui ont le plus exportés vers Maurice durant les trois premiers trimestres de 2007. Si les importations de l?Inde ont connu une telle hausse (+107,5 %), cela est aussi dû au fait que la Grande péninsule est devenue, depuis le dernier trimestre 2006, le principal fournisseur au marché local de produits pétroliers.
Si les tendances s?inversent à ce point, que de nouvelles relations se tissent et s?accentuent autant, c?est que le monde n?a pas connu une révolution économique de cette envergure depuis l?éclosion économique des Etats-Unis, à la fin du 19e siècle. Aujourd?hui, en contrepartie, à son rôle de pont entre l?Afrique et l?Asie, Maurice importe davantage de produits de certains pays de cette partie du monde. Les relations bilatérales se renforcent en ce sens. La coopération, à d?autres niveaux dont sociaux et culturels, s?en trouve également accrue.
Toutefois, concrètement, en termes de rapports commerciaux, il reste encore du chemin à parcourir. Le Pakistan est le seul pays asiatique avec lequel Maurice a signé un accord commercial. Les discussions sont toujours en cours avec l?Inde, alors que la Chine ne se montre pas vraiment intéressée à signer un tel accord avec l?île. «Les accords commerciaux sont importants. Les règles d?origine définissent les conditionnalités. C?est à partir d?elles que nous pouvons espérer une augmentation du commerce ou savoir si nous pouvons bénéficier de rabais», explique Vivagen Amoomoogum, trade analyst à la Chambre de commerce et d?industrie.
Du fait que notre balance commerciale est déficitaire par rapport à ces pays asiatiques, il nous reste à poursuivre les efforts pour signer des accords commerciaux. «Nous sommes un pays importateur. Avec des rapports commerciaux, nous pourrons avoir des produits à des prix compétitifs, donc moins chers pour les consommateurs», confirme Vivagen Amoomoogum.
C?est de ce trade-off, du troc à réaliser, que Maurice sera en mesure d?équilibrer son rapport avec les pays asiatiques. Dans un monde globalisé, les négociations, pour ne pas dire marchandises, seront très aptes.
Connaître ces pays</B>
Ils sont au nombre de 37 pays à composer l?Asie avec une population d?un peu moins de quatre milliards d?habitants, soit un peu plus de 60 % de la population mondiale. Outre la Chine et l?Inde, figurent sur cette liste : Afghanistan, Arménie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Bhoutan, Brunei Darussalam, Myanmar, Cambodge, Géorgie, Hong Kong, Indonésie, Japon, Kazakhstan, Corée du Nord, Corée du Sud, Kirghizistan, Laos, Macau, Malaisie, Maldives, Mongalie, Népal, Pakistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philippines, Russie, Singapour, Sri Lanka, Taïwan, Tadjikistan, Thaïlande, Turquie, Turkménistan, Ouzbékistan, Vietnam.
Questions à?
<B>Georges Chung Tick Kan Homme d?affaires et économiste
● <B>Rapports privilégiés avec l?Asie pour Maurice. Mythe ou réalité ?</B>
Nous vivons de plus en plus dans un monde interdépendant. Il n?y a pas de pôle spécifique. Et on évolue davantage dans ce sens. Il n?y aura pas de rapports privilégiés alors que les barrières tombent, même s?il est également vrai que certains blocs subsistent. La seule certitude, c?est que le processus d?internationalisation est irréversible. Maurice doit aspirer, à cet effet, à réaliser pleinement son ambition de passage entre l?Est et l?Ouest. Pour notre part, nous vendons aux plus riches, à ceux qui ont du pouvoir d?achat ou avec lesquels nous avons des accords préférentiels qui, eux-mêmes, s?érodent graduellement. D?un autre côté, l?Asie demeure notre grenier. Ce n?est donc pas un mythe. Au contraire, c?est une réalité criante.
● <B>Cette prétention d?être un pont ne relèverait-il pas d?un fantasme ?</B>
Je ne réinvente pas la roue. Dès sa découverte, Maurice a toujours servi de pont entre l?Est et l?Ouest. C?est chez nous que passaient les navires. Cette fonction s?est accentuée du fait que nous sommes une population de migrants et notre organisation sociale nous pousse à jouer ce rôle. En termes d?investissements étrangers directs (IED), nous jouons un rôle essentiel en ce sens. Nous sommes devenus les premiers IED pour l?Inde. Cela est dû à notre proximité, à différents plans, avec ce pays.
● <B>Concrètement, comment en bénéficions-nous ?</B>
Nous avons un track record avec l?Inde et des pays européens, comme les Etats-Unis, l?Angleterre et la France, qui nous utilisent également pour cela. Tout autour des services financiers, nous avons un potentiel inexploité. Il s?agit désormais de former les Mauriciens non seulement à compter mais à lire et à écrire. Il y a ici quelque 25 000 entreprises offshore qui contribuent au flux de l?Ouest vers l?Asie. Nous pouvons également, davantage exploiter le business process outsourcing et devenir un véritable back-office. Nous sommes condamnés à tirer profit de notre «complicité» avec l?Inde et la Chine. Inéluctablement, dans 50 ans, cette région sera le pôle le plus puissant. Maurice deviendra un pays riche à condition de jouer pleinement son rôle de trait d?union entre l?Ouest et l?Est.
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