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L?intimidation d?Etat
Par Raj MEETARBHAN</B>
Jusqu?ici, les dirigeants se contentaient de faire planer une forme d?intimidation sur la presse. Désormais, leurs menaces sont suivies d?effets. Hier, trois journalistes, dont le rédacteur en chef de l?hebdomadaire «Week-End», Gérard Cateaux, ont été arrêtés. Ils sont inculpés de publication de fausses nouvelles et de diffamation. Ces journalistes risquent la peine d?emprisonnement. Maurice vient de s?ajouter à la liste des républiques bananières.
Ce coup de force à la Mugabe intervient au lendemain d?une déclaration du Premier ministre, au Parlement, menaçant la presse de représailles. Le message est clair : il faut prendre au sérieux les avertissements du chef du gouvernement. Ses attaques contre les médias ne peuvent être considérées comme des mouvements d?humeur sans conséquence. Les journalistes peuvent réellement être envoyés derrière les barreaux pour des délits de presse.
L?ardeur répressive du pouvoir a poussé le Premier ministre à annoncer, mardi, son intention de «strengthening existing provisions» pour sanctionner «defamatory, if not untrue, allegations». Cette démarche est ridicule. L?action musclée de la police et la procédure enclenchée contre les trois journalistes accusés de propager des fausses nouvelles démontrent justement qu?il n?y a pas lieu de durcir la loi. En traînant les journalistes devant les tribunaux, la police établit que l?Etat est doté d?un arsenal législatif suffisamment puissant pour sévir, le cas échéant, contre les médias.
Il est faux de dire que la presse peut s'affranchir du respect de la vérité sans s?exposer aux foudres de la justice. La législation actuelle est plus qu?adéquate. L?article 299 du code pénal prévoit «une amende ne dépassant pas Rs 10 000 et un terme d?emprisonnement ne dépassant pas un an» pour la publication, diffusion ou reproduction de nouvelles fausses qui sont «de nature à troubler la paix publique». L?article 288 du code pénal punit le délit de diffamation d?une peine d?emprisonnement et d?une amende. En outre, les dispositions du code civil prévoient des réparations financières du dommage en cas de diffamation.
Certes des erreurs sont inévitables dans une profession où une bonne partie du travail est réalisée dans l'urgence. Mais quand elles sont commises de bonne foi, il faut réagir avec mesure. Ce n?est pas ce qu?on peut dire de la spectaculaire action montée contre les trois journalistes inculpés hier. Même s?ils n?ont pas été conduits devant le tribunal menottes aux poings, ils ont reçu un traitement plus humiliant que celui réservé à des personnalités politiques accusées de fautes autrement plus graves. La surdramatisation de leur arrestation n?est pas fortuite. Elle indique une intention de mettre la presse au pas.
L?abus d?autorité et les méthodes utilisées contre les journalistes rappellent une époque que l?on croyait révolue. Celle de la censure de la presse et la prison politique. Il faut seulement espérer que le Premier ministre n?est pas en train de faire «kouma mo papa ti dir mwa?»
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