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La télé, enjeu principal des mutations de notre époque ?

11 novembre 2007, 20:00

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par Issa Asgarally

«Sur la télé : Mes 4 vérités», Hervé Bourges, Editions Ramsay, 224 pages, 18 euros.

L?un des meilleurs experts sur l?évolution de la télévision au cours de ces dernières décennies demeure Hervé Bourges qui a été successivement Directeur général de RFI, PDG de France Télévisions et Président du Conseil supérieur de l?audiovisuel (CSA).

Dans «Sur la télé : Mes 4 vérités», il livre une réflexion passionnante sur la télévision d?aujourd?hui et de demain. Pour lui, discerner les évolutions de la télé, définir ses perspectives est devenu une urgence à la fois industrielle et civique.

Hervé Bourges commence par rappeler l?importance du rassemblement autour de la télé qui dépasse «tout ce que pouvait accueillir l?agora d?Athènes ou le forum romain». En effet, à vingt heures, en France, les deux tiers des foyers regardent leur écran. L?efficacité de ce partage instantané de l?information est sans précédent dans l?histoire humaine. Chaque jour, dans chaque foyer, la télévision est allumée pendant environ 5 431 minutes et chaque Français la regarde en moyenne trois heures et vingt-deux minutes.

L?auteur répond posément à une accusation qui est souvent proférée à l?égard de la télé : la responsabilité des maux de la société, de la délinquance des mineurs à la surpopulation des prisons, en passant par l?embellie des faits divers : «La télévision n?est pas responsable de tous les maux. Toujours au c?ur de la société, elle en épouse les dérives en même temps qu?elle les révèle spectaculairement. Vouloir bannir la violence des écrans, c?est rager contre le baromètre qui annonce l?orage, alors qu?il ne fait que suivre l?évolution de la pression atmosphérique.» Par ailleurs, avant d?incriminer la télé, il importe de ne pas confondre la technique (l?écran sur lequel les images défilent) avec le service audiovisuel (le programme des chaînes que l?on reçoit).

Hervé Bourges insiste sur le rôle déterminant des médias dans «ce monde qui se construit autour d?événements et d?émotions de portée et de retentissement planétaires». La première vocation des médias, écrit-il, est d?informer et d?expliquer, d?aider chacun à donner du sens aux événements qu?il vit et à l?époque qu?il traverse : «Or, la majorité des médias ne nous délivrent que très peu d?explications. Rares sont ceux qui tentent d?éclairer vraiment les événements, les conditions dans lesquelles ils ont été possibles, leurs causes premières et finales, leurs conséquences immédiates ou ultimes, la manière dont ils sont ou ne sont pas exploités par la suite.»

Hervé Bourges ne manque pas de se pencher sur la télé du futur. Pour lui, les deux innovations majeures restent la télévision sur récepteur portable ou la télévision de poche, et la haute définition. La télévision de poche, écrit-il, différera autant de la télévision de salon que le livre de poche diffère des éditions reliées qui trônent dans le bibliothèques ! Quant à la haute définition, il y voit un moyen de renforcer la place et le rôle de la télé dans la consommation de programmes culturels : «On peut en attendre beaucoup pour relancer la captation des spectacles, qui jusqu?à aujourd?hui garde un caractère décevant, du fait, d?une part, du manque de profondeur et de relief de l?image de télévision, et, d?autre part, d?un rendu insuffisant des expressions des acteurs et de la finesse du jeu théâtral notamment.»

Somme toute, «Sur la télé : Mes 4 vérités», tout en n?excluant pas certaines mises en garde, est un éloge de la télé par un grand professionnel de l?audiovisuel qui est convaincu que les médias audiovisuels sont bien au c?ur de la société de l?information, telle qu?elle s?organise et fonctionne sous nos yeux, que la télé est l?enjeu principal des mutations de notre époque. Il faudrait lire et relire ces belles phrases d?Hervé Bourges : «Qu?est-ce donc aujourd?hui que la télévision ? C?est cette matière vivante, qui s?invente jour après jour, et grâce à laquelle notre société moderne se distrait, se regarde, se pense. En fait dans le corps social, la télévision est un organe pluriel, qui peut commander le plaisir, la peur, l?imaginaire et le réel, la reconnaissance d?autrui et le travail sur l?identité. Son ?uvre est à la fois consciente et inconsciente.»

Pour les lecteurs à Maurice, en particulier les politiques, le livre d?Hervé Bourges pourrait leur inspirer, au-delà des innovations d?ordre technique, LA réforme de l?audiovisuel du 21e siècle. En effet, dans le chapitre «Consolider l?indépendance des médias» ? indépendance à l?égard des pouvoirs politiques ou économiques ? il fait ressortir que les neuf membres du CSA, organisme de contrôle, sont nommés à parité, pour six ans, trois par le Président de la République française, trois par le Président du Sénat et les trois autres par le Président de l?Assemblée nationale. C?est ensuite au CSA de procéder aux nominations de présidents des sociétés audiovisuelles publiques (France Télévisions, Radio France, etc.). Hervé Bourges rappelle que, lorsqu?il présidait le CSA, le candidat choisi pour être à la tête de France Télévisions (Marc Tessier) avait présenté l?organisation qu?il se proposait de mettre en place, les choix stratégiques convaincants qui étaient les siens, et le profil des hommes et des femmes ? des professionnels, certes, mais férus de culture ? sur lesquels il comptait s?appuyer. Et si notre CSA, «l?Independent Broadcasting Authority», était modifié dans ce sens ? Trois membres nommés par le Premier ministre, trois par le Président de la République et trois autres par le Speaker, le Chef Juge ou le Leader de l?Opposition. L?IBA serait alors responsable, en sus de sa fonction de régulateur, des nominations dans le secteur public de l?audiovisuel?

Le débat est ouvert grâce au livre d?Hervé Bourges !

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