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Pakistan : Musharraf discrédité
L?état d?urgence au Pakistan consacre l?échec des huit années du règne du général-président Pervez Musharraf. Arrivé au pouvoir en 1999 après avoir renversé le gouvernement élu du Premier ministre Nawaz Sharif, il avait promis aux Pakistanais ce qu?il appelait une ?vraie? démocratie, un gouvernement honnête, la mise au pas des extrémistes islamistes et l?harmonie entre les provinces. Son échec est total.
Le Pakistan est aujourd?hui plus divisé que jamais. Une guerre larvée se déroule dans la province du Baloutchistan, pays des Pachtouns. Ceux-ci ont de plus en plus le sentiment que la ?guerre contre le terrorisme?, qui se déroule au Pakistan comme en Afghanistan avec l?appui des Etats-Unis, et donc sur leurs territoires, est en fait dirigée contre eux.
Le mouvement taliban, créé dans les années 1990 par les services secrets pakistanais, a reconquis, depuis qu?il a perdu le pouvoir à Kaboul en 2001, des régions entières du Sud afghan. Il s?étend désormais au Pakistan au-delà des zones tribales frontalières de l?Afghanistan. Face aux talibans et à leurs ?frères? djihadistes étrangers d?Al-Qaida, l?armée et les services de renseignement pakistanais donnent de plus en plus le sentiment de jouer double jeu ? ou d?être divisés.
Les islamistes radicaux n?ont jamais été si puissants et n?ont jamais à ce point pénétré le pays. En s?alliant avec les partis religieux pour obtenir qu?ils votent les amendements nécessaires à son maintien au pouvoir, M. Musharraf leur a accordé une place dans la vie politique qu?ils n?avaient jamais pu obtenir par les urnes. Après avoir discrédité le Parlement, le général a achevé de détruire l?institution judiciaire en renvoyant les juges les plus respectés du pays. Couverte de privilèges par M. Musharraf, qui a distribué aux officiers des milliers de postes dans l?administration civile, l?armée pakistanaise n?a jamais été aussi décriée. L?instauration de l?état d?urgence ne peut qu?aggraver la division entre les militaires et la société civile.
Malgré les milliards de dollars reçus après le 11 septembre 2001, M. Musharraf n?a pas assuré un avenir économique au pays. Les islamistes tirent parti du sous-développement dans lequel se débattent la grande majorité des 160 millions de Pakistanais. Les succès économiques tant vantés n?ont profité qu?à une mince couche de la population, et la pauvreté s?est aggravée.
Le Pakistan a un besoin urgent d?élections libres qui réconcilient la population avec l?Etat. La ?guerre contre le terrorisme? ne justifie ni la volonté d?un homme de se maintenir éternellement au pouvoir, ni l?emprisonnement des opposants et la répression des avocats, qui manifestent pacifiquement, ni la mise sous contrôle de la presse. Cette guerre a besoin du soutien de l?opinion. Or, à ses yeux, Pervez Musharraf est un homme discrédité.
Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate
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