Publicité
Blanche Neige, la suite
Pour son premier long-métrage en 1975, Jean-Paul Picha s?en prenait au mythe de Tarzan en héros super viril. Le résultat fut un dessin animé intitulé Tarzoon, la Honte de la Jungle, un petit chef-d??uvre à l?humour bête et méchant. Quelques années plus tard, en 1980, ce même Picha devait faire subir le même sort à l?histoire du genre humain. Le Chaînon Manquant présentait une version décapante de l?évolution humaine et des temps préhistoriques, avec comme idée-clé que la race humaine serait la descendance d?un primate dégénéré et particulièrement inepte. Big Bang, sorti dans le milieu des années 1980, s?avéra un bide total. Et, l?absence du dessinateur-animateur qui s?ensuivit alors pendant vingt ans pouvait laisser espérer un retour en pleine forme.
De fait, les premiers moments de Blanche Neige, la Suite sont assez réjouissants. Les contes de fées se terminent toujours lorsque la jeune fille épouse le prince charmant et personne ne se demande ce qui se passe après. Cette fois, l?histoire débute au moment où Blanche Neige pas encore dégourdie et le Prince Charmant toujours puceau à 32 ans s?apprêtent à passer leur nuit de noces dans la charmante cabane (?résidence de M. & Mme Charmant?) qui leur a été prêtée par les sept nains. Petits oiseaux, petits lapins, écureuils, etc., décors empruntés à Walt Disney, musique guimauve? et voilà qu?apparaît la Bonne Fée, vieille de plus de 3 000 ans, qui veut réorienter le film suivant son obsession : coucher avec le Prince Charmant. Bagarre entre la Bonne Fée et le narrateur qui se veut le porte-parole des gens bien-intentionnés et c?est la Bonne Fée qui gagne. Dans cette histoire, la Belle au Bois Dormant est une véritable garce, Cendrillon est une allumeuse ? peut-être une transsexuelle ? et les sept nains sont une belle bande de vicieux.
Les dessins animés du genre salace existent depuis les temps héroïques du cinéma (il existe une version porno de Popeye datant des années 1930, par exemple) et cette suite de l?histoire de Blanche Neige n?est définitivement pas pour les tout petits. Picha n?est certainement pas le premier à entretenir l?idée qu?une belle et fraîche adolescente vivant dans une cabane au fond des bois avec sept messieurs de petite taille certes (quoique?), mais pleins de vigueur, devait bien passer son temps à faire autre chose que le ménage. Ce n?est donc ni très original, ni du meilleur goût, pas plus que le bal de la Belle au Bois Dormant qui se termine en orgie ou les sept nains qui finissent par atteindre la plénitude disons, en se ?télescopant?. Mais d?un autre côté, ce n?est pas tant cet humour potache en lui-même que son expression qu?on pourrait objectivement reprocher au film. Durant ses vingt années d?absence du grand écran, Picha semble aussi s?être tenu à l?écart du monde. Assez en tout cas pour ne pas s?être aperçu que de nos jours, un langage, disons cru, n?effarouche plus personne. Aussi scabreuses que soient les situations dans Blanche Neige?, celles-ci ne sont en fait que mises en images sans jamais faire partie de ce qu?on pourrait considérer comme un bon gag. Sans compter qu?au final, les images, elles, restent plutôt sages. Hypocrisie ou sens du commerce ?
Même en donnant dans le plus mauvais goût qui soit, toute blague est quand même censée faire rire. Picha, lui, semble constamment reculer devant la bonne trouvaille, celle qui viendra secouer le sectateur. Du coup, même si on ne s?endort pas devant Blanche Neige?, on a du mal à y trouver un quelconque intérêt si ce n?est que le film ne dure pas plus de 82 minutes.
Publicité
Publicité
Les plus récents