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Silence ?

22 septembre 2007, 20:00

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Le silence est devenu l?une des denrées les plus chères du monde. Que ce soit l?appartement isolé du bruit mitoyen, au milieu d?un parc joliment arboré, que ce soit à l?occasion de croisières au fil des flots vers des îles enchantées, loin des villes hérissées de « tours » aussi laides qu?agressives, le silence est rare. Seuls les privilégiés le savourent en des lieux retirés, plus ou moins inaccessibles ou tenus secrets.

Encore faut-il savoir l?apprécier, ne pas le confondre avec l?ennui, le dés?uvrement, la solitude forcée, toutes occupations que l?on peut s?offrir au milieu de la foule carburant au pétard permanent? Non, le silence est une esthétique, un choix qui suppose une attirance certaine pour les choses simples, le naturel contre le trafiqué, l?authentique, une vie au rythme des saisons. Tout cela étant devenu hors de prix, souvent hors de portée pour les prisonniers urbains que nous sommes, il s?ensuit que les nantis du silence garde-chasse au c?ur d?une forêt ou visiteur des Cyclades grecques, font de plus en plus d?envieux. Avez-vous remarqué que le temps du silence paraît toujours plus long que le moment du bruit ? Car le silence accroît la vie en profondeur. C?est ainsi que Montaigne se retira, jeune encore, (la quarantaine) dans cette tour d?ivoire en Périgord, sa « librairie » tapissée de livres où il aimait venir méditer. Car les livres parlent en se taisant. Là le désir lui vient, après la mort de l?ami d?élection, La Boëtie, d?écrire, de « s?essayer » au fameux « Que sais-je ? ».

Il nous reste ces « Essais », ouvrage d?introspection modeste sur « l?humaine condition ».

Avant la lettre, Montaigne appliquait ce mot de Saint-Exupéry : « Dans le silence seul, la vérité de chacun se noue et prends des racines. »

Peu à peu, l?humain mécanisé, étourdi par la machinerie de son époque, a rompu avec le silence. Au point que souvent le silence effraie. Seul dans une maison, il faut immédiatement s?entourer de bruit, produire du son, téléphoner? On ne comprend plus la qualité du silence. Pourquoi la minute de recueillement, en l?honneur du souvenir des tués à la guerre, des victimes disparues, exige-t-elle le silence ? Parce que, tout ayant été dit, le dernier hommage ne peut être que silence.

C?est Jules Renard, je crois, qui disait : « Il y a des gens qui parlent, parlent, parlent jusqu?à ce qu?ils aient trouvé quelque chose à dire. » Tellement de paroles pour ne rien dire ! Il y aurait un traité à écrire : « L?art de se taire en société. »

Notre époque de tous les bruits, ceux qui courent, et ceux qui nous tympanisent en tout temps, en tout lieu, notre époque a développé au plus haut point ? et s?en vante ? l?abrutissement par les décibels. Ce qu?on nomme parfois (prenant son contraire pour la chose) de la « musique »? Ô Mozart, pourquoi es-tu parti si tôt ? Et toi, Brel, qui a si bien épinglé la « parlote » ! On ne peut vraiment pas dire que notre monde soit « le monde du silence. C?est celui de tous les bruits, reconnus la première cause de nuisance psychologique. D?où, chez les gens lucides, la recherche du silence. Ce qui, comme toujours, a donné des idées aux marchands. Les « voyagistes » vendent désormais du silence, (durant que d?autres vendent de l?hyper-bouzin dans des « boîtes » étudiées pour?)

Faut savoir contenter tout le monde, pas vrai ? Ainsi, propose-t-on des catalogues ad hoc (pour ceux qui ne peuvent s?offrir le silence à domicile), des séjours, des cures à tous les prix : Abbaye du Bec Héllouin ou Mont Athos, Vallée de la Mort ou « Chandelier des Andes, Mongolie, Népal, île déserte, (mais vraiment déserte), fouilles décourageantes de continents perdus, Atlantide, Terre du Mû, villages côtiers engloutis, tous lieux au calme garanti. C?est tentant, plus ou moins coûteux, mais quand on fournit l?introuvable, il est juste de faire payer le client? Car d?anciens « lieux de silence » ? (l?homme met le pied partout), regorgent maintenant de curieux : refuge alpin, fjords norvégiens, vallée du Nil et source du Gange ; Montagnes Rocheuses et Machu-Pichu, atolls du Pacifique, etc. Et notre chère île Maurice, qui fut jadis déserte ? heureux jadis ! ? le croirait-on ? Seul le dodo a connu cette félicité (réellement) paradisiaque. Comme dans certaines annonces de « rencontres » : « Jeune femme réellement jolie cherche, etc. » Le dodo n?avait personne pour le camescoper : Quelle époque !

À ce train, il ne restera bientôt plus que les « exoplanètes » pour jouir du silence. Mais ce sera beaucoup plus cher. En attendant, songeons aux déserts, aux jungles, aux pôles, (climats divers). Ou ces traversées en solitaire, à rames ou à voiles, où des hommes et des femmes magnifiques partent à la conquête d?un silence infini. Mais ça, c?est une autre histoire?

Tous comptes faits, mieux vaut peut-être re-créer le silence chez soi, dans un voyage autour de sa chambre. Ce que fit Marcel Proust, entre ses murs de liège. Si le bruit est agaçant, celui des autres est insupportable. « Moins on fait de bruit, mieux on s?entend. » Maxime que l?on devrait graver sur tout immeuble collectif.

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