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Gestuel plein de grâce et de couleurs de Lapeyre

23 septembre 2007, 00:00

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Gestuel plein de grâce et de couleurs de Lapeyre

La Maison de l?Alliance française accueille, cette semaine, une exposition des peintures à l?huile sur acrylique de Sylvio de Lapeyre. Ce cadre du Central Electricity Board et artiste, maîtrisant parfaitement l?utilisation de ses matériaux artistiques préférés, est connu et apprécié de nos amateurs de Beaux-Arts et autres esthètes, davantage pour son exploitation optimale des effets de lumière, de couleurs et de transparence que pour ses nombreuses expositions en solo.

La présente, à Bell-Village, est tout simplement la huitième depuis 1995, soit en une douzaine d?années. Pour rappel, ses précédentes expositions illustraient les thèmes suivants : Entre le rêve et la réalité (Institut de Maurice, février 1997), Entre isolement et partage (Galerie du Chien de Plomb, Front de Mer du Caudan, mars 1998), Entre humilité et vanité (Centre culturel d?expression française, rue Châteauneuf, Curepipe, avril 1999), Entre l?abstrait et le figuratif (Galerie Max-Boullé, Rose-Hill, mai 2000), Entre choix d?un style et libre expression (Idem, juin 2002), Nues (Alliance française, juillet 2004) et À fleur de femme, thème de l?exposition ayant lieu ces jours-ci à la Maison de l?Alliance française.

Parallèlement, le prolifique Sylvio de Lapeyre compte une trentaine de participations à des expositions collectives, exploit accessible aux seuls peintres, travaillant sans relâche, encore qu?il avoue de longues périodes de sécheresse et d?aridité, faites de doutes paralysant et autres incertitudes angoissantes. On ne dira jamais assez combien les peintres comme les écrivains ont besoin d?être encouragés dans les efforts qu?ils font pour exprimer le trop plein d?émotions et de sensations qui bouillonne en eux.

L?éclat lumineux de son coup de pinceau

Nous devons nous garder d?une critique excessivement sévère à leur égard au point de devenir décourageante et anéantissante. Nous avons certes le droit d?avoir des préférences pour tel peintre, tel littéraire, tel éditorialiste, tel poète, tel musicien, tel chanteur, par rapport à d?autres. Mais nous ne sommes pas les seuls juges. D?autres ont autant de droits que nous d?apprécier ce que nous délaissons, sinon ce que nous jugeons trop hâtivement.

Sylvio de Lapeyre échappe justement à ces critiques trop virulentes, car nul ne peut contester l?éclat lumineux de son coup de pinceau. Dans toute exposition collective, sa toile se reconnaît de loin et se détache des autres en raison du rayonnement de sa transparente luminosité. Les regards convergent instinctivement vers sa toile et les retrouvailles du peintre et de ses fidèles admirateurs par l?entremise d?une nouvelle ?uvre font toujours plaisir à voir.

Colorées et séduisantes

La Maison de l?Alliance française sert donc d?écrin aux toiles précieuses de Sylvio de Lapeyre, peintures brillantes car jetant des feux tous azimuts. Les ?uvres de nos différents artistes ne se prêtent pas toujours avec autant de grâce et de luminosité que lui à cet espace esthétique volontairement assombri afin d?optimaliser l?éclat que donnent les projecteurs individuels aux différentes ?uvres exposées, les unes plus colorées et plus séduisantes que les autres.

À fleur de femme revêt l?immense et incontestable avantage de nous cerner de toutes parts, sinon de nous assaillir visuellement, de grâces féminines et florales, communiant dans un gestuel envoûtant. Ce gestuel, à la touche si féminine, se veut une harmonie tout en mouvements gracieux, entre le corps féminin, s?étendant au-delà des membres et du regard de l?éternelle Ève, et la splendeur que dégagent les différentes fleurs de nos jardins et parterres. L?effet visuel des fleurs ainsi retenues pour ce bouquet artistique influence la façon de peindre de l?artiste. Il transmet à son héroïne du moment le scintillement ou le velouté dégagé par chacune des fleurs élues.

Pour féminin qu?il puisse être, le gestuel des différentes toiles n?est pas uniforme. Le public voyeur (le terme est ici approprié) peut avoir ses préférences et moins apprécier certaines poses peut-être davantage agressives ou exhibitionnistes que d?autres plus langoureuses, plus baudelairiennes. Il a en tout cas l?embarras du choix. Et l?on peut même anticiper certains contemplateurs salivant d?une toile à l?autre.

Le gestuel chez Sylvio de Lapeyre, pour dominant qu?il puisse être, n?anéantit pas pour autant le festival de couleurs qu?est obligatoirement toute exposition de cet artiste même quand il se contente de ne présenter qu?une toile dans une exposition collective. Il ne connaît pas la monochromie et n?hésite pas à opposer des couleurs primaires ou presque. Il se hâte toutefois de nacrer ses couleurs d?opposition pour parvenir à des dégradés, invitant au rêve et même à la fantasmagorie.

Des cernes foncés, sinon noirs, multiplient l?effet coloré de ces luminosités nacrées. Ils donnent aux peintures de Lapeyre un effet vitrail prononcé.

À quand un de nos nouveaux lieux de culte relevé et rehaussé par des vitraux signés Sylvio de Lapeyre ? Rarement peinture réussie appelle autant la luminescence des rayons solaires traversant l??uvre colorée que chez ce peintre capable à lui seul de parvenir sur toile à l?effet vitrail.

La peinture de Sylvio de Lapeyre rappelle quelque peu celle de Vaco Baissac, sans toutefois parvenir à l?excellence de l?effet stylisé, mais aussi simplifié de celui-ci. La manière davantage figurative de peindre de Lapeyre, le relief tout en rondeur qu?il donne à ses formes par l?effet dégradé, l?éloigne d?autant de l?aplat dominant des ?uvres de Vaco. On peut reprocher justement à Lapeyre de ne pas faire assez confiance aux formes, suffisamment évocatrices en elles-mêmes pour faire rêver le contemplateur.

Langueur, douceur et splendeur

Le visage presque poupon qu?il se croit obligé de donner à ses femmes-fleurs, des cils exagérément racoleurs, gênent quelque peu l?admiration illimitée que nous pourrions avoir pour ses formes évanescentes par ailleurs. Il ne faut pas confondre poupées Barbie et l?éternel féminin, fait de mille qualités éternelles ayant pour noms langueur, douceur, splendeur éternelle et immortelle. Il ne faut rien ajouter ni encore moins alourdir de peur que la femme se fane entre nos doigts la serrant trop fort et de trop près. Demeure toutefois un festival réussi de couleurs nacrées pour lequel nous devons savoir gré à Sylvio de Lapeyre.

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