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Vie au lait

22 septembre 2007, 00:00

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C?est un autre rythme. Le 9 heures à 16 heures, connaît pas. Le shopping coup de c?ur sur un trottoir de Port-Louis ou un déjeuner sur le pouce dans un resto chic, rien de plus éloigné de la réalité de Shyama Purlackee. Son heure de pointe à elle, c?est l?aurore. Au moment de la traite des vaches à 4 heures du matin.

Un quotidien à peine bousculé par la pénurie de lait en poudre dans les supermarchés. Au fait, quand Shyama nous fait entrer dans la cour, «pass par deryer» pour arriver à l?écurie, elle ne comprend pas la question que nous lui posons. «Nous n?achetons pas de lait en poudre», dit-elle, l?air perplexe.

C?est évident. Nous reprenons la conversation. Non. Le nombre de ses clients n?a que très peu augmenté. Non, elle n?a pas noté d?engouement particulier pour le lait de vache tout chaud du pis. Ses clients sont surtout des habitués, «dimoun ki ena zanfan». Ceux que l?odeur et le goût du lait de vache au naturel ne rebutent pas.

<B>Nuisances</B>

En ces temps de difficulté d?approvisionnement, ce n?est pas cela qui inquiète Shyama. Son souci est ailleurs. Ecrit noir sur blanc sur un papier à en-tête. Tout son monde est suspendu à un ordre des autorités sanitaires lui intimant soit de cesser son élevage ou d?en changer l?emplacement, dans un délai de trente jours. Faute de quoi, si elle est trouvée coupable, elle pourrait être passible d?une amende de Rs 1 000.

«Ayo, latet fatigue, pa gagn somey aswar.» Changer l?emplacement de l?écurie dans sa cour étroite ? Impossible. D?autant plus qu?un déménagement a eu lieu, il y a quelque temps de cela. Tout en nous indiquant l?endroit «kot zanfan pe mont lakaz», elle nous raconte comment l?écurie était jadis à cet endroit. Et que de devoir changer encore, dans une cour où les maisons se toucheront l?épaule, une cour où quelques poules se promènent sans hésiter jusque dans l?écurie, la désespère plus que tout.

Commence alors la longue litanie de cette mère de famille, opposée à ses voisins, qui ont porté plainte contre l?odeur incommodante de l?écurie et les mouches. Qui dit vaches dit évidemment les «nuisances» ? c?est le terme utilisé sur le papier officiel. Des inconvénients qui malgré tous les nettoyages, malgré la petite écurie aérée par deux portes, ne peuvent disparaître. Surtout quand l?écurie est littéralement adossée au mur qui sépare les Purlackee de leur voisin.

«Mo fie sa mem pou roule. Sa mem nou dipain. Bolom pa travay, li peser. La sa fer enn moi depi ki li pe res lakaz. Sa mem ki depan nou.» Comme cela, tout de go, debout devant la porte de l?écurie sommaire, cette habitante de Triolet nous déballe une vie de travail. Non, elle n?a pas toujours fait cela. Originaire de Vieux-Grand- Port, c?est quand elle s?est mariée et a déménagé pour le nord de l?île, qu?elle se met à nourrir des vaches. «Bel mer dir moi komye tan mo pou res dan lakaz narien fer.»

Alors celle qui travaillait «lor tablisman», comprenez coupeuse de canne, «ser lapay, ras pom deter», se met à l?élevage. Doucement, doucement. Avec une, puis deux bêtes. «Kan ena tipti nou vande.» Depuis son mariage, il y a 18 ans, c?est grâce aux bêtes, au lait qu?elles produisent, au fruit de leur vente que Shyama et son mari ont financé la construction de leur maison à Triolet. C?est grâce à cela qu?ils ont marié leur aînée. Et qu?ils subviennent aux besoins de leurs deux autres enfants, l?une inscrite au SSS Rempart, l?autre au D.A.V College à Goodlands.

Tout commence à l?aurore. A quatre heures du matin. Les vaches, cela n?attend pas. Qu?il brille ou qu?il fasse cyclone, c?est le cycle de la productivité qui commence. Immuable. Traire les vaches, leur donner leur ration de paille de canne et d?eau. Nettoyer l?écurie.

Remplir ses seaux du lait de deux vaches pour le vendre à l?Areu à Rs 12,50 le litre. Une routine que Shyama, propriétaire de trois vaches âgées entre trois ans et demi et un an, ainsi que de deux génisses, ne rate ni matin ni soir.

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