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Les paradoxes du Pakistan
Le Pakistan est né le 14 août 1947, un jour avant l?Inde. Un documentaire de Pascale Lamche, diffusé récemment sur Arte, raconte ces soixante années mouvementées. Le pays est destiné à regrouper les musulmans de l?ancien Empire britannique des Indes. Il est formé de deux provinces, orientale et occidentale, jusqu?à ce que la partie orientale fasse sécession en 1971 et devienne le Bangladesh.
Dès le début, deux institutions, l?armée et la bureaucratie, imposent leur suprématie. Le pays est né dans les massacres et les transferts massifs de population. Pendant vingt ans, il n?y a pas d?élections générales.
Le premier coup d?Etat militaire, en 1958, instaure une tradition. L?armée devient en quelque sorte la première force politique du pays... Soixante ans plus tard, le Pakistan est encore dirigé par un militaire, le général Pervez Musharraf, arrivé au pouvoir en 1999 à la faveur d?un coup d?Etat. A chaque fois que les militaires ont senti leur emprise contestée, ils se sont débarrassés des civils qui, tels Ali Bhutto, dans les années 1970, ou sa fille Benazir, vingt ans plus tard, étaient arrivés grâce aux urnes. L?autre grande constante est la religion. ?Le Pakistan a été créé au nom de l?islam?, répétait le général Zia Ul-Hak, un autre dictateur. C?est ce dernier (1977-1988) qui a voulu l?islamisation de la législation. C?est lui aussi qui a transformé le Pakistan en base arrière de la guerre secrète menée contre les Soviétiques en Afghanistan après l?invasion de ce pays par l?URSS en 1979. Sur des images d?archives, on voit l?étrange coalition formée par des milliardaires texans, les agents de la CIA et les bailleurs de fonds saoudiens pour venir en aide aux combattants afghans. Les services secrets pakistanais contrôlaient tout, en particulier l?entraînement des milliers de volontaires venus de tout le monde musulman. Après le retrait soviétique d?Afghanistan, en 1989, la CIA a interrompu ses livraisons d?armes, et ces combattants sont restés sans emploi. ?Al-Qaida est, en un sens, l?association des anciens élèves de l?opération en Afghanistan?, explique drôlement un expert américain.
Les anciens d?Afghanistan ont essaimé partout au Pakistan, créant des écoles et des associations de toutes sortes. Les Etats-Unis se sont désintéressés un moment du Pakistan, accueillant même plutôt fraîchement le coup d?Etat du général Musharraf en 1999.
Tout a changé avec le 11 septembre 2001. Le Pakistan est redevenu très important aux yeux de Washington. Le général Musharraf a offert aux Américains son soutien logistique et la coopération de ses services secrets pour combattre Al-Qaida. Un des paradoxes du Pakistan contemporain est évidemment que ces mêmes services secrets ont largement contribué à la création d?Al-Qaida.
<B>Dominique Dhombres © Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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