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« Je ne suis pas là pour obéir »
Un Mauricien de retour au pays a rebaptisé sa capitale « Souk-Louis ». Vous diriez que son séjour à l?étranger l?a rendu médisant ou clairvoyant ?
Les deux. Port-Louis, c?est aussi la modernité, il n?y a pas que des souks.
Vous avez annoncé un plan de redéploiement pour les 2 000 marchands de rue de la capitale. Quand entrera-t-il en vigueur ?
J?espère ce mois-ci. Chaque marchand devra porter un badge et opérer dans une zone imposée. C?est ce qu?il y a de mieux à faire pour que la situation n?empire pas.
Un jeu de chaises musicales au lieu de siffler la fin de la récréation ?
Écoutez, j?ai beaucoup réfléchi au problème et il n?y a pas de solution. Mon but est donc de limiter les dégâts.
Posons la question différemment : le maire de Port-Louis a-t-il plus à gagner ou à perdre en s?attaquant à ce problème ?
L?important, c?est la ville, pas le maire. Je le répète, il n?y a pas de remède miracle. J?ai choisi la moins mauvaise des options en prenant soin d?éviter le pire.
C?est-à-dire ?
Chasser les marchands déjà en place. Ça, c?est impossible, ce serait créer le chaos dans la capitale.
D?un chaos à l?autre, parlons de la circulation. Que proposez-vous pour sabrer les bouchons ?
Encore une fois, je n?ai pas de solution toute faite. Ce que je sais, c?est qu?il faudra être créatif pour réinventer nos rues et superposer nos routes. Le projet de pont suspendu est séduisant, mais il est coûteux. On a besoin d?un grand pays à nos côtés, il faut que la Chine nous aide.
Point de salut en dehors des grands travaux ? Vous aviez vous-même lancé l?idée des rickshaws indiens en centre-ville?
Je suis convaincu qu?il faut tester des idées neuves. Mais cela exige du courage de la part des autorités.
Mais c?est vous, aussi, « les autorités »?
La mairie de Port-Louis est une autorité sans autorité. La moindre de mes décisions se heurte à des tonnes de procédures. Bien sûr que j?aimerais tester des idées, mais je sais d?avance que je serai bloqué. Pour les rickshaws cependant, le problème est différent : j?entends déjà les réactions des chauffeurs de taxi?
Où sont passées vos intentions sécuritaires de maire fraîchement élu ?
La vidéosurveillance arrive, mais je bute sur la création de la police municipale. Rien que le nom fait peur, on l?associe à un club de « tapeurs ».
« Chasser les marchands ambulants est impossible, ce serait créer le chaos »
Qu?est-ce qu?une police dirigée par vos services apporterait de plus ?
Elle ôterait un fardeau à la police régulière, elle l?informerait, les deux seraient complémentaires. Ce serait une police frien-dly, mobile, qui surveillerait les bâtiments pu-blics et quadrillerait la ville pour faire respecter la loi. Aujour-d?hui, nous n?y arrivons pas. Regardez ce qui se passe au cimetière. Les tombes sont profanées, nous ne respectons plus les morts. Le pire, c?est que nous dépensons Rs 600 000 par mois pour payer des compagnies de sécurité inefficaces. Une police municipale serait également la bienvenue autour du marché central. Pas plus tard que mercredi, un officier de la municipalité a essayé de remettre de l?ordre. Il a demandé à un marchand ambulant de ne pas vendre ses légumes devant le marché. Ce-lui-ci a refusé et les légumes ont été saisis. Mais des hommes armés ont aussitôt débarqué. L?officier a dû rendre la marchandise. Nous sommes trop faibles, trop isolés pour faire respecter la loi.
Vous êtes le Sarkozy de Port-Louis ?
Disons qu?en matière de sécurité, oui, je me sens proche de lui.
Vous avez un autre point commun avec le président français?
Ah bon? lequel ?
Votre armée de conseillers.
Ah ça ! C?est l?efficacité qui compte, pas le nombre.
Qui sont les plus indisciplinés : vos anciens élèves ou vos actuels conseillers ?
Disons? mes élèves. Eux au moins ne s?offusqueront pas de ma réponse !
Vous offusquez-vous si je vous présente comme le leader du front « anti-David » au sein des collectivités territoriales ?
Il n?y a jamais eu de front « anti-James Burty David ». Le ministre et moi sommes de bons camarades, nos relations sont excellentes. Simplement, il y a des choses que je n?ai pas aimées et je les ai dites.
Vous avez dit notamment que vous étiez « l?esclave des autorités »?
Oui, parce que la démocratie locale est bâillonnée par un système ultraprocédurier.
Avez-vous un exemple concret ?
Le jardin de la Compagnie. Il y a deux ans, j?avais décidé de le faire clôturer. Vous n?imaginez pas la montagne de procédures à franchir ! C?est seulement maintenant que le travail se fait. Entre-temps le prix du fer a augmenté. La bu-reaucratie ne se contente pas de nous asphyxier et de ralentir le développement ; elle nous coûte cher. Là où je condamne le gouvernement, c?est qu?il sait ce qui ne va pas et il n?agit pas. Avant les élections, nous dénoncions pas mal de choses. Aujourd?hui, nous avons adopté ce que nous dénoncions.
Et c?est nouveau, ça, pour le journaliste que vous avez été ?
Non, je le savais. Mais là, je le vis de l?intérieur, et je le vis mal. Très mal même.
L?an dernier, vous viviez mal le fait que « certains parlementaires abusent de la bonté de la municipalité ». Lesdits gourmands sont-ils entrés dans le rang ?
Oui, la plupart ont compris. La mairie a un budget pour gérer la ville. Mon rôle n?est pas de faire plaisir aux politiciens, mais de travailler dans l?intérêt des citadins. Je ne suis pas là pour obéir aux caprices des ministres haut placés. J?ai beaucoup de respect pour eux, mais qu?on ne me demande pas d?agir à l?encontre de l?éthique.
Est-ce déjà arrivé ?
Oui.
Un troisième mandat de maire, est-ce dans vos projets ?
Je crois qu?il faut laisser la place aux autres.
Qu?est-ce qui pourrait vous faire changer d?avis ?
Si je sens une grande confiance autour de moi. Cela voudrait dire que j?ai été à la hauteur.
Vous êtes le député no 2 de la circonscription du vice-Premier ministre. Un bon couloir pour aller conquérir d?autres victoires?
Je n?y ai jamais songé.
Marcher sur les traces de Rashid Beebeejaun serait si déplaisant que ça ?
Difficile. Le Dr Beebeejaun a des qualités que je n?ai pas.
Vous qui dites que les Mauriciens seraient riches si la démagogie était taxable, vous n?êtes pas en train de vous enrichir, là ?
Être orphelin très jeune m?a appris une chose : un refus est une humiliation. Le jour où j?ai compris ça, je n?ai plus jamais rien demandé.
Pour conclure, je vous propose de répondre spontanément à un petit questionnaire.
Allons-y?
L?adversaire politique que vous respectez le plus ?
Paul Bérenger.
La dernière fois qu?un collègue vous a tapé sur les doigts ?
James Burty David, mais ce n?était pas méchant.
L?aspect de la vie politique qui vous rebute le plus ?
Les mal élevés.
Ce qui vous fait vous lever le matin ?
Mon portable.
À quoi avez-vous renoncé ?
Au métier d?avocat.
Ce qui vous distingue des autres ?
Mon naturel.
Que défendez-vous ?
La vérité.
Une promesse que vous regrettez d?avoir faite ?
Je m?étais promis de prier plus régulièrement.
La page d?histoire de Port-Louis que vous préférez ?
La période de Mahé de La Bourdonnais. C?est lui le bâtisseur.
Qu?avez-vous envie de transmettre à vos enfants ?
Le respect.
Quand êtes-vous déjà mort ?
Tous les jours. Je pense à la mort au quotidien.
Rédigez votre épitaphe.
J?ai quitté l?éphémère pour rejoindre l?éternel.
BIO EXPRESS
● Né le 11 juin 1954 à Port-Louis.
● Marié, père de 2 enfants.
● Enseignant, directeur du journal Star et patron d?une école de formation.
● Député, et maire de Port-Louis depuis 2005.
SES 5 DATES
■ 1964. Pour ses dix ans, premier et dernier anniversaire en famille.
■ 1966. Décès de sa mère, puis de son père six ans plus tard. Orphelin à 18 ans.
■ 1972. Rencontre sa future épouse à la bibliothèque de la mairie de Port-Louis.
■ 1989. Se lie d?amitié avec un médium. « Il m?a appris à savoir dire non. »
■ 2006. Pèlerinage à La Mecque.
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