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Les hommes de l?ombre
Ils ont tous la fibre politique à fleur de peau et font partie du premier cercle de collaborateurs des leaders politiques. Experts maîtrisant parfaitement le terrain électoral, ils montrent une connaissance parfois subtile de l?opinion publique et de ses attentes. Et dans beaucoup de cas, leur engagement politique est une affaire de famille. C?est le cas pour Soodesh et Vijayen Runghen. Ce dernier est un pur produit de « l?école du militantisme » des années 80. Il a été séduit par le « charisme » de Paul Bérenger et par les luttes syndicales qu?il a menées. Il confie que la politique a de tout temps été une tradition dans sa famille et que c?est tout naturellement qu?il a emboîté le pas de son père qui était lui-même « militant ». Soodesh s?est aussi inspiré de son père, fervent défenseur de la ligne politique de sir Anerood Jugnauth.
Pour d?autres agents, leur engagement a contribué à les faire sortir du statut de simple militant coaltar. Aujourd?hui, Rajkumar Aubeeluck est, par exemple, un personnage incontournable de la politique à Stanley-Rose-Hill. Son parti fait désormais appel à lui pour faire donner un coup de main dans d?autres circonscriptions. C?est avec beaucoup d?émotion que Rajkumar Aubeeluck raconte comment Navin Ramgoolam n?a pas hésité à le présenter aussi bien qu?un autre activiste, Mario Bahadoor, à un parterre d?invités VIP lors de l?inauguration d?un hôtel.
Être agent politique, c?est également avoir la capacité d?aller à la rencontre de l?intime chez son leader. C?est le cas pour Jean-Désiré Philippe Étienne. Il a développé une véritable amitié pour Xavier-Luc Duval, son leader. C?est lui que ce dernier a trouvé à ses côtés lorsque ses relations avec son père, feu sir Gaëtan Duval, étaient au plus bas.
Mais dans certains cas, le parcours d?un agent politique peut aboutir à une rupture avec son leader. C?est ce qui est arrivé à Renga Soopramanien. L?homme en garde un goût amer. Sa déception est profonde.
Quoi qu?il en soit, ces agents, dont les excès de zèle font partie de la règle du jeu, constituent un maillon indispensable au bon fonctionnement des formations politiques et de leur machinerie électorale.
RAJKUMAR AUBEELUCK,
sauver Ramgoolam au péril de sa vie
Quand pris dans une foule de meeting,le Premier ministre, Navin Ramgoolam, se prend à braver les services de sécurité pour aller serrer la main à quelqu?un, il y a de grandes chances que ce soit celle de Rajkumar Aubeeluck. Ce conseiller à la municipalité de BB-RH, et qu?on surnomme « le maire », est prêt à tous les sacrifices pour le leader du Parti travailliste. Ce dernier n?est pas un dieu pour lui, il le concède volontiers, avant toutefois d?affirmer que s?il faut mettre sa vie en jeu pour sauver celle de Ramgoolam, c?est « sans hésitation » qu?il le ferait.
« Lorsqu?une foule hostile a commencé à menacer Navin Ramgoolam au soir de la proclamation des résultats des élections de septembre 2000, à Triolet, nous avons constitué un cordon autour de lui. » Et Rajkumar Aubeeluck et ses camarades n?étaient pas au bout de leurs peines, car arrivés à la hauteur de l?Aapravasi Ghat à Port-Louis, un attroupement hostile les attendait. « Nous avons dû entrer dans une voie à sens unique. Je n?avais pas peur mais j?étais triste », affirme ce travailliste pur et dur. C?est en 1976, à l?âge de 17 ans, que Rajkumar fait son entrée au PTr. Il commence par coller des affiches. « J?ai rencontré sir Seewoosagur Ramgoolam à la rue Desforges en 1979.
?Ou meme Aubeeluck-là ??, m?a-t-il lancé. J?étais flatté et confus à la fois. Je suis sorti de là plus déterminé que jamais. Lorsque Navin est venu, je me suis aussitôt mis à son service. »
Navin Ramgoolam contribue, dans une large mesure, à l?expression de ce sentiment de loyauté à son égard. « Il met un point d?honneur à montrer à celui qui est sincère envers lui que c?est réciproque. » Rajkumar Aubeeluck s?en est rendu compte un jour. Voulant rencontrer le Premier ministre, à la demande de celui-ci, lors de l?inauguration d?un hôtel, lui et l?un de ses amis se présentent devant le palace. Voyant le parterre composé de personnalités et d?hommes d?affaires, les deux hommes hésitent à entrer. Qu?à cela ne tienne, Navin Ramgoolam s?arrangera pour les faire rentrer. « La suite nous a carrément surpris ! Navin nous a demandé de rester à ce dîner qui était censé être réservé à un petit groupe d?invités. À table, il nous a carrément présentés comme ses bras droit et gauche. Peu habitués à participer à ce genre de fonctions, nous nous sommes adaptés aux convenances. » Un des invités, s?approchant alors de Rajkumar lui lancera même : « Je vois que vous fréquentez des gens importants, je vous laisse ma carte. Si jamais vous avez besoin de mes services, n?hésitez pas à me contacter. »
VIJAYEN RUNGHEN,
celui qui n?est pas « l?agent » de Paul Bérenger
Vijayen Runghen est, pour le leader du MMM, Paul Bérenger, ce que les phares sont pour un automobiliste qui conduit la nuit.
Le Constituency Clerk de Bérenger dans la circonscription de Stanley-Rose-Hill se définit volontiers comme le « secrétaire personnel » du leader mauve.
« Je coordonne toutes les activités du parti dans la circonscription et j?en informe le leader », affirme-t-il. Mais Vijayen Runghen est un drôle de bonhomme. S?il est quasiment collé à Bérenger la plupart du temps, il se défend d?éprouver une admiration béate pour son leader. « Je ne suis pas un agent, précise-t-il, je suis un militant. Je me suis engagé pour la défense d?une cause. Celle de la classe des travailleurs qui ont le droit d?aspirer à une vie meilleure. » Son père, Mootoo Runghen, était syndicaliste à la municipalité de Beau-Bassin-Rose-Hill. Vijayen a pu évaluer et suivre l?impact de l?apport de Paul Bérenger aux côtés du syndicat auquel son père était affilié. « Quand j?ai vu cette transformation, je me suis dit que si je voulais vraiment donner un sens à mon engagement patriotique, il me fallait adhérer non seulement à la cause que défend Paul Bérenger, mais également à l?homme. » À force de côtoyer Paul Bérenger, Vijayen Runghen se permet de relativiser une dimension du caractère du leader mauve : son autorité. N?allez surtout pas critiquer son leader sur ce terrain. Vijayen Runghen trouvera toujours une raison pour situer le contexte dans lequel Paul Bérenger a adopté telle ou telle attitude. « Il est discipliné et méthodique. C?est un bosseur, d?où son exigence. Il va 100 à l?heure. Cependant, derrière son apparence d?homme pressé se cache un être profondément humain. Il suffit de passer outre l?apparence pour atteindre le véritable homme qu?il est. Il mérite d?occuper la fonction de Premier ministre une nouvelle fois. »
SOODESH,
disciple de sir Anerood Jugnauth
Il ne fait pas bon être l?agent dévoué d?un homme politique quand le parti de ce dernier est dans l?opposition. Soodesh (prénom fictif), qui a demandé à parler sous couvert d?anonymat, est un inconditionnel d?un ex-leader de parti politique? qui séjourne aujourd?hui au château du Réduit.
Il est certes toujours pro-MSM, mais ce n?est pas au leader actuel du parti que Soodesh voue une admiration inconditionnelle, mais à son prédécesseur, sir Anerood Jugnauth.
« Si je me trouvais à Stanley au moment où un homme a pointé un fusil sur sir Anerood Jugnauth, je me serais jeté sur cet agresseur quelles qu?auraient pu être les conséquences », affirme-t-il.
Et pour cause, une relation de profonde amitié et de respect lie sa famille à SAJ. C?est d?ailleurs presque exclusivement dans la maison de Soodesh que l?ancien Premier ministre acceptait de passer la nuit lors des campagnes politiques. « C?est comme sa deuxième maison. C?est ainsi depuis 1983. Lorsqu?il est en campagne, c?est là qu?il vient se reposer.
S?il est trop tard pour rentrer chez lui, il y passe la nuit, après avoir assisté à ses meetings. »
Depuis 1983, Soodesh participe à toutes les activités du MSM, allant de la campagne d?affiche au porte-à-porte, en passant par l?organisation des meetings. Des situations périlleuses, il en a connues, comme c?était le cas durant la campagne électorale de 1991.
« J?ai failli mourir ! On collait des affiches avec une dizaine d?autres activistes. Au moment où on s?y attendait le moins, nous nous sommes retrouvés encerclés par un groupe d?une soixantaine d?activistes d?un parti adverse, armés de gourdins et de sabres. C?était le sauve-qui-peut général. Je n?ai dû mon salut qu?à ma connaissance des lieux. J?ai vraiment eu peur. »
Mais au-delà du parti c?est de son ex-leader que Soodesh aime parler. De l?homme, il retient une certaine manière de faire : « Son franc-parler peut blesser un c?ur trop sensible. Mais j?aime avoir affaire à des gens qui me permettent de lire ce qu?ils ont sur le c?ur. SAJ est sincère.
Avec lui, il n?y a pas de demi-mesures. Ou c?est oui, ou c?est non. » Pour Soodesh, SAJ symbolise la détermination qui doit animer n?importe quel homme, et à plus forte raison, un chef d?État, face aux situations difficiles. En 1983, il fallait relever les défis d?une situation économique désastreuse. C?est ainsi que SAJ a su créer le miracle économique mauricien, selon Soodesh.
RENGA SOOPRAMANIEN,
Valayden, je t?aime, moi non plus
Les histoires des jusqu?au-boutistes prêts à tout sacrifier au nom de leur allégeance à leur leader n?ont pas toujours une fin heureuse. Certaines se terminent par une rupture dont les plaies mettent du temps à se cicatriser. C?est le cas pour Renga Soopramanien, ex-trésorier du Mouvement républicain (MR). De profondes divergences avec son leader, Rama Valayden, ont surgi lorsque les idéaux du MR ont été confrontés aux exigences de l?exercice du pouvoir, dans une alliance où le parti est minoritaire. Elles ont finalement eu raison de la complicité entre les deux hommes, qui date non seulement de 1996, date de l?engagement de Renga Soopramanien aux côtés du MR, mais aussi des années 70 lorsque Rama Valayden et lui participaient aux activités sociales à Stanley.
« J?ai du mal à admettre que lorsqu?on est au pouvoir, que ce soit au niveau gouvernemental ou municipal, on ne puisse pas faire, sur demande, un geste significatif en direction de ces personnes pour lesquelles nous avons promis de nous battre. » Issu d?une famille modeste, Renga Soopramanien ne peut rester indifférent à la souffrance des démunis.
« Nous n?avons pas été capables de concrétiser les espoirs que nous leur avons insufflés. La fermeture était-elle la seule option pour résoudre le problème auquel la Development Works Corporation était confrontée ? Lorsque l?électorat n?est pas satisfait, vers qui se tourne-t-il ? Je n?en pouvais plus », confie-t-il avec amertume.
Le départ de Renga Soopramanien est également lié au fait que son leader n?a pas réussi à faire un geste à son endroit.
« J?aurais pu, par exemple, être nommé à la tête d?un organisme. Cela nous aurait permis de venir en aide concrètement à nos partisans. » Renga Soopramanien est d?avis qu?il n?est pas interdit de penser que tout l?investissement qu?il a consenti au parti mérite une forme de reconnaissance quand le MR est au pouvoir. « Je donnais sans compter. Il ne serait pas exagéré de chiffrer ma contribution entre 1996 et 2007 à près de Rs 3 millions. » Et Renga Soopramanien affirme avoir perdu son poste de courtier maritime lorsque son oncle lui a demandé de choisir entre son travail et la politique.
« J?ai connu la détention provisoire à Alcatraz. J?ai failli laisser ma vie à Roche-Bois lors des émeutes de février 1999.
Au moment où j?abandonnais mon sort à des agresseurs excités, un homme s?est interposé. C?est quelqu?un que j?ai connu durant mon incarcération à Alcatraz. » Par ailleurs, c?est Renga Soopramanien qui avait pris en charge les frais d?enterrement de Kaya. « J?ai dû dédommager le propriétaire du corbillard vu que son véhicule avait été partiellement endommagé. » Déçu, Renga Soopramanien a définitivement pris ses distances du MR. Il est seulement actif au niveau de l?Union sportive de BB-RH.
JEAN-DESIRE PHILIPPE ÉTIENNE,
confident de Xavier Duval
Jean-Désiré Philippe Étienne, est dithyrambique sur le leader du Parti mauricien Xavier Duval (PMXD). « C?est lorsqu?on a cheminé avec lui qu?on se rend compte que Xavier Duval est un homme très ouvert. Il symbolise ce type de Mauricien qu?on aurait aimé croiser à chaque coin de rue. » Jean-Philippe Étienne ne fixe pas de limite à l?expression de sa dévotion.
Et il en a fait la démonstration à plusieurs reprises, allant jusqu?à prêter une oreille ou une épaule compatissantes à XLD dans des moments douloureux. « On ne s?imagine pas combien le conflit qui l?opposait à son père, sir Gaëtan Duval, l?a fait souffrir. J?ai été peiné de constater comment certaines personnes ont tout fait pour que les relations se détériorent.
J?étais triste lorsqu?il a été pris à partie dans les couloirs de l?Assemblée par un autre député. Aujourd?hui en vrai patriote qu?il est, il continue la belle page d?histoire qui lie son père à son pays. »
Lindsay PROSPOER et A.C
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