Publicité
Thérapie et poésie
Un médecin avec des manières de médecin. Des mains croisées comme pour rassurer. Une manière de parler jamais brusque, un peu traînante. Un costume gris passe-partout, qui fait très sérieux quand Hemraz Boodhoo, consultant en neurochirurgie à l?hôpital Victoria, arrive dans les murs blancs de la galerie municipale de Quatre-Bornes.
Une façon de vous mettre à l?aise tout de suite. Pour après vous faire avaler les pires vérités. Comme des cachets. Et une phrase qui fait tiquer. ?Pour moi, la médecine est un art plus qu?une science.? Celui de soigner les nerfs autant que l?âme. ?Les gens qui consultent ne sont pas forcément malades. Ils recherchent surtout de l?attention, ils ont besoin que l?on s?occupe d?eux. Ils veulent être rassurés.?
Thérapie de la tranquillité. C?est comme cela que l?on aurait pu intituler son exposition de peinture. Through my eyes, 1986 ? 2007 s?est achevée hier. Une trentaine de tableaux sur ?la beauté qui est dans les choses les plus anodines?. Hemraz Boodhoo, qui, auparavant, a pris le soin de nous montrer plusieurs numéros d?une revue scientifique sud-africaine, portant en couverture une de ses peintures, nous explique méthodiquement pourquoi il a organisé cette expo.
D?abord pour ?dire aux gens qu?ils faut utiliser tous leurs talents?. Ensuite pour leur montrer, ?la beauté à laquelle on ne fait pas attention?.
Quand il se raconte, Hemraz Boodhoo rapporte souvent ?seki dimounn dir moi?. Comme ?où trouvez-vous le temps de peindre? ? Lui, sourit. Répond avec le plus grand calme. Joue de la rhétorique : ?L?unité de mesure du temps, c?est nous qui l?avons créée. Donc nous pouvons tout aussi bien l?étendre n?est-ce pas? ?
Avant de faire passer ? en bon scientifique ? la valeur des idées avant toute chose. ?Si une bonne idée ou si vous préférez, l?inspiration, vous vient au milieu de la nuit, attendrez-vous le matin pour peindre ? Vous pouvez être libre toute la journée et ne pas avoir une seule idée. A quoi aura servi cette journée ? A rien.?
Ne rien faire, le bon docteur ne connaît pas. Son exposition n?était pas encore achevée qu?il nous parlait déjà de ses poèmes qu?il espère publier. Ou de son piano, instrument qui l?aide à conserver la souplesse de ses doigts.
Un côté romantique qu?il faut aller chercher dans l?enfance où, habitant Glen Park, aîné d?une famille de quatre enfants, et élevé par un père dans le tailoring departement de la police et une mère femme au foyer, il aimait à explorer tous les coins de la forêt du côté de La Marie, de Mare-aux-Vacoas jusqu?à Rivière-Noire. Dès lors, il s?est mis à croquer les fleurs, les nuages, les gens. A écouter la musique du vent, le souffle du silence. Ramenant une collection d?orchidées sauvages qu?il faisait pousser dans des pots. ?Elles devenaient si belles que personne ne croyait que c?était des orchidées sauvages.?
?La consultation ne commence pas quand le patient s?assied devant moi, mais à sa manière d?entrer dans le cabinet.?
Un enfant qui avait transformé sa chambre en laboratoire. Faisant des expériences avec l?électricité et disséquant des grenouilles, malgré les réprimandes des parents. Ne faisant qu?appliquer ce qu?il étudiait au collège Eden puis au John Kennedy College.
A l?heure des choix, Hemraz Boodhoo va faire médecine en Inde. Décroche une bourse d?étude à son retour et s?envole pour la Nelson Mandela School of Medecine. Le Mauricien y acquiert les connaissances du généraliste. Ce cursus accompli, il se spécialise dans la neurochirurgie, branche méconnue à Maurice.
?L?année où j?ai pris part aux examens, il y avait 11 entrées pour toute l?Afrique du Sud. Deux seulement ont réussi, j?étais l?un d?eux.? Hemraz Boodhoo obtiendra le Fellowhip of College of Surgeons, après 16 années d?études au total. De retour au pays depuis mai de l?année dernière, il est posté à l?hôpital Victoria.
Quand ses patients s?étonnent qu?il ne leur prescrive rien, le Dr Hemraz Boodhoo lance sans ciller : ?Je ne crois pas dans les médicaments, les drogues sont dangereuses.? Le docteur s?emploie plutôt à soigner leur stress. Il affirme n?être pas de ces docteurs qui vous écrivent systématiquement une ordonnance après la consultation. Préférant tranquilliser le patient en lui parlant de ses soucis, cause de mal-être.
Un discours qu?il leur tient évidemment ?après analyse, quand je me suis effectivement assuré qu?ils n?ont rien?. Car avant que l?entretien ne commence, le docteur demande au patient de remplir un formulaire sur sa situation de famille. ?La consultation ne commence pas quand le patient s?assied devant moi, mais à sa manière d?entrer dans le cabinet.? C?est le moment où lui entre dans les vies, pour soigner en douceur.
Publicité
Publicité
Les plus récents