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Un esprit libre

21 août 2007, 20:00

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?Un conseil aux journalistes : il faut lire énormément.?Celui qui parle, sans l?aigreur de ceux qui cherchent la poutre ailleurs que chez eux, a écrit, de 1979 à 1996, quelques-unes des pages les plus mémorables de l?histoire de la presse mauricienne. Jacques Catherine est un nom si familier pour les premiers lecteurs de 5-Plus, de Business magazine, que l?on a de la peine à réaliser que cela fait plus de deux lustres qu?il a troqué le calepin du reporter pour la boîte à idées du publiciste. Celui qui parle aujourd?hui aux journalistes est l?un des creative directors de l?agence Cread.

Ce qu?a écrit Jacques Catherine n?était certes pas toujours taillé dans le marbre. Ses éditos les plus percutants, à l?instar du prophétique Libérons l?audiovisuel, pour 5-Plus, des années avant l?avènement des radios libres, portaient en eux un malicieux goût de dérision plus que du souffre.

Ce goût de la dérision, qu?on pourra encore lire et relire dans les faits de plume intitulés Qui c?est qui a vu Georges ?, nouvelle publiée dans Le Nouvel Essor, avait pour ingrédients une bonne dose de surréalisme, une fine articulation des idées et un vocable jamais menacé de tarissement. ?Dans Qui c?est qui a vu Georges ?, j?ai tâché de concocter une foule de petites références à toutes sortes de choses. Comme un collier où s?enfilent les perles, les unes après les autres? .

Pour arriver à ce subtil entrelacs, Jacques, en vrai écrivain, ne s?est jamais lassé de lire les autres. Sa table de chevet croule sous les Proust, Zola, Flaubert. Et il est resté un infatigable dévoreur de journaux et de magazines.

?Je suis très amusé par la presse : il suffit souvent qu?il y ait un petit caillou sur la toundra des idées pour que cela prenne des allures d?Himalaya?, remarque le pince-sans-rire, faisant allusion à la?tempête dans un verre d?eau autour d?une élection de conseil de district?.

?Je suis un farouche défenseur de la laïcité?, n?hésite pas à dire celui qui est d?avis qu?il ?faut le moins possible prêter foi à ceux qui se lancent dans de telles dérives, de stériles querelles de chapelle...?. Que l?on en arrive à ériger au rang de ?culture? des petits fragments de divers folklores provoque en lui... le dégoût : ?Je me demande s?il y existe des investissements plus improductifs que les millions qu?on engloutit dans les lieux de culte ??.

A cela, Jacques Catherine, qui repasse son exemplaire de L?Histoire de la philosophie occidentale de Thalès à Kant, de Jean-François Revel, préfère définitivement cette définition de la culture : ?ce qui reste quand on a tout oublié?. Comme cette cave d?Ali Baba de vocabulaire qu?il a ouverte en redécouvrant Rome d?Emile Zola. ?La culture, cela ne s?acquiert nulle part que chez soi...?

Et de déplorer les signes de son recul dans les articles de presse : ?quand j?ouvre un journal aujourd?hui, je suis étonné de lire la somme de superlatifs que peuvent utiliser certains journalistes pour qualifier quelque chose d?insignifiant, de la ?croûte? exposée par un petit peintre du dimanche à l?insipide chansonnette ...? Il faut pouvoir relativiser ce qu?on écrit. ?Très peu maîtrisent la langue, savent trouver le mot juste, utiliser un imparfait du subjonctif à bon escient. L?imparfait du subjonctif est un art...?.

Et le journalisme pas un simple métier. C?est que, pour Jacques, l?expérience de l?écrit journalistique s?est forgée sur une quinzaine d?années, entre 1979 et 1996. Formé à l?express de Philippe Forget, puis d?Yvan Martial, membre de l?équipe fondatrice de 5-plus, de Business Magazine, il a eu le temps de prendre du recul.

?Sous Forget, l?express était le meilleur endroit pour débuter sa carrière, la meilleure école de journalisme de l?époque, faite de rigueur, de précision, d?éthique.? Une école qui a fait école. Ce qui n?empêchera pas Jacques Catherine de se mettre par la suite au service du Mauricien, dont ?le ton m?avait séduit?.

Puis, c?est le sens de l?aventure qui l?attire chez 5-Plus.?En format A4, c?était le premier magazine d?information mauricien. Nous avons commencé avec un tirage de 5 à 6 000 pour vite atteindre entre 10 et 12 000 exemplaires?.

Et si on lui demandait ce qui, selon lui, fait un excellent journaliste ? ?C?est quelqu?un qui a un réseau de contacts aussi étendu que fiable dans tous les secteurs, dans tout le pays. Et quelqu?un qui sait écouter?. Qui a les termes qu?il faut pour dire une nouvelle, analyser une situation. ?A très peu d?exceptions, ils sont rares, ceux qui savent utiliser le mot juste pour décrire quelque chose.? Il serait de plus en plus difficile de faire de bons journalistes : ?je ne me base que sur ce que je lis : textes mal construits, fautes de syntaxe, de grammaire même... cela ne fait pas honneur à notre presse.?

Pour Jacques, il faut aussi blâmer le manque de culture générale des journalistes : ?Si je lançais un journal, la première chose que je demanderai à tout postulant, c?est : ?avez vous lu Proust ??. Cette attitude de dinosaure (?avoir le goût des belles choses, de tout ce qui élève l?âme, d?un Quatuor de Mozart à une rougaille de poisson salé, en passant par une strophe d?Omar Khayyam?), il l?a peut-être retrouvée chez le Docteur Banerjee, un érudit qui lui a appris les rudiments de l?hindi. ?Il parlait et lisait sept langues. C?était un homme d?une autre époque, d?un autre âge. Si on n?y prend garde, l?hindi est une langue qui risque vraiment de disparaître à Maurice. Tengur a raison de tirer la sonnette d?alarme.?

Pour quelqu?un d?aussi viscéralement attaché à la bonne pratique du journalisme, le passage au monde de la publicité n?a-t-il pas été comme la chute de l?ange ? ?Le métier de publicitaire est somme toute pas si lointain de celui du journaliste : nous aussi, on renseigne les gens, nous les informons sur les qualités d?un produit, sa disponibilité. Comment feraient-ils pour s?y retrouver sans nous ?? L?information, plus ciblée, se fait aussi plus synthétique. Mais ?un journal partisan pratique aussi une forme de publicité, peut-être plus élaborée...?.

L?approche du publicitaire Catherine est elle-même non dénuée d?humilité : ?dans mon métier, il est essentiel d?être à l?écoute des gens et de sentir leurs aspirations, de comprendre leur langue, leurs tics.? C?est un défi. Accrocher, captiver l?attention, cela n?est pas donné à tous les messages. ?Nous adoptons notre pub aux diverses réalités qui constituent le monde dans lequel nous vivons?.

?La meilleure pub est celle qui parle à une personne et non à des milliers à la fois,? insiste-t-il?

La quadrature du cercle, quoi! Impossible à trouver ? Trop ambitieux ? Notre créatif n?a peur de rien, mais il n?a pas la folie des grandeurs.?J?aime me poser la question : si je gagnais à la loterie, je ne me demanderais pas ce que je pourrais bien pouvoir faire de cette fortune, mais ce que je ne ferais plus !?

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