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L?Irak, dernier Eldorado pétrolier
Près un intermède de dix ans, ayant trouvé une cavalière, Total entre dans la danse du pétrole irakien. Et de belle manière, en s?associant avec Chevron pour explorer et développer l?un des plus grands champs pétrolifères du pays, celui de Majnoun, dans le Sud-Est, près de la frontière iranienne. Ce projet, conclu en 2006 mais dévoilé récemment, pourrait prendre forme après la ratification, par le Parlement irakien, de la loi sur les hydrocarbures, en principe à l?automne, et à condition que la sécurité s?améliore.
Chevron et Total se sont refusés à confirmer ou à démentir l?information en raison de son caractère sensible. L?octroi de contrats d?exporation-production à des compagnies étrangères est controversé dans l?ex-Mésopotamie, comme l?atteste la difficile ratification de la législation énergétique. Sous-exploité, le sous-sol irakien, qui contient les deuxième ou troisième réserves de pétrole au monde, selon le mode de calcul, est l?objet de toutes les convoitises en cette ère de raréfaction de l?offre d?hydrocarbures
?L?Irak est le dernier Eldorado pétrolier. Les majors veulent leur part du gâteau, mais les conditions d?exploitation n?ont pas encore été bien définies?, souligne l?ancien haut fonctionnaire irakien Mohamed-Ali Zainy du Center for Global Energy Studies, un centre d?études énergétiques londonien. Les réserves de Majnoun, qui produisait 50 000 barils par jour avant la chute de Saddam Hussein, sont estimées à 12 milliards de barils. Le duo collabore aussi sur le champ de Nahr ben Omar, dans le Sud, dont les réserves sont estimées à 6 milliards de barils.
Total et Chevron devront toutefois se contenter d?un contrat de service moins intéressant que les contrats de partage de production (production sharing agreement ou PSA) en vigueur avant la chute du dictateur.
?Les compagnies auraient bien voulu un PSA à long terme qui leur permet d?inscrire leurs réserves au bilan, créant de la valeur aux actionnaires. Mais le ministère irakien des pétroles ne veut pas être accusé de brader les richesses nationales au profit des étrangers. Ce type d?accord est la norme au Proche-Orient?, souligne Mohammed Ali-Zainy. En vertu d?un tel contrat, la compagnie pétrolière joue un rôle de sous-traitant, facturant les opérations de développement des puits et d?extraction.
Douce musique pourtant aux oreilles de Christophe de Margerie, le directeur général de Total ! Les complémentarités entre les deux groupes sur ce dossier sont incontestables. En 1998, Total avait conclu, sans le signer, un accord PSA avec le régime de Saddam Hussein pour le développement de Majnoun. La société française avait hérité d?Elf, présent en Irak depuis 1991, de précieuses données géologiques. Depuis 2003, la compagnie française s?est repliée dans les Emirats arabes unis, d?où elle participe à la formation de techniciens irakiens.
Depuis l?invasion, Chevron, proche de l?administration Bush, a pu tisser en toute tranquillité des liens avec les technocrates du pétrole irakien. ?C?est le mariage idéal combinant l?expérience de Total d?avant 2003 et celle de Chevron d?après 2003?, souligne Ruba Husari, experte de la revue l?Energy Intelligence Group.
Aujourd?hui, une dizaine de petites compagnies étrangères sont présentes en Irak, essentiellement dans l?exploration, dont Genel, Dana Gas, Gulfsands Petroleum, ONGC-Reliance et Addax Petroleum. En attendant que la sécurité soit garantie, les grands - BP, Shell, Total ou ExxonMobil - préfèrent attendre tout en plaçant leurs pions.
En 2007, la production irakienne s?est élevée en moyenne à 2 millions de barils/jour et les exportations à 1,6 million. Les coûts de production de ce pétrole léger, à faible teneur en soufre, s?élèvent à seulement 2 dollars le baril.
<B>© Le Monde 2007
Distribué par The New York Times Syndicate
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