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Le prétendu cadeau de Rs 57 m aux ?cousins?
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Le prétendu cadeau de Rs 57 m aux ?cousins?
Après le grand rassemblement de l?unité nationale du Champ de Mars du 20 juin 1982, revoilà la face hideuse de l?idéologie raciste, mensongère, calomnieuse et même assassine. La cible préférée demeure, bien sûr, Paul Bérenger en raison uniquement de son épiderme, trahissant ses origines européennes. Le prétexte tant attendu est, bien sûr, son premier budget national. Pas question de lui pardonner l?allègement de 75% à 50% qu?il accorde, trop généreusement, prétend-on, à la surcharge, frappant injustement l?exportation de chaque tonne de sucre depuis Balogh. Cet allègement, réclamé à cor et à cri par une industrie sucrière déjà exsangue, se traduit donc, au royaume des rumeurs, par un cadeau, non pas princier, mais pire encore car familial puisque les bénéficiaires sont, allègue-t-on, ?ses cousins et cousines?, bref ceux-là mêmes qui, en 1971, faisaient le pied de grue devant les bureaux de Sir Seewoosagur Ramgoolam et de Gaëtan Duval pour qu?on en finisse une fois pour toutes avec ce marxiste de Bérenger, avec son parti communiste et sa GWF toute-puissante, pour qu?on l?enferme à perpétuité, pour qu?il disparaisse du champ politique et syndical, bref pour qu?on en soit débarrassé à jamais (prière de se référer ici aux assassinats ayant coûté la vie à Fareed Muttur et à Azor Adélaïde, en septembre et décembre 1971 ou encore aux multiples agressions commises par les tapeurs du PMSD sur la personne du même Bérenger).
Celui-ci peut tout supporter de la part de ses adversaires déclarés. En revanche, il ne peut tolérer que des prétendus alliés ou encore des militants, combattant avec lui au sein du MMM, puissent prêter une oreille complaisante à des rumeurs malveillantes et de nature raciste que ses ennemis politiques colportent sur son compte pour le décrédibiliser. Que des idéologues travaillistes s?accrochent désespérément au ballon d?oxygène de Rs 57 millions que le gouvernement MMM-PSM accorde à une industrie sucrière à bout de souffle, passe encore, compte tenu de l?insignifiance dans laquelle est plongé le parti de Seewoosagur Ramgoolam, après la raclée électorale du 11 juin 1982. Les rumeurs perfides que propage le PTr le laissent donc de marbre. Pas question cependant de demeurer impassible quand cette propagande fallacieuse et machiavélique est reprise jusqu?au sein du Conseil des ministres et des autres instances décisionnaires du gouvernement MMM-PSM. Il exige donc de ses collègues une responsabilité collective à toute épreuve mais que certains ministres lui accordent du bout des lèvres seulement.
Paul Bérenger aura beau faire, il ne parviendra pas à extirper ce ver dans la réussite électorale sans précédent du 11 juin 1982. Se sachant inamovible, ce cancer enflera et prendra une influence grandissante jour après jour. Il sait comment opérer et qui grignoter, les uns après les autres. Le baisère caractère de Bérenger lui sera d?ailleurs d?une grande aide. Ce dernier est déjà sorti de ses gonds. Déséquilibré, il se laisse aller à une nervosité grandissante encore que bien compréhensible. Il suffit d?aller pommader ceux (politiciens et hauts fonctionnaires) qui ont été légitimement mais vertement rabroués par le bouillant secrétaire général du MMM. La recette est radicale et même infaillible car elle parvient à transformer, du jour au lendemain, des militants historiques, comptant une décennie de lutte sans relâche, durant les années de braise, en des ennemis jurés du même Bérenger. Petit à petit, notre bourgeoisie d?Etat reprend ses droits, avec l?aide généreuse de quelques nouveaux alliés bien placés.
Pour en revenir à la taxe de sortie, frappant l?exportation du sucre, il faut savoir qu?elle est préconisée par Balogh, dans les années 1960, pour taxer les planteurs ne s?acquittant pas de l?impôt sur les revenus. Pour faire avaler la pilule, le gouvernement travailliste et ramgoolamien l?impose également aux gros planteurs et aux usiniers sucriers. Cela acquis, il n?a plus qu?à en exempter les petits planteurs, à l?encontre pourtant des recommandations de Balogh. Cela fait, le ministre des Finances, Ringadoo, dont on connaît l?allergie pour l?industrie sucrière, la magistrature et le judiciaire, n?a plus qu?à serrer la vis, budget après budget, en augmentant graduellement le taux de cette taxe de sortie. Quand ce dernier aura atteint son point de rupture, on aura recours à la surcharge qui s?élèvera jusqu?à 75% de la taxe de sortie, prétendument pour éponger les gains inattendus d?une ou deux années de dévaluation de la roupie (1979 et 1981). Avant Bérenger, la taxe de sortie et la surcharge de 75% représentent jusqu?à 23% des recettes brutes de l?industrie sucrière, payables, bien sûr, par les seuls gros planteurs et usiniers-planteurs, au nom du principe ?Touche pas à mes petits planteurs !? Tianli est l?exception confirmant cette règle.
Il faut encore savoir que, si l?allègement représente une économie de Rs 57 m, la seule compensation salariale, imposée, en juillet 1982, par le gouvernement MMM-PSM coûtera Rs 50 m aux mêmes employeurs sucriers. Mais ce dernier détail ne saurait intéresser les idéologues travaillistes et leurs nouveaux alliés, embusqués au sein du nouveau Conseil des ministres. Le mot d?ordre demeure : Haro sur Paul Bérenger ! Il restera en vigueur jusqu?en mars 1983.
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