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André Masson explique l?étouffement de Loys

7 août 2007, 00:00

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Nos réminiscences ont récemment fait état de la thèse de doctorat de la regrettée Berthe du Pavillon sur le rôle du paysage mauricien dans l??uvre romanesque des frères Masson. Elle y met, entre autres, l?accent sur l?importance de l?étouffement dans l??uvre principalement de Loys Masson.

En fait d?étouffement, c?est nous, Mauriciens, qui avons manqué d?en être sujets, en lisant l?édito du Point de Paris et de cette semaine, dans lequel un certain Patrick Besson, parlant du catalogue du célèbre libraire Dominique Gaultier, véritable providence des bibliophiles en quête d?éditions rarissimes, se permet de vitupérer parce que ledit Gaultier s?honore de posséder huit livres de Loys Masson, valant chacun entre 15 et 150 euros (plus de Rs 6 000). Ce Besson ose écrire : ?Même moi, je ne sais qui est Loys Masson. Un lecteur pourrait-il me renseigner ?? Ce serait à désespérer si notre ambassade à Paris n?écrit pas sur le champ à la rédaction de Le Point pour lui conseiller de demander à son Besson de service d?ouvrir le Grand Larousse Universel, Tome 10 (Manteau à Neyveli), édition 1991, page 6 730. Il pourra y lire une vingtaine de lignes consacrées à Loys Masson, écrivain mauricien, poète de la Résistance où il fait d?ailleurs la connaissance de Pierre Seghers. Nous n?y sommes pour rien si la même encyclopédie parle également mais ailleurs d?une Colette Besson, championne de 400 m., à Mexico, de Beuno Masson, acteur et metteur en scène suisse, d?Antoine Besson, général français et même d?un amiral égyptien Besson Bey, mais sans juger utile de renseigner ses lecteurs et usagers au sujet des hauts faits de Patrick Besson.

A l?heure où ce dernier affiche son ignorance crasse à l?égard de l?auteur du Notaire des Noirs et des Noces de la Vanille, il nous est agréable de relire ce qu?écrivait sur Loys Masson, il y a un quart de siècle, son frère, André, encore meilleur romancier que son aîné, encore que nous comprenons que Le Grand Larousse Universel, ayant chanté les louanges de Loys, préfère passer sous silence les talents littéraires et artistiques de ses frères, André et Hervé.

En août 1982, André Masson reprend donc le thème de l?étouffement dans l??uvre mais aussi dans la vie de son frère, Loys. Il cite Berthe du Pavillon qui voit dans l?étouffement des Masson ?un besoin irrésistible de sortir de l?île Maurice, quitte à y revenir en imagination (Loys) ou en réalité (André)?. Il confirme la justesse du point de vue de notre thésarde.

André raconte ses deux entrevues parisiennes avec Loys, rue Marcel-Renault, seizième arrondissement. Il lui demande quand compte-t-il revenir à Maurice ? Sa réponse est tranchante : ?Jamais !? André conclut : Le Mauricien Loys s?était cassé. Il fuyait cette cassure. Son ?jamais? confine à la contestation du malade ou du prisonnier qui refuse péremptoirement se retrouver de l?autre côté de ses barreaux ou de sa chambre d?hôpital. Loys réfléchit et explique à André. Rien ne s?oppose à son retour au pays natal. Mais il ne veut pas y retourner.

André Masson comprend. On n?affronte pas impunément son passé, si court soit-il. La crainte de revoir Maurice l?emporte sur le plaisir de revoir son île natale. ? Corsaire, il évite l?Isle de France?. Son trésor est ailleurs. La pauvreté et les problèmes moraux connus à la rue Meldrum, Curepipe, y sont pour quelque chose. Pour Loys, le mal c?est son île natale.

L?étouffement est cependant commun à toute littérature en tant que puissance incantatoire. ?Tout art naît au fer?. Il y a aussi cette impossibilité de plénitude qui prend à la gorge. Il est vrai que tous les peintres ne sont pas Van Gogh ni tous les écrivains Antonin Artaud. L?écrivain sait qu?il joue avec des mots chargés de créer ce qui n?existe pas. Il en résulte une solitude, se fondant sur l?absence inévitable de toute aide en matière de création littéraire mais aussi sur le risque d?un déséquilibre, celui du mot qui trompe qui provoque le dérapage.

Trop subtil peut-être pour un Patrick Besson que la honte, fruit de l?ignorance crasse, n?étouffe peut-être pas.

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