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« Douch », un bourreau khmer rouge devant le tribunal

4 août 2007, 20:00

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« Douch », un bourreau khmer rouge devant le tribunal

Les juges du tribunal spécial Khmers rouges (TRK) ont procédé, le 31 juillet à Phnom Penh, à leur première inculpation, donnant ainsi le signal d?une accélération des préparatifs en vue du procès du génocide qui a coûté la vie à près de deux millions de Cambod-giens entre 1975 et 1979 sous l?égide du régime du Kampuchea démocratique, d?inspiration maoïste.

L?ancien directeur d?un centre de torture, Kang Kek Ieu, alias « Douch », a été formellement inculpé de « crimes contre l?humanité » et aussitôt placé en « détention provisoire » dans la prison dépendant du tribunal situé dans la banlieue de Phnom Penh.

Des détenus torturés puis exécutés

Âgé de 64 ans, « Douch » était déjà incarcéré dans une prison militaire depuis 1999. Il avait dirigé le centre de Tuol Sleng ? aussi dénommé S21 ?, un ancien lycée transformé en prison où avaient été détenus, torturés puis exécutés quelque 16 000 hommes, femmes et enfants. Symbole du génocide perpétré par le régime des Khmers rou-ges, Tuol Sleng a depuis été réaménagé en musée du souvenir.

Après la chute du régime du Kampuchéa démocratique en 1979, chassé par une intervention militaire du Vietnam, « Douch » avait disparu durant près vingt ans avant d?être identifié puis arrêté. Il s?était converti au christianisme pendant cette période de clandestinité.

Cette première inculpation marque un tournant dans le processus judiciaire visant à juger les responsables du génocide. Depuis sa mise en place l?été 2006, le tribunal spécial Khmers rouges, fruit d?un laborieux compromis entre le gouvernement cambodgien et les Nations unies, s?était enlisé dans des querelles de procédure au point de faire douter de la tenue finale du procès.

Harmoniser le droit cambodgien

La principale difficulté à surmonter tenait à son caractère hybride, mi-national mi-international. Les vingt-neuf juges (dix-sept locaux, douze étrangers) ont perdu quasiment un an à tenter d?harmoniser le droit cambodgien, legs de l?ère coloniale française, et le droit international d?inspiration anglo-saxonne. handicap technique sont venues s?ajouter des « manigances politiques » dénoncées par l?organisation Human Rights Watch, qui a mis en cause le rôle du premier ministre Hun Sen.

Un accord sur un code de procédure interne est finalement intervenu le 14 juin. Un mois plus tard, les procureurs affectés au tribunal ont remis aux juges une liste de cinq noms de dirigeants khmers rouges ? dont l?identité n?a pas été révélée ? susceptibles d?être inculpés. Le signal envoyé était clair : le tribunal entrait vraiment dans le vif de ses travaux.

L?inculpation de « Douch » devrait être suivie de celles d?autres chefs khmers rouges : Nuon Chea, dit « Frère numéro deux », l?ex-ministre des affaires étrangères Ieng Sary, l?ex-président du Kampuchea démocratique Khieu Samphan et Meas Muth, gendre du chef militaire Ta Mok, mort en 2006. Le grand inspirateur du régime khmer rouge, Pol Pot, dit « Frère numéro un », est quant à lui décédé en 1998.

@ 2 007 Le Monde ? Frédéric BOBIN (Distribué par The New York Times Syndicate)

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