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L?habit ?
Le vêtement n?est pas seulement une protection contre les rigueurs du climat ; c?est une façon manifestée de se savoir différent. Même élémentaire, il y a toujours une recherche dans l?habit. Elle culmine dans la parure féminine, qui sacrifie à la mode du temps, de l?argent et un certain goût de se différencier, de paraître hors de l?ordinaire. Le vêtement a toujours signifié un sens : dans la hiérarchie, dans l?appartenance à un groupe, au cours des périodes de la vie. Les jeunes gens ne s?habillent pas comme les gens « d?un certain âge ». L?habit est un symbole, de ce que l?on fait, de ce que l?on est. De ce que l?on pense, au vu d?une tenue vestimentaire, déjà deviner, estimer à quelle sorte d?individu l?on a affaire. D?ailleurs, l?objet du déguisement est justement de tromper sur sa personne, de « déguiser » qui l?on est en profondeur.
L?aspect social du vêtement est de renseigner sur ses activités : civiles, militaires, ecclésiastiques. Certaines femmes sont très sensibles à l?uniforme d?un (bel) officier, ? le succès galant du « midship » est bien connu? Autrefois, dans les armées napoléoniennes, les uniformes étaient particulièrement flamboyants.
Mais c?est dans l?élégance vestimentaire, dans la recherche et la distinction qu?apparaît surtout le rôle sophistiqué du vêtement ? bien que la riche complication des toilettes d?antan se soit beaucoup simplifiée? Cependant il garde ses deux fonctions de toujours : rehausser les qualités esthétiques d?un corps, et en cacher les imperfections. D?anciennes gravures, des tableaux des siècles passés nous montrent des physiques transformés par des accessoires plus ou moins incommodes : tortures des guimpes et des corsets, pour parvenir à d?invraisemblables « tailles de guêpe » ; vertugadins, (sorte de panier au bourrelet) pour gonfler la robe. D?ailleurs superposés, tout de dentelles et de guipures ; profusion de rubans, soie et satin mêlés, etc. Une vieille chanson des années 30 évoque encore toute cette légèreté des robes d?antan : « Frou-frou, la femme séduit surtout/par son gentil frou-frou? ». En 1678, La Bruyère écrit, dans ses caractères : « On se récrie contre une telle ou une telle mode, qui, cependant, toute bizarre qu?elle est, pare et embellit pendant qu?elle dure, et dont l?on tire tout l?avantage qu?on peut espérer, qui est de plaire. Et Baudrillard, dans un ouvrage sur « l?économie politique du signe » :?
« Il semble bien que la norme des attitudes de consommation soit tout à la fois celle de distinction et celle de conformité. C?est aussi paradoxe de la mode : chacun s?affuble de signes distinctifs qui finissent par être ceux de tout le monde. »
Nous parlions de l?abondance des tissus des modes anciennes aujourd?hui, c?est le « près du corps » qui prévaut, et même le parfaitement collant qui, de par l?élasticité des étoffes, épouse complètement l?anatomie féminine?, à leurs risques et périls? Il y a en effet des lignes que l?on peut souligner pour l?agrément du « voyeur » d?autres, ma foi, qui gagneraient à s?inspirer des anciennes flous « vagues »? Mais, comme disait Baudrillard, il faut être comme tout le monde, tant pis pour les bourrelets disgracieux et les ventres débordants? On est comme on est ! ça se vérifie sur ces plages aux seins nus, qui ne sont pas toujours des spectacles appétissants, et auraient coupé l?inspiration d?un Praxitèle ou d?un Renoir?
En fait, ces tenues « stretch » révèlent et soulignent beaucoup plus les formes corporelles qu?elles ne les cachent. C?est une seconde peau. Alors, comment expliquer ces retours périodiques vers la mode « retro » ? Obsession du changement, goût de mélanger le nouveau et l?ancien, caprice de couturier, nostalgie d?époques révolues, où tout n?était pas si mal ? le « new look », par exemple, jolie mode créée par Christian Dior en 1947? Ce qu?il y a de certain, c?est que le goût du pratique, du simple, du naturel prévaut aujourd?hui, chez l?homme comme chez la femme ; les gens sont actifs, contraints à la rapidité, ils n?ont pas envie d?être « gênés » dans leurs mouvements. La mode est moins de parade que d?usage quotidien. Chaque mode est représentative d?une époque ; elle est partie de notre histoire.
Est-il vrai que « l?habit ne fait pas le moine ? » S?il s?agit d?un ordre religieux, y « prendre l?habit » reste un symbole fort. On « dépouille le vieil homme », comme disait Saint-Paul, pour entrer dans une nouvelle vie.
Mais le recours au vêtement, c?est avant tout cette conscience de la nudité, qui n?existe que chez l?homme. Les bêtes ne s?habillent pas (sauf chez La Fontaine?) Car le Nu est l?intimité vivable du Moi ; on ne le partage pas avec n?importe qui.
En revanche, le vêtement permet de dire et de montrer la personnalité que l?on a choisi de partager avec quiconque. Pour mieux protéger son être?
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