Publicité
Contradictions dans la politique de démocratisation de l?économie
Par
Partager cet article
Contradictions dans la politique de démocratisation de l?économie
Le Dr Navin Ramgoolam et l?Alliance sociale ont fait du projet de démocratisation de l?économie mauricienne une des priorités politiques de leur gouvernement. Mardi 26 juin lors de son intervention à l?Assemblée nationale sur le discours du budget 2007-2008, le Premier ministre a laissé entendre qu?il ne reculera devant rien pour mener à bien son projet de démocratisation de l?économie mauricienne. Toutefois, il a tenu à rassurer la population en soutenant que démocratiser l?économie ne signifie pas déposséder une catégorie de citoyens au détriment d?une autre, comme cela s?est pratiqué au Zimbabwe sous le régime Mugabe.
Selon lui, démocratiser l?économie signifie créer de l?espace additionnel pour que tous les autres Mauriciens, qui n?ont pas eu la chance d?émerger sur le plan économique, puissent participer, eux aussi, à l?effort national de raffermissement de notre économie par le biais de l?Empowerment Programme du gouvernement. Il affirme que son gouvernement compte aller jusqu?au bout dans cette tentative : créer un ?level playing field? pour cette autre catégorie de Mauriciens (qui exactement, défini par quels critères ?) pour leur donner l?occasion de participer pleinement à l?économie. Il se défend contre l?accusation que la démocratisation de l?économie a pour objectif principal de s?attaquer à une section de la population mauricienne.
?Ce n?est pas un péché d?être riche aussi longtemps que l?on n?empêche pas les autres de devenir riches aussi.? Le Dr Ramgoolam a soutenu que la démarche de son gouvernement est motivée par le principe qu?il souhaite voir s?établir dans le pays : ?A nation of fairness and opportunity for all.? Aussi, il se dit convaincu que la démocratisation de l?économie n?a pas de sens s?il n?implique pas l?ouverture vers de nouveaux acteurs du développement. A son avis l?Empowerment Programme et démocratisation de l?économie vont de pair. Le premier est loin d?être une motivation primaire pour exproprier les gens. Au contraire, il va aider à créer de nouvelles opportunités pour tout un chacun, avec des nouveaux acteurs qui opèrent sur le même pied d?égalité que ceux qui sont déjà engagés dans cette voie.
<B>Manque de débats</B>
Il y a 18 mois que le gouvernement a mis sur pied la Commission sur la démocratisation de l?économie. Cette Commission, il nous semble, prend une fausse et dangereuse route en dressant des listes de ceux ?a qui il faut casser les reins?, plutôt qu?en explorant les moyens ethiques et légaux d?ouverture aux autres.
Mises à part ces deux personnes à qui la presse écrite et parlée a ouvert ses colonnes et ses antennes pour faire connaître la position du gouvernement, l?opposition est restée silencieuse sur la question. Alors qu?un vrai débat aurait permis à l?ensemble de la population d?en saisir les objectifs et de se faire une idée de l?avantage que le pays pourrait tirer de ce projet gouvernemental.
Démocratisation de l?économie. Quels sont ses mythes et ses réalités ? Ces derniers temps on a eu droit à des débats superficiels et démagogiques venant principalement des personnes issues de la classe politique. Leurs commentaires frisent parfois le communalisme.
Par contre, dès que nous évoquons l?économie, il nous vient à l?esprit l?initiative individuelle, quelqu?un qui a eu le sens des affaires et qui a fait fructifier ses capitaux en misant sur les facteurs de risque que comporte une entreprise. Doit-on partager ce qu?on a à gagner de par sa seule initiative individuelle et au prix de durs labeurs ? Cela n?a pas de sens. Notre Malcolm de Chazal national a trouvé juste quand il écrivait cet aphorisme : ?L?homme est communiste des biens d?autrui et conservateur de ses propres biens.? Rien ne nous empêche de remplacer le mot communiste par celui de démocrate, puisque nous sommes à parler démocratisation de l?économie !
On critique le manque de transparence au niveau du recrutement dans le secteur privé aussi bien qu?au secteur public. Prenons pour exemple l?octroi de bourses offertes au pays à travers le gouvernement et qui devraient être attribué sans favoritisme aucun. Peut-on reprocher aux entreprises familiales de recruter leur personnel auprès de leurs seuls actionnaires, d?être dirigées par des membres de la famille, alors qu?il est aussi vrai que certains cadres médiocres, sans leur backing politique ne seraient jamais parachutés à des postes de responsabilité dans le secteur public et qui dépassent leurs compétences. Idem pour les membres faisant partie du conseil d?administration des entreprises.
<B>Harmoniser ses paroles et non se contredire</B>
S?il est nécessaire de reprocher à certaines grandes familles franco-mauriciennes de réserver le top management et le conseil d?administration pour elles, qu?en est-il des entreprises ou les autres communautés sont propriétaires ? Ni eux ni de nombreux corps para-publiques, comme le Central Electricity Board, la Central Water Authority, la State Trading Corporation, Air Mauritius, Mauritius Telecom et les autres n?en font pas mieux. Ces derniers sont très souvent dirigés par des nominés politiques qui ne sont pas les ?right men in the right places? et qui, de par des gabegies, font le pays tout entier en faire les frais. Dans le cas de ces grandes entreprises traditionelles du pays, à l?heure de la mondialisation, elles n?ont guère le choix que de privilégier la compétence et l?efficience pour demeurer compétitives. On parle de démocratiser le recrutement dans le secteur privé. Est-ce que les politiciens se sont interrogés de leur rôle néfaste dans le recrutement de certains ?colleurs d?affiches? à des postes de responsabilité au sein de certains organismes parapublics ? La question qui se pose aujourd?hui : est-ce qu?il existe un racisme anti-creoles-blanc dans ce pays ? La perception est évidente. Pour des raisons politiques, on a repris à IBL les terres d?Agaléga, sans consulter la population et pour des raisons encore obscures (un deuxième Diego, cette fois pas par la faute des Anglais ?) Catovair, la petite compagnie d?aviation, s?est attirée une punition pour avoir osé rivaliser avec la compagnie nationale Air Mauritius.
On a poussé à la fermeture l?usine Desbro et jeté au chômage quelque 180 pères de famille en leur refusant une augmentation des prix de fers de construction. Deux jours après qu?une compagnie sud-africaine a conclu un accord pour le rachat de l?usine, le ministre de tutelle a donné son aval pour une augmentation des prix, mais c?était trop tard. On a voulu indirectement protéger une compagnie rivale en cassant les reins à Desbro.
Revenons à cette brillante phrase du Premier ministre : ?A nation of fairness and opportunity for all? pour réclamer avec force que ses paroles et actes s?harmonisent et non pas se contredisent !
172 ans après l?abolition de l?esclavage à Maurice, on continue à montrer certains du doigt pour se donner bonne conscience. Où est le réel pouvoir économique dans le Maurice d?aujourd?hui ? Il est aussi chez le secteur public, chez d?innombrables groupes, de personnes (autres que ces quelques franco-mauriciens) et cela dans tous les secteurs de l?économie (transport, agriculture, industries, tourisme, business, banques, etc). Il faut une recherche scientifique basée sur les faits afin de déconstruire certains lieux communs et rétablir ce ?fairness to all?, essentielle a la démocratie.
Il existe nombre de contradictions dans la réalisation de cette politique de démocratisation de l?économie. Un consensus s?est dégagé entre nos divers partis politiques sur le type de développement économique à être envisagé pour l?île Maurice. On a opté pour l?économie libérale du système capitaliste. Nos politiques doivent assumer les conséquences de ce choix... Parallèlement à l?accès d?un très grand nombre de nouveaux dans l?entrepreneuriat, l?Etat doit veiller à ce que ces bases économiques traditionnelles progressent et se diversifient dans des domaines non prévus initialement car elles ont le droit d?exister et qui plus est, contribuent à la richesse de la Nation et à faire baisser le chômage. Elles sont aussi les grandes pourvoyeuses de la taxe que le secteur public se hâte de dépenser.
Le sort d?une entreprise est intimement lié à son environnement légal et social mais aussi à son contexte géographique et son environnement naturel. C?est de ce côté qu?il faut que l?Etat réagisse. Il faudrait une loi anti-cartel, des normes bien definies et bien appliquées sur l?environnement, un cadre légal clair et facilitateur, transparent et sans corruption. Nos entreprises ne pourront pas concurrencer avec les entreprises étrangères dans une économie globalisée sans le meilleur management et les meilleures innovations dont Maurice est capable.
?La démocratisation de l?économie consiste en l?ouverture aux citoyens des opportunités économiques.? (C.Sayed Hossen, Président de la La Commission sur la démocratisation de l?économie, l?express 23.7.2005). Cette commission pourrait tester ses théories démocratisation par la dépossession(même indirecte) en demandant avec force à cette ancienne ministre qui s?est fait construire un grand nombre de flats à Quatre-Bornes d?en faire cadeau de 3x2 flats pour les sans-logis de la ville. En attendant la réponse, méditons ensemble sur le sens profond du slogan ?liberté, égalité, fraternité? qui vient d?etre célébré ce 14 juillet dernier !
<B>Old Royals and Friends (ORAF)
Juillet 2007</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents