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Une femme de béton
Il est 6h30. Son sac sur l?épaule, de grosses bottes noires boueuses aux pieds, Angélique Ravina se rend sur son lieu de travail? un chantier de construction. Profession : maçon. Eh oui ! Le quotidien de cette mère de trois enfants est fait de ciment, de briques, de manhole et de coffrages. A 35 ans, elle compte déjà dix ans dans la construction en tant que maçon.
Costaud, on la sent à l?aise dans ce travail. Rien ne lui fait peur ; truelle, pelle ou même breaker. Les travaux légers ne la branchent pas. ?J?aime les travaux durs qui font transpirer. Comme ça, je sais que je mérite mon salaire.? La conscience professionnelle n?est décidément pas un vain mot chez elle.
Une quinzaine d?années de cela, le travail étant peu abondant à Rodrigues, sa terre natale, Angélique quitte son village de Grande-Montagne et s?installe à Maurice. Pour travailler comme baby-sitter dans un premier temps. Mais, peu de temps après, elle regagne Rodrigues en se disant que ce travail n?est pas fait pour elle. Elle commence à travailler avec son père qui est maçon. Après quelque temps, elle revient à Maurice et travaille comme banian, c?est-à-dire qu?elle achète des poissons avec des pêcheurs pour les revendre ensuite. Elle deviendra par la suite laboureur dans des champs de canne. Simultanément, elle exerce comme maçon lorsque les occasions se présentent et travaille également dans une plantation de tabac. Un ?travail léger? duquel elle reçoit Rs 20 par jour. Après quoi, elle passe six ans dans une conserverie de thon, dont cinq années à travailler le soir, et une année le matin. Ensuite, elle intègre une première compagnie de construction puis elle passer à Sotravic, compagnie de construction et d?ingénierie civile.
Angélique a trois s?urs et trois frères, dont un qui travaille dans son équipe. Car Angélique n?est ni plus ni moins que la chef d?une équipe à Sotravic. Signifiant qu?elle est à la tête de quelques 12 hommes.
Comment se passe la cohabitation avec les hommes sur le chantier ? ?J?ai remarqué que lorsqu?un homme dit à un autre de faire un travail, certains se montrent un peu réticents. Mais quand c?est une femme qui demande, ils sont plus respectueux et obéissants?, explique Angélique. Résultat : un travail qui pouvait prendre deux semaines se termine en une semaine ! Ce qui amène la jeune femme à dire que les hommes et les femmes se complémentent dans la construction comme dans tout autre métier. ?Je ne dis pas que dans ce métier, les hommes doivent laisser la place aux femmes. Ce qu?il faut, c?est un mélange des deux.? Quant à ses débuts sur un chantier de construction, elle avoue que d?abord, ses collègues masculins ?in trouv sa drol? qu?une femme exerce ce métier traditionnellement réservé aux hommes. Certains sont même un brin inquiets :
?Costaud, on la sent à l?aise dans ce travail. Rien ne lui fait peur ; truelle, pelle ou même ?breaker?. Les travaux légers ne la branchent pas. ?J?aime les travaux durs qui font transpirer. Comme ça, je sais que je mérite mon salaire.??
?Tu es sûre de te sentir à l?aise dans ce métier ?? Elle souligne toutefois que jamais ils ne l?y ont découragée. Ebahis peut-être par son amour du métier.
Car être maçon, elle aime ça. Une preuve s?il en faut : elle ne s?est jamais absentée du travail. Même si quelques collègues hommes manquent à l?appel. ?Zot vini, zot pa vini, mwa mo fer mo par travay san problem.?
Du côté de sa famille, comment ont-ils pris le fait qu?Angélique embrasse cette carrière peu commune à la gent féminine ? Elle déclare que sa famille était contente car déjà quand elle avait une quinzaine d?années, elle accompagnait et aidait son père qui était maçon sur les chantiers. Son benjamin, qui est actuellement en Standard III a moins bien réagi par contre. ?Mami, sa mem travay tonn swazir pou to fer ?? A cela, Angelique répond que c?est un travail où elle se sent à l?aise et ?ki pa pou tonbe zame. Toultan pou bizin mason? Son deuxième fils, âgé de 11 ans, est plus conciliant. Il lui a d?ailleurs déjà signifié son intention de travailler dans son équipe.
Autre travail où elle se sent à l?aise, son job de ?videuse? dans une discothèque où elle est la seule femme à exercer parmi une dizaine d?hommes. Travail qu?elle fait en week-end pour ne pas se sentir seule, car toute sa famille, y compris ses trois enfants, sont à Rodrigues.
Afin d?éviter le gaspillage de ressources humaines, diverses organisations se sont regroupées pour sensibiliser les femmes à travailler dans des secteurs non traditionnels. C?est ainsi que plusieurs femmes licenciées ou chômeurs ont pu entrer en contact avec Angélique à travers des réunions. Angélique a ainsi pu constater de visu le regard qu?elles portent sur les secteurs non traditionnels. ?Certaines me disent qu?elles ne sont pas à l?aise à travailler avec les hommes. A celles-là, je dis que nous sommes entourés d?hommes ; notre père, nos frères. Il faut briser ces tabous pour avancer.?
Trois ans chez Sotravic, cela en fait des anecdotes. Comme celle que nous raconte Pierre Ah-Sue, managing director de Sotravic et président de la Building and Civil Engineering Contractors Association. Un matin alors qu?il effectuait une visite sur un chantier à La Tour Koenig, il aperçoit une femme s?activant dans un manhole (trou). Surpris, il s?exclame ?Ki ou pe fer isi ?? Et à Angélique de rétorquer : ?Be mo travay pou ou?. Angélique en était à son huitième mois chez Sotravic.
?Il y a du travail pour tout le monde dans la construction, homme ou femme?, selon Pierre Ah-Sue. Il est d?avis que ?30 %, voire même, 50 % de femmes dans le secteur de la construction, ce n?est pas un rêve. Cela dépend de ce que souhaitent les femmes? affirme Pierre Ah-Sue. Car ce dernier est convaincu que ?les femmes peuvent faire aussi bien que les hommes, sinon mieux?.
Forte de cette conviction, Sotravic donne un coup de main à Angélique dans ses démarches pour obtenir un permis d?entrepreneur. Avec ce permis, Pierre Ah-Sue pense qu?elle sera ?une valeur ajoutée pour Sotravic aussi bien que pour n?importe quelle autre compagnie pour qui elle fera de la sous-traitance?.
Quoi qu?il en soit, ce pas qu?a franchi Angélique il y a dix ans en devenant maçon, équivaudra à un pas de géant pour d?autres femmes dans ce secteur sous peu, car ?à travers vous, je pourrais recruter beaucoup d?autres femmes?, promet Pierre Ah-Sue. De très bon augure pour ce nouvel épisode mettant en scène les femmes dans la construction !
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