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Sartre ou l?impossible coïncidence avec soi
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Sartre ou l?impossible coïncidence avec soi
Le philosophe de l?existentialisme n?a de cesse de nous donner matière à réflexion. Tout part d?une conférence qui n?a jamais eu lieu. Elle aurait duûse tenir aux Etats-Unis, mais guerre du Vietnam oblige, Jean Paul Sartre n?a pu s?y rendre. C?était en 1965.
Quarante ans plus tard, ses notes inédites ont été publiées dans un ouvrage intitulé Morale et histoire, Les temps modernes, du titre de la revue qu?il fonda. Textes sortis en 2005, ils ont fait l?objet du colloque annuel du groupe d?études sartriennes (rassemblement de chercheurs et de spécialistes de Sartre), tenu du 22 au 23 juin dernier à la Sorbonne Paris IV.
Un processus d?examen de soi
Parmi les communications figurait celle de Vèle Putchay, chargé de cours au MIE. Sa proposition : la quête d?une morale comme recherche d?une impossible coïncidence avec soi chez Jean-Paul Sartre.
En clair : retracer la quête d?une morale chez l?écrivain, depuis son premier ouvrage philosophique, l?Etre et le Néant (1943) jusqu?aux derniers écrits publiés : Morale et histoire (2005).
?Cela concerne tout le monde.? Vèle Putchay s?explique : ?Nous avons tous un idéal que nous voulons atteindre, une image de ce que nous voulons être plus tard. On dit souvent que l?on réussit sa vie quand on peut enfin faire ce que l?on veut, mais dans la réalité, on n?est jamais satisfait, nous avons constamment des désirs, d?où la coïncidence impossible avec soi.?
Décortiquant davantage ce processus d?examen du soi, le chargé de cours poursuit le raisonnement. Expose cette recherche comme celle de l?accomplissement de l?être parfait, l?être moral. Une éthique impossible à atteindre. Ce qui lui fait dire que, ?pour Sartre, la recherche de la morale est nécessaire mais impossible?.
Une fascination pour Jean-Paul Sartre
Etat irréalisable que Vèle Putchay explore à travers diveres avenues. Etablissant dans la foulée, ?la distinction fondamentale chez Sartre entre le désir et le besoin. Selon lui, c?est le désir qui est à l?origine de la recherche éthique et non le besoin?.
La réflexion du chargé de cours trouve sa source dans sa thèse de doctorat de lettres modernes, soutenue en 2003 à l?université Marc Bloch de Strasbourg. Elle avait pour titre ?Jean-Paul Sartre : la recherche d?une coïncidence avec soi.?
Interrogé sur sa fascination pour l?écrivain et philosophe décédé en 1980, Vèle Putchay lève le voile sur sa quête personnelle. ?Quand je préparais la licence en philosophie, je me suis demandé quel était mon rapport avec la littérature.? L?étudiant d?alors sent bien que ses difficultés, son ras-le-bol des fois, qu?il n?est pas en phase avec les histoires qu?il lit. ?Pour la maîtrise, j?ai cherché un auteur qui soit en rapport avec mon existence.? C?est là qu?il s?est souvenu du Sartre de ses années de collège. Un auteur qu?il n?a plus quitté. Vèle Putchay prépare maintenant une Habilitation à diriger les recherches ( HDR) dans le cadre de ses études post-doctorales.
EXTRAIT
Sartre face à l?impossible
■ ?Sartre a bien évidemment poursuivi sa recherche au-delà de l?Etre et le Néant, dans ses ?uvres littéraires, essayant de faire une morale avec les mêmes principes originels : ? dans Les Mouches, il a cherché une éthique fondée sur la libre entreprise de l?individu et de la responsabilité ;
? dans Huis clos, il a posé l?ébauche d?une morale sur ?les relations concrètes avec autrui? ;
? dans La putain respectueuse, il a posé le problème de la morale dans son rapport avec la responsabilité devant le choix ;
? dans Les séquestrés d?Altona, il a montré comment l?attitude de la mauvaise foi, en détruisant le sens de laresponsabilité chez l?homme, représente un obstacle à la construction même d?une morale.
En fin de compte toute sa notion éthique a subi une série de transformations :
? au départ, elle était de nature abstraite ;
? puis, c?était la théorie de l?action ;
? puis c?était la fin de la morale à valeur individuelle (annoncée dans Le Diable et le Bon Dieu) ;
? puis, les valeurs positives engendrées par un vrai réalisme pragmatique et révolutionnaire (Les mains sales et Morts sans sépulture)
? ensuite, une morale qui tend vers celle de l?humanisme (Les séquestrés d?Altona)
? et enfin, c?était la volonté de ?trouver l?universel dans l?Histoire? (lorsqu?il avait découvert la valeur de l?historicité ? ce qui explique aussi ce texte de Morale et Histoire)
En fin de compte, toute quête sartrienne de la morale a buté contre un absolu irréalisable. Aucune morale n?a été possible. Et Sartre a fini par avouer sa difficulté et son désintéressement??
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