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Le devoir de cohérence

12 juillet 2007, 00:00

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<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>

D?aucuns ont salué comme un acte de ?transparence? la publication par la Banque de Maurice (BoM) d?un Monetary Policy Statement expliquant les recommandations du Monetary Policy Committee (MPC). Mais c?est quelque chose qui est prévu par la section 55 (4) du Bank of Mauritius Act 2004. Or, dans la mesure même où il y a obligation de transparence, tout signal monétaire risque d?être brouillé si les membres du MPC ne s?attribuent pas un devoir de cohérence.

Le marché aime la transparence, mais pas la cacophonie. Il avait bien anticipé un relèvement du Repo Rate le 30 juin dernier. Cependant, à la lecture de la Déclaration de politique monétaire justifiant cette mesure, on se rend compte que le quantum de la hausse qui a été décidé (75 points de base) a été obtenu à l?arraché. Il a reçu le vote de trois membres du MPC alors que trois autres membres ont prôné 50 points de base. En tant que président du MPC, le gouverneur de la BoM, Rundheersing Bheenick, n?a pas voulu utiliser sa voix prépondérante, mais a laissé la décision finale à son conseil d?administration.

Ce qui est frappant, c?est que le septième membre restant a voté carrément à l?opposé de ses collègues, soit pour une baisse du Repo Rate. C?est là une belle incongruité, indiquant que le MPC peine à trouver ses marques. Dans d?autres pays, les votes sur le taux d?intérêt sont divisés entre maintien et hausse, ou entre maintien et baisse. C?est dire qu?il y a matière à professionnaliser notre MPC, car ses problèmes de dentition pourraient déstabiliser le marché.

Ces dernières années, nos législateurs ont eu la fâcheuse manie de créer toutes sortes d?institutions pour finalement constater un manque de compétences requises pour un fonctionnement efficace de ces institutions. Parmi celles-ci se trouve le Comité de politique monétaire, et c?est ce qui explique tout le retard pris dans sa mise en ?uvre.

On a voulu calquer notre MPC sur le modèle de la Banque d?Angleterre. Le problème est que l?île Maurice n?est pas l?Angleterre où existe un vaste choix d?experts indépendants et qualifiés en politique monétaire. Idéalement, un MPC ne devrait être constitué que de tels experts. Mais il y en a très peu chez nous. Le plus grave, c?est ce curieux équilibre ethnique entre les membres du conseil d?administration de la BoM.

On ne réglera pas ce problème en cessant de rendre publique la composition des votes du MPC. La publication de celle-ci est importante dans la mesure où elle s?avère être une grille de lecture pour le marché en anticipation du prochain ?move? du taux directeur. Et moyennant qu?on restructure correctement le MPC par rapport au contexte mauricien, il serait même valable que chaque vote soit nominalement identifié.

Le vote anonyme n?a rien servi. Il est facile de déduire que les trois membres du MPC ayant voté pour une hausse de 75 points de base ne pouvaient être que le gouverneur et ses deux adjoints. On ne nous fera pas croire qu?ils ont été désavoués par le conseil d?administration de la BoM qui s?est rallié à cette mesure par un vote de 6 contre 3 !

Mais ils pourront se retrouver en minorité au sein du MPC à l?avenir. A part eux, deux membres du conseil et trois membres extérieurs y ont droit de vote. Stefan Gerlach sera le huitième votant qui fera son entrée à la prochaine réunion du MPC. Un amendement à la loi accordera au Comité de politique monétaire le pouvoir de décision finale sur le Repo Rate.

Ainsi donc, le gouverneur et les deux vice-gouverneurs, qui représentent la direction de la BoM, ne détiendront que trois votes sur huit. Pourtant, de par leur travail, ils sont rompus aux mécanismes des taux d?intérêt et des taux de change, étant quotidiennement en contact avec les acteurs du marché. Imaginez un instant qu?ils soient mis en minorité sur une décision du Repo Rate. Une fois, ça passe. Deux fois, ça dérange. Trois fois, ça démissionne !

Le gouverneur de la BoM serait bien embarrassé de devoir expliquer en public une décision qui ne lui appartient pas. Lorsque son homologue de la Banque d?Angleterre, Mervyn King, fut mis en minorité le mois dernier, il savait que le marché n?allait pas lui pardonner s?il devait se retrouver dans la même situation le mois suivant. Du coup, il obtient la majorité le 5 juillet pour faire monter le taux d?intérêt. Il y va de l?autorité et de la crédibilité de la banque centrale.

On peut éviter ce dilemme à Maurice en remplaçant, parmi les huit membres votants du MPC, un des deux membres du conseil par un quatrième membre de la direction de la BoM, en l?occurrence le directeur de recherches. Ce dernier siège actuellement au MPC comme observateur. On peut raisonnablement penser que les quatre membres de la direction ont les mêmes points de vue.

En cas d?un partage équitable des votes (4-4), le gouverneur pourra faire valoir sa voix prépondérante. Si son opinion est contestée au sein de la direction, il courra le risque d?être en minorité, et cela aura un sens aux yeux du public. Pour que cela arrive, il faudra que les quatre autres membres du MPC viennent avec des arguments solides. Il tient à eux de convaincre la direction de la BoM, et non l?inverse.

Comme le Bank of Mauritius Act 2004 sera bientôt amendé, cela devrait être l?occasion pour le gouvernement de revoir la structure du MPC. En sachant que la politique monétaire ne relève pas que de la technicité. Elle résulte aussi d?un choix institutionnel.

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