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Bernard Maigrot : ?Le meurtrier court toujours?

12 juillet 2007, 00:00

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Bernard Maigrot a poursuivi, hier, ses déclarations en cour de Mapou dans le cadre de l?enquête préliminaire sur le meurtre de la styliste Vanessa Lagesse. Celle-ci avait été retrouvée morte dans son bungalow à Grand-Baie, le 10 mars 2001. Crime pour lequel Bernard Maigrot se trouve sur le banc des accusés.

Le suspect affirme n?avoir rien à faire avec la mort de la styliste. Il soutient avoir été ?torturé? pour faire de ?faux aveux?. Et au cours de l?audience d?hier, il est justement revenu sur ce qu?il appelle ses ?prétendues confessions?. Il persiste : mis à part celles-ci, la poursuite ne dispose d?aucun élément pouvant attester de sa culpabilité.

Il rappelle, du reste, que le nommé Dominique Julien a confessé à la police avoir tué la victime et que la poursuite n?a pas appelé comme témoin l?officier Gyan Unmar qui, dit-il, était sur le point de trouver le meurtrier de Vanessa Lagesse. Mais ce dernier, ajoute-t-il, ?court toujours?. ?Je dis que ceci n?est pas la justice?, a-t-il déclaré. La prochaine audience de l?enquête préliminaire a été fixée au 17 juillet.

A l?heure à laquelle le crime aurait été perpétré, poursuit Maigrot, il était chez les Desmarais, des amis, en compagnie de son épouse et de ses enfants. Il estime que cet alibi était, dès le départ, une épine dans le dossier de la poursuite et que c?est pour cela que les officiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Grand-Baie auraient enlevé Martine Desmarais et tenté de la contraindre à changer de version pour dire qu?il n?était pas chez elle.

<B>?Bizin fou bann avoka deor?

Il allègue aussi que le surintendant Prem Raddhoa, accompagné de ?son armée de brutes?, l?aurait enlevé et brutalisé dans un bâtiment à Midlands, qui sert maintenant de poste de police. Il dira avoir appris par la suite que ce bâtiment servait de chambre de torture aux hommes de Raddhoa. Il a identifié hier ceux qu?il désigne comme ses tortionnaires sur une photo parue dans la presse.

Il dit connaître leur identité de par la réputation qu?ils auraient acquise ces dernières années dans des cas de brutalités policières. Il précise, du reste, qu?il a fait des requêtes à la police auparavant pour qu?il y ait une parade d?identification afin qu?il reconnaisse ses ?tortionnaires?. Mais en vain.

Il critique ensuite la presse qui a, selon lui, ?fait de ces personnes des héros nationaux? alors qu?ils auraient violé les procédures policières énoncées dans le Judge?s rule. Le procès qu?on lui intente, lance-t-il, est venu comme un acte de représailles alors qu?il avait adressé une mise en demeure à l?Etat.

S?appliquant toujours à démontrer que ses ?aveux? étaient ?faux?, Maigrot fait ressortir que selon ce qu?il a ?confessé?, il aurait projeté Vanessa Lagesse contre le mur. Or, précise-t-il, si tel était le cas, on devrait s?attendre à voir du sang sur le mur. Toutefois, dit-il, les témoignages en cour démontrent que tel n?était pas le cas.

Abordant ensuite la reconstitution des faits, il allègue que le surintendant de police Bala Kamatchi lui a donné des directives sur place quant aux endroits qu?il devait indiquer. Un exercice qui a été filmé. Bien qu?il dit avoir étendu son bras en désignant lesdits endroits, il dira que ses gestes n?étaient pas volontaires. L?exercice de reconstitution des faits, dit-il, ne peut être admis en cour, ayant été ?totalement fabriquée? par la police.

Il s?y serait plié parce qu?il aurait été terrorisé du fait que ses ?tortionnaires? étaient présents sur les lieux au moment de la reconstitution. ?Il y avait 30 officiers et deux chiens policiers.? Il dira néanmoins avoir eu le courage de faire de la résistance. Il dira ainsi que la cassette atteste du fait qu?il a protesté contre l?usage de la force. ?C?est pourquoi on peut entendre le surintendant Prem Raddhoa se plaindre et dire bizin fou bann avoka deor.?

Bernard Maigrot avance aussi que la durée de l?enregistrement est bien plus courte que la durée de la reconstitution des faits. Cela parce que la vidéo n?aurait pas été enregistrée de manière continue et aurait dû être interrompue au moment où il a fait de la résistance. ?Je veux garder mon droit au silence. Est-ce que j?ai le droit ??

Après la reconstitution des faits, le suspect dit avoir été conduit aux quartiers de la CID de Grand-Baie, le 24 avril 2001. Il dira avoir refusé de répondre aux questions des policiers et avoir insisté pour qu?il soit soumis à un examen médical. Mais ce n?est qu?après qu?il se fut plaint de torture au tribunal que cette instance judiciaire aurait ordonné que cela soit fait.

Le rapport rédigé par le Chief police medical officer, le Dr Satish Boolell, donne un compte rendu précis des tortures qu?il aurait subies. Bernard Maigrot en a fait lecture. On relève dix blessures dans le rapport, notamment des bleus à l?abdomen, au genou et aux parties intimes.

Rappelant que le SP Raddhoa a dit en cour que ses blessures ont pu être causées en s?asseyant sur un banc, le suspect devait lancer : ?Tout le monde a ri. C?est drôle lorsqu?on n?a pas enduré ce que j?ai vécu.?

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