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La farce n?a que trop duré

10 juillet 2007, 00:00

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?Les gens de compétence ne s?y aventurent pas. Les structures sont rouillées. Le pouvoir central se montre pusillanime. La décentralisation reste, à ce jour, un v?u pieux. Il est temps de faire un choix : abolir les municipalités et conseils des villages ou bien leur donner un véritable pouvoir?, assène d?emblée Chit Dukhira, ancien secrétaire de la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill. ?Les collectivités locales ont besoin de plus d?autonomie pour que les élus puissent mieux gérer les affaires de leurs localités?, plaide Jaynarain Meetoo, ancien maire de la ville de Quatre-Bornes. ?Il y a eu une certaine évolution. Quant aux élus des villes et villages, ils essaient de donner un sens à leur action et au concept même de démocratie. Mais il reste encore beaucoup de choses à changer. Les gouvernements se sont succédé et c?est toujours la même hypocrisie qui a régné. On n?arrête pas de dire qu?on accordera plus de démocratie aux élus locaux mais dans les faits, il ne se passe rien?, enchaîne Satish Ramruttun, élu au conseil de village de Montagne-Longue et qui a aussi été président du conseil de district du Nord.

Les critiques sont acerbes. Il y a unanimité à condamner la farce que le pouvoir central fait jouer aux collectivités locales. Pourtant, dans leurs programmes électoraux, les partis politiques traditionnels annoncent toujours la fin de la comédie. Mais jusqu?ici rien dans les faits. Les élections municipales et villageoises constituent, au mieux, un tremplin pour ceux qui aspirent à jouer un rôle politique national et, au pire, une fonction de prestige pour quelques agents politiques.

Liberté et moyens d?action auraient dû être les deux principes qui guident les administrations locales. A la place, on retrouve un jacobinisme triomphant.

Pourtant une telle pratique de la centralisation ne sert aucunement les intérêts des électeurs locaux. ?Les élus locaux sont les plus à même de connaître leurs localités. Donc ils sont plus aptes à proposer des solutions. Pour que cela puisse se faire, il faut décentraliser et réduire la bureaucratie centrale ambiante. Or tout le monde sait que tout se fait par le gouvernement central au lieu que ce soit fait par des élus locaux crédibles et compétents?, assure Jaynarain Meetoo.

Question de crédibilité et de compétence, un réel problème se pose. Comment intéresser des personnes compétentes à participer aux collectivités locales ? Les obstacles ne manquent pas. En fait, ils abondent. Satish Ramruttun donne quelques exemples. ?On a créé la Tourism Authority et la Beach Authority. Ce sont des initiatives louables mais est-ce qu?on s?est interrogé sur le problème que cela pose pour nous ? Nous n?avons plus aucune utilité dans la gestion de nos plages. Mais lorsqu?il y a des problèmes, c?est vers nous que se tournent les villageois. Nous n?avons plus de pouvoir mais nous devenons les responsables quand les choses ne tournent pas rond.?

Que ce soit pour les villes ou villages, ceux qui s?engagent dans les élections le font, dira Satish Ramruttun, à titre de volontaires. ?Ce sont toujours les mêmes personnes qui participent aux élections. Il n?y a pas de critères de sélection crédibles. Une fois qu?une personne est élue, c?est là qu?on va lui dire qu?il est un travailleur manuel qui n?a pas de compétence pour ce genre de travail. C?est une aberration !?, s?exclame notre interlocuteur.

Dans le même registre, il faut aussi faire ressortir que les conseillers des villages n?ont plus de représentants au sein des organismes qui délivrent des permis de développement. ?C?est ce qui explique que les élus ne savent même pas quel type de développement se met en place dans leurs villages et districts. Auparavant, nous pouvions enclencher des projets à hauteur de Rs 10 millions sans passer par le Central Tender Board. Aujourd?hui le seuil a été ramené à Rs 1 million. Lorsqu?on commence les procédures, cela prend des mois avant qu?elles n?aboutissent. Ce qui fait qu?un président de conseil de village n?a souvent aucun bilan à présenter car, au terme de son mandat, il se sera surtout empêtré dans les procédures?, affirme Satish Ramruttun.

Elus des villes et villages ne cessent, d?autre part, de se plaindre des ingérences des élus nationaux. Alors que les centres sociaux et communautaires sont dirigés souvent par des nominés politiques, les élus locaux se retrouvent, eux, au sein des instances qui n?ont pas de réels pouvoirs. Sans oublier, à ce chapitre, des interventions des ministres qui s?investissent à soigner leurs circonscriptions au point de faire totalement de l?ombre aux élus locaux.

?Les élections municipales et villageoises constituent, au mieux, un tremplin pour ceux qui aspirent à jouer un rôle politique national et, au pire, une fonction de prestige pour quelques agents politiques?.

Comment s?en sortir ? Y a-t-il des solutions ? La première initiative, dira Jaynarain Meetoo, doit venir du gouvernement central. ?Le choix des candidats se fait en fonction des critères sociologiques. Certes, Maurice est une société plurielle mais lorsqu?il est question d?administration locale et régionale, les partis doivent se concentrer sur la compétence des gens. Or aujourd?hui, il y a des élus locaux qui n?ont aucune notion de l?administration locale, se signalant par une méconnaissance des règles et des procédures?, assure l?ancien maire. Pour lui, il faudrait aussi réduire le nombre de conseillers, au moins de moitié. ?Il ne s?agit pas de revenir au système de commission administrative mais si on a la moitié de ce qu?on a en nombre d?élus, cela sera suffisant pour gérer le conseil si les gens sont vraiment compétents. Sans oublier le fait qu?il faudra investir dans les gens, les rémunérer. On ne fait pas du volontariat. Le prestige d?être conseiller est bien dérisoire sinon pour se faire bien voir du parti.?

Plus de compétences mais aussi plus de responsabilités. Les collectivités locales et régionales ne se limitent pas à assurer, entre autres, les services de voirie et d?asphaltage des routes. Selon Jaynarain Meetoo, il y a plusieurs pistes à explorer. En d?autres temps, rappelle-t-il, des élus locaux s?investissaient dans un travail de construction sociale et culturelle, des micro-sociétés. Aujourd?hui, de telles ambitions sont quasi inexistantes.

Autre solution à envisager : la municipalisation. A ce chapitre, l?on estime que c?est un moyen de parvenir à une plus grande participation des citoyens à la vie de leurs localités. C?est aussi un moyen de rendre ses lettres de noblesse au concept même de démocratie locale. Dans le même souffle, nos interlocuteurs plaident pour une révision du rôle de la Local Government Service Commission (LGSC). Lancée afin de garantir plus de méritocratie et pour combattre le favoritisme, la LGSC est l?illustration parfaite de l?absence de pouvoir des conseils municipaux et de districts. ?Maurice est l?un des rares pays à avoir un tel organisme qui a le droit de hire and fire. C?est à se demander à quoi servent les élus locaux. Dans les pays où il n?existe pas de structure comme la LGSC, les choses se passent mieux. Après 40 ans d?indépendance, nous sommes prêts à faire abstraction de ce recours?, estime Chit Dukhira (voir en hors-texte les principes sur lesquels il fonde sa conception de la démocratie locale).

Avec 124 villages et cinq villes, l?île Maurice et sa classe politique n?arrêtent pas de piétiner la démocratie. Il ne s?agit pas de plaider pour davantage de pouvoirs. Il reste que la farce n?a que trop duré.

LES SEPT ELEMENTS

Selon Chit Dukhira, ancien secrétaire de la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill, sept éléments doivent être réunis pour rendre la démocratie locale réellement vivante. Les citoyens doivent s?impliquer dans la gestion de leurs villes et villages. Le pouvoir central doit être capable de déléguer des responsabilités. Le conseil local et régional doit pouvoir agir dans un esprit collégial. Les cadres et employés doivent être comptables envers les conseils et non le ministère de tutelle ou la Local Government Service Commission. Il doit exister une meilleure coordination entre les pouvoirs local et central en amenant le ministère des Collectivités locales à jouer un rôle de facilitateur en sachant que dans certains pays, dont la France, ce ministère n?existe même pas. Enfin, Chit Dukhira souhaite la mise en place d?un tribunal administratif vers lequel le citoyen peut se tourner lorsqu?il n?obtient pas satisfaction.

NOTES D?HISTOIRE

L?île Maurice avait une riche histoire en termes de démocratie locale. Elle ne peut plus s?en vanter désormais. Dès 1753, le pays se dote d?une première forme d?administration locale avec la création des communes qui vont être remplacées par les municipalités par la suite. Dans la Constitution de 1790, 55 articles ont trait aux collectivités locales. Dans celle post-indépendance pas de mention de la démocratie locale. A partir de 1850, les maires et les conseils municipaux auront beaucoup de pouvoirs pour gérer les affaires de leurs cités. Aujourd?hui, c?est le flou qui persiste avec les deux lois de 1989 et 2003.

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