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Femme de tête, femme de coeur
Claudia Wiedey, qui a fêté ses 50 ans en octobre dernier, est peut-être un peu victime de son apparence. En effet, son regard bleu est si perçant qu?on a l?impression d?être constamment jaugé. D?autres détails renforcent ce sentiment de rigidité : sa coupe de cheveux est un carré strict et ses tenues vestimentaires officielles sont presque toujours des robes droites sans fioritures.
Ambassadrice et chef de la délégation de la Commission européenne, elle a également joué de malchance. Car la réforme du régime sucrier a été décidée par la Commission européenne avant son arrivée à Maurice. Ce qui a assurément teinté ses premiers contacts avec ses interlocuteurs mauriciens. Mais cette dureté dont on l?affuble n?est que perception. Fausse, évidemment.
Dès les premières minutes passées en la compagnie de Claudia Wiedey, on réalise qu?on a certes affaire à une fonctionnaire compétente mais également à une femme sensible. Non seulement à l?impact des décisions de son ?employeur? sur les populations concernées mais aussi très soucieuse du bien-être de sa famille.
Cette Allemande est native d?un petit village à 20 kilomètres de Bonn. C?est son père, qui est dans l?import-export, qui lui donne le goût des voyages. Cette troisième d?une famille de quatre enfants qui fait de l?équitation parce qu?elle aime le sport au grand air et les bêtes, étudie d?abord l?économie agricole et la macroéconomie à l?université de Bonn avant de trouver cela limitatif. ?Ces matières traitaient une partie importante de la vie mais étaient tout de même limitées.?
Etant intéressée par l?histoire, l?économie et la politique, Claudia Wiedey, qui veut aller au fond des choses, décide de se spécialiser en économie et en politiques de développement à la School of Oriental and African Studies de Londres en Grande-Bretagne. Son diplôme d?économiste obtenu, elle décide de mieux cerner les réalités du terrain avant d?entamer son doctorat. Elle se laisse donc embarquer dans un projet de développement rural intégré, financé par le gouvernement allemand, au Sierra Leone en Afrique. L?objectif étant d?évaluer l?intégration des femmes dans une économie en pleine mutation. Ainsi, pendant deux ans, elle évolue dans le bush sans électricité, ni eau, se fiant aux traducteurs pour communiquer avec les associations de femmes. C?est enrichie de ces expériences qu?elle regagne l?Allemagne et entame son doctorat en économie agricole.
La distinction recherchée obtenue, Claudia Wiedey, qui n?aime faire que les choses qui l?intéressent, travaille comme consultante en freelance. Vu ses compétences, elle se fait vite remarquer dans le milieu très pointu de la recherche et le gouvernement, via un groupe rattaché au ministère de la Coopération économique, retient ses services pour des recherches très pointues, notamment sur des stratégies de développement dans plusieurs pays d?Afrique et d?Asie. Elle s?occupe aussi de coopération scientifique entre l?Allemagne et Israël.
Ces missions l?amènent à voyager énormément. C?est pour décompresser qu?elle va faire du ski avec des amis à son retour d?Afrique et qu?elle rencontre Claus Wiedey, historien qui est fonctionnaire aux Affaires étrangères. Ils se marient cinq ans plus tard.
Professionnellement, Claudia Wiedey a toujours besoin de nouveauté après quatre-cinq ans dans un même poste. ?Je sais que je gère très bien les choses mais il arrive toujours un moment où je me pose la question : est-ce que je veux faire cela jusqu?à ma retraite? La réponse est invariablement non. J?ai décidé d?ouvrir les yeux autour de moi.?
Son regard se pose alors sur la Commission européenne où son mari est déjà admis. Au cours de ses missions, elle a eu l?occasion de travailler avec des délégations de cette organisation et est familière à leur méthodologie de travail. De plus, elle est attirée par la variété de nationalités qui la constituent.
Mais Claudia Wiedey est aussi consciente du fonctionnement de l?institution qui ne recrute que par concours et la sélection subséquente se fait à partir de listes de recrutement. ?La beauté de toutes ces procédures est qu?elles sont transparentes. De plus, être fonctionnaire à la Commission européenne me semble idéal pour une personne comme moi car c?est une vie diplomatique qui bouge tous les quatre à cinq ans.?
Elle passe donc tous les concours qu?il faut et prend un poste de conseiller économique. En 1993, elle fait son entrée comme fonctionnaire au sein de la Commission européenne. Après quelques mois au siège de Bruxelles en Belgique, elle est mutée à la délégation d?Ethiopie qui couvre aussi l?Erythrée. C?est en Ethiopie que naissent ses enfants, Mara, 11 ans et Benedict, neuf ans.
?Nous sommes préoccupés par le temps pris pour avancer alors que le gouvernement mauricien a fait une représentation fantastique auprès de la commission.?
De retour à Bruxelles après quatre ans, elle continue à traiter les dossiers liés à plusieurs pays africains, en l?occurrence le Malawi, le Niger, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie.
Claudia est ensuite envoyée en tant que chef de délégation au Bostwana, tout en ayant la responsabilité des relations avec la Southern African Development Community. Là, elle donne son feu vert non seulement à des projets classiques mais est aussi impliquée dans le dialogue politique et commercial avec le gouvernement et l?organisation régionale. Bien qu?elle travaille énormément, Claudia essaie de réserver un après-midi par semaine et ses week-ends aux siens, autant que faire se peut.
Elle déclare n?avoir jamais vécu la discrimination du fait qu?elle était femme. ?Je reconnais que certains réflexes ont la dent dure mais la Commission a un programme très dynamique favorisant la parité.? Pour renverser la vapeur, elle concède qu?il faudrait faire de la discrimination positive ?mais il faut que cela soit à qua-lifications égales. On pourrait l?appliquer pendant une certaine période jusqu?à ce que la parité soit atteinte. Une fois que c?est fait, il faut s?arrêter là car autrement, on alimentera la perception que les femmes sont arrivées là où elles sont en raison du favoritisme?.
En poste à Maurice depuis un an et demi, elle reconnaît avoir été traitée avec une certaine réserve au départ due à la sensibilité des dossiers traités et avoir essuyé des critiques vis-à-vis de l?Union européenne. ?Je ne les ai jamais prises personnellement. J?ai préféré trouver des bases de relations personnelles et de gagner la confiance de mes interlocuteurs pour faire comprendre que le message que j?ai à relayer n?est certes pas plaisant mais qu?il doit être transmis. Je sais que la fin des préférences est difficile pour beaucoup mais je crois aussi qu?il n?est pas possible de protéger des marchés indéfiniment. Il faut vivre avec les changements.?
Elle trouve que la partie mauricienne met du temps à appliquer la réforme. ?C?est lent. Nous sommes préoccupés du temps pris pour avancer alors que le gouvernement mauricien a fait une représentation fantastique auprès des Etats membres et de la Commission, avec pour résultat l?obtention d?un montant considérable. J?aurais souhaité rentrer à Bruxelles et montrer que Maurice a avancé?? Une de ses satisfactions est d?avoir réussi à introduire une politique de porte ouverte avec tous les partenaires.
Vie diplomatique oblige, d?ici 2009, Claudia Wiedey retournera à la case départ, c?est-à-dire, au siège bruxellois où elle devrait logiquement rester deux ans avant d?être affectée dans un autre pays. Mais cette adepte de la course est aussi très soucieuse du bien-être de ses enfants qui seront alors en pleine adolescence. ?Avec l?âge, les déménagements deviendront de plus en plus difficiles pour eux. Et à l?adolescence, on a besoin d?ancrage. Cette phase de leur vie est si importante que nous déciderons ensemble de ma prochaine affectation.? Quand on vous disait qu?elle n?est pas que carriériste?
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