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La peur de privatiser
<B>Par Raj MEETARBHAN
Il n'existe plus beaucoup d'espoir de remettre les organismes parapublics sur la voie de l?efficacité. On misait sur la volonté réformatrice du gouvernement mais le ministre Sithanen n?a fait qu?effleurer le sujet dans son discours du budget. Même s?il a choisi l?option libérale pour assurer la croissance, le ministre des Finances n'ose pas, comme la plupart des autres dirigeants, s'aventurer sur le terrain de la privatisation.
Rama Sithanen reconnaît l?impact des 150 institutions parapubliques du pays sur le budget national. Il se dit conscient que ?the need to bail out? ces entités peut effacer le bénéfice des mesures d?économies qui sont appliquées par ailleurs. Mais il devient très timoré dès qu?il s?agit d?appliquer le remède : transférer au secteur privé des pans d'activité qui dépendent de l?Etat. Il est vrai qu?il annonce l?introduction en Bourse de Mauritius Telecom et de SICOM mais évoque à peine le désinvestissement de l?Etat ?in other state owned companies?. Aucun calendrier, ni des précisions sur l?identité des entreprises concernées. Cela a bien l?air de promesses auxquelles il ne donnera aucune suite.
Entre-temps, la pagaille règne dans un grand nombre de ces compagnies. D?Airports of Mauritius (AML) à Enterprise Mauritius, des conflits éclatent entre administrateurs et cadres de la direction. Au CEB, à la CWA et dans le port, il manque les investissements ou le savoir-faire du privé pour améliorer le service. Le choix des hommes qui les dirigent, une bureaucratie qui gêne leur efficacité et l?ingérence des politiciens dans leur gestion au quotidien constituent des handicaps sérieux pour ces institutions. Il faut repenser le rôle des organismes parapublics à Maurice.
La State Trading Corporation est une anomalie qu?aucun gouvernement ne peut tolérer s?il a pour objectif de réduire la prépondérance de l?État dans l?économie. Ce n?est pas le rôle de l?Etat d?acheter du riz, de la farine ou du lait en poudre. D?ailleurs, c?est parce que l?Etat est impliqué dans l?importation du ciment et des produits pétroliers que les citoyens finissent par croire que les pouvoirs publics ont les moyens d?agir sur leurs prix. Si la rue gronde à chaque hausse de prix et en rejette la responsabilité sur le gouvernement, c?est parce qu?elle se rend compte que c?est un organisme d?Etat qui annonce régulièrement les douloureuses augmentations et se met à les justifier.
L?économiste Percy Mistry vient de faire un plaidoyer, dans une interview accordée à l?hebdomadaire ?Mauritius Times?, en faveur de la privatisation d'activités de l'État ou d'entreprises publiques. Il propose un calendrier : ?Air Mauritius, the seaport and the airport should be privatised in calendar 2008 with the groundwork for these issues to be made to the Mauritian and global public starting now. Mauritius Telecom, SBM, DBM and STC should be privatised in 2009-10.? Mais il évoque également les coûts sociaux de ces opérations et observe que la privatisation s?accompagne généralement de compression du personnel. Est-ce la peur de ne pouvoir gérer cette difficile transition qui rend nos politiciens si embarrassés par la question de privatisation ?
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